Il existe incontestablement un discours sur la francophonie définie comme un espace de solidarité et de fraternité autour de la langue française. Ce discours, promu notamment par les institutions officielles de la Francophonie, est destiné à faire résonner l´idée d´une mondialisation plurielle, le terme de phonie évoquant spontanément la diversité des voix au sein d´un espace de plus en plus uniformisé et standardisé. Dans cette perspective, les littératures ne sont plus seulement cantonnées à l´espace national ni traduites, elles circulent dans des langues véhiculaires. Face à la définition de la World Literature, de nombreux écrivains francophones ont participé à un combat idéologique en promouvant la notion de littérature-monde pour faire valoir la nécessité d´une pluralité des expressions. Cette vision d´une littérature-monde corrigeant les excès d´une standardisation des littératures autour de la langue française est ancrée dans l´idée d´une pluralisation des langues de circulation et de traduction au service de la visibilité de grandes littératures nationales. C´est pourquoi il est important d´affiner la complexité des systèmes littéraires en les concevant par les marges et en favorisant par là même ce que le philosophe Jacques Derrida nomme une dissémination (Derrida, 1972), c´est-à-dire une multiplicité de semences qui donnent corps à des littératures hybrides d´emblée situées sur des espaces littéraires hétérogènes. La Revue nordique des études francophones abrite ce pari en lançant son premier numéro autour des perceptions de la circulation mondiale des littératures d´expression française. De fait, en considérant la circulation et l´articulation des littératures-monde à partir d´une scène moins visible, la Revue nordique des études francophones assume un positionnement sur une sorte de transmarginalité où les marges s´emparent de ces ramifications pour contester la définition centrale de la littérature d´expression française.

À sa phase initiale, le réseau nordique lié à la création de la Revue Nordique des Études francophones a regroupé un ensemble de chercheurs rattachés au département des langues romanes et classiques de l’Université de Stockholm (Françoise Sule, Alice Pick Duhan, Kenneth Olsson, Maria Walecka-Garbalinska, Christophe Premat et Mickaëlle Cedergren) ayant pour spécialisation les études francophones. La Revue accueille des contributions aussi bien littéraires que culturelles dont la finalité est de saisir la diversité de l’univers francophone à partir d´horizons décentrés. Les approches (trans)disciplinaires traitées se attache-ront principalement aux études littéraires et aux études de réception mais également, plus spécifiquement aux études de sociologie de la littérature et de la traduction ; elles aborderont plus généralement des sujets liés aux études socio-historiques et aux politiques culturelles. Y seront aussi incluses, selon leur pertinence, les études plus sociologiques liées aux relations internationales entre les pays francophones et les pays nordiques.

La création et la parution du premier numéro de la Revue nordique des études francophones n’auraient pu voir le jour sans le soutien financier de Vetenskapsrådet (NOP-HS Scientific Journal Grant) et du programme de financement alloué au domaine scientifique d’excellence des études littéraires de l’Université de Stockholm.1 Sans le patronage de nombreux chercheurs, cette entreprise éditoriale ne serait restée que lettre morte. Nous voudrions donc profiter de cette occasion pour remercier tout particulièrement nos collaborateurs externes qui font partie du comité de rédaction (Elisabeth Bladh, Svante Lindberg, Bernadette Mimoso-Ruiz, Véronique Porra, Ingse Skattum et Lisbeth Verstraete-Hansen) et du comité scientifique (Sylvain Briens, Daniel Chartier, Maxime Del Fiol, Christina Kullberg, Jean-Marc Moura, François Provenzano et Dominique Viart) qui nous ont soutenus dans cette entreprise.

En vue de redonner un aperçu des questions essentielles soulevées dans ce numéro consacré aux questions de définition portant sur la littérature francophone, nous reprendrons les éléments fondamentaux de chaque contribution en mettant l’accent sur trois axes : les questions de classification, l’enjeu du canon littéraire et la question de la visibilité et de la perception.

La littérature francophone ou l’impossible classification

La difficulté de classification devant laquelle toute la recherche axée autour de la littérature francophone se trouve confrontée est (re)discutée à la lumière de concepts théoriques contemporains ou passés. Parmi ces diverses approches figurent les concepts de posture (Meizoz 2007) et de scénographie (Amossy & Maingueneau 2009), la migration bibliographique (Mani 2013a & b) la notion de franco-phonie (de Toro 2009), le canon littéraire (Chartier 2000, Melançon 2004 et Viala 1993), les définitions de la mémoire (Halbwachs 1997) ou encore la critique récente de la World Literature (Apter 2013, Mufti 2016, Neumann & Rippl 2017 et Pandey 2016). D´autres réflexions s´appuient sur l´orientalisme de Saïd (1978) et la critique de l´eurocentrisme de Spivak (1988).

De nombreux articles affrontent ainsi l’épineuse question touchant au caractère francophone de l’auteur ou de l’œuvre pour les resituer à partir de nouvelles perspectives. L’ambivalence du terme engage la communauté scientifique à (re)configurer le sens de la francophonie qui, comme le souligne Véronique Porra dans son article « Des littératures francophones à la ‘littérature monde’ : aspiration créatrice et reproduction systémique », « varie dès lors en fonction de l’identité de celui qui l’emploie » (Porra, 2018). La littérature francophone, en particulier celle de l’Afrique subsaharienne, est encore cantonnée dans un espace critique restreint, souvent centralisé et eurocentriste. L’esthétique francophone semble encore peu mise en valeur. L’enjeu de la classification ne touche pourtant pas simplement à la question externe de critique littéraire, de perception, de marketing, de reconnaissance ou encore de profit commercial, mais aussi à la perspective interne que l’écrivain choisit d´adopter en définissant sa posture, son ethos ou son discours auctorial. Comme l’ont mis en évidence les contributions de Véronique Porra (2018), de Kenneth Olsson (2018) ou encore d’Ann-Sofie Persson (2018), l’écrivain manifeste aussi une volonté propre, à savoir celle de se rapprocher ou de s’éloigner du centre en définissant, ou en jouant sur, l’identité française ou plutôt francophone. À cela se rajoute aussi un des paramètres les moins exploités des études francophones, à savoir celui de l’esthétique de l’œuvre que l’écrivain sait mettre en scène et où l’on découvre, comme dans les contributions de Kenneth Olsson (2018), de Kirsten Husung (2018) et d’Ylva Lindberg (Lindberg, 2018), les choix de stratégie d´écriture liés à la narration, la langue ou à la thématique.

Ainsi, les facteurs contribuant à la construction d’un classement de l’écrivain sont multiples. Les articles d’Y. Lindberg (2018), d’A.-S. Persson (2018), de V. Porra (2018), de K. Olsson (2018), de Fredrik Westerlund (2018), de K. Husung (2018) et de Karl Ågerup (2018) reviennent sur ce sujet et sont tous unanimes pour souligner la variété et parfois le caractère aléatoire de ces étiquettes. Comme l’article de V. Porra (2018) l’a mis en exergue, le paradoxe des institutions du centre et du discours d’un écrivain comme celui de Mabanckou réside dans le fait que l’étiquette de francophone devienne objet de critique et de revendication par les mêmes individus.

Comme le mettent en valeur diverses contributions, cette altérité qui caractérise trop souvent le francophone domine et fait préjudice aux valeurs esthétiques. Cela peut prendre des proportions telles que l’Afrique peut être réduite et pensée, selon V. Porra, comme une « image imaginaire » (2018). Malgré les efforts de plus en plus nombreux des universitaires à rendre visible l´esthétique de la littérature francophone, cette dernière demeure encore le parent pauvre des études francophones d’où l’intérêt de la contribution de K. Olsson. Dans son article « Littérature Française ou Francophone et la Mémoire Collective : Le paradoxe de La Maquisarde de Nora Hamdi et La Femme sans sépulture d’Assia Djebar » (2018), K. Olsson a pour ambition de s’interroger sur les raisons expliquant le poids de la mémoire collective dans La Maquisarde de Nora Hamdi et La Femme sans sépulture d’Assia Djebar. Il voudrait montrer « en quoi la mémoire collective partagée par un écrivain peut faire partie des critères qui le renvoient dans les marges ‹ francophones › » (2018). Pour K. Olsson, il s’agit là d’ « un enjeu potentiel dans la formation de l’image publique de l’écrivain en tant que francophone ou français, quelle que soit sa véritable nationalité ou son identité assumée » (Olsson, 2018). D´autres tentatives de ce style essaient d´explorer l´esthétique des œuvres comme le font les analyses textuelles et discursives des deux articles suivants en cherchant à déconstruire les catégorisations. D´un côté, Y. Lindberg, dans son article « L´(im)mobilité de l´œuvre de Melchior Mbonimpa et l´esquive de la World Literature » (2018) pointe du doigt le va-et-vient entre les catégories du local et du global, du particulier et de l´universel, dans le cas de l´œuvre de Mbonimpa. Elle essaie de proposer un autre modèle d´interprétation des œuvres transnationales en prenant en compte les dimensions narratives et linguistiques de l´œuvre. De l´autre côté, Kirsten Husung, dans son article « La franco-phonie comme lieu interstitiel d´une écriture d´hybridation – l´exemple d´Assia Djebar » (2018), revisite la définition de la francophonie et l’éclaire en s’attachant à démonter « les dichotomies entre les cultures, en l’occurrence la culture française et la culture algérienne » (2018). Pour ce faire, toutes deux vont faire une relecture de la narration et de l´énonciation du texte. K. Husung examine comment l’hybridation linguistique prend corps dans l’écriture, notamment dans La Disparition de la langue française d’Assia Djebar et ses propres énonciations dans Ces voix qui m’assiègent …en marge de ma francophonie (1999). Comme elle le signale, « l’une des caractéristiques principales des littératures francophones est donc leur incohérence spatio-culturelle » (2018). En étudiant le cas de Djebar, et ainsi l’écriture des auteurs algériens, elle relève le caractère de déterritorialisation et de diasporisation de la littérature. Au cœur même de l’énonciation linguistique figure une polyphonie qui signe la double appartenance de Djebar dont l’écriture, selon K. Husung, incarne la nature transnationale et transculturelle. L’hybridité de l’écriture devient alors la marque identitaire de ce qui caractérise la franco-phonie de Djebar. Cette hybridité, suggère-t-elle, pourrait fonctionner comme une empreinte de l’écriture post-coloniale.

À l´instar d´Y. Lindberg, F. Westerlund met en avant la porosité des frontières, pour ne pas dire le caractère artificiel de certaines catégories. Il montre les incohérences de la critique dans leur classification des écrivains comme dans le cas d´A. Devi et de J.M.G. Le Clézio dans son article « Le Mauricien français et la Mauricienne francophone » (2018). Il continue de s’interroger sur les raisons qui ont prévalu à classer Le Clézio comme écrivain français alors que sa confrère Devi garde l’étiquette de « mauricienne ». Comme le montre le parcours des deux auteurs, les prix littéraires contribuent à renforcer une identité plutôt francopète ou francofuge. Le système littéraire, aussi bien situé au centre qu’à la marge, s’évertue finalement à récupérer l’identité littéraire des écrivains pour en tirer profit. Cette classification semble donc non seulement aléatoire mais lucrative. A.-S. Persson soulève, quant à elle, dans son article « Catégorisations éditoriales et postures d’écrivains – le cas de Gisèle Pineau et de Fabienne Kanor » (2018) les différences de discours existant entre celui de la critique et celui de l’auteur. Dans le cas de Pineau, l’étiquette de francophone est généralement inexistante contrairement à Kanor. Leur identité guadeloupéenne, antillaise ou martiniquaise prend place à tour de rôle, mais semble ignorer la question du rapport avec la littérature dite francophone. La relation métropole-DOM tendrait à dominer les discours aussi bien éditoriaux qu’auctoriaux (Amossy & Maingueneau 2009) pour Pineau. En revanche, Kanor semble lutter contre cet étiquetage de francophone auquel elle ne tient pas à être assimilée. Pour F. Westerlund, il est difficile de voir se dessiner une cohérence dans ces discours éditoriaux (2018). Le manque de logique derrière ces tentatives de classification liée à la francophonie semble souvent résonner dans ces articles comme pour mieux souligner la singularité des parcours et le besoin de multiplier les cas d’étude pour mettre en relief les particularités esthétiques de chaque écriture francophone.

Pour achever ce premier ensemble, comment évoquer la question de classification sans maintenant revenir sur le défi que constitue la critique littéraire ? C’est en partie ce que se propose d’étudier A.-S. Persson en se penchant sur le discours critique, notamment le paratexte éditorial posé sur Kanor et Pineau (2018). De même, comment traiter de la question de classification sans revenir sur le canon littéraire et plus particulièrement, sur les classiques francophones ? On s’intéresse aujourd’hui très souvent aux écrivains francophones contemporains et, en particulier, aux écrivains migrants. Quid des classiques francophones ? Comment sont-ils valorisés ? Trois contributions abordent cette problématique.

La francophonie et la question du canon littéraire

Les études de réception sont parvenues à souligner comment la littérature francophone est assujettie à des traitements singuliers et souvent surprenants. Comme l’ont montré les résultats de M. Cedergren (2018), d’A.-S. Persson (2018) ou encore de K. Ågerup (2018), le canon littéraire francophone semble soumis à des normes occidentales, pour ne pas dire, métropolitaines, encore normatives. La contribution d’A.-S. Persson met en valeur la fonction non négligeable de la critique éditoriale dans cet effort de classifier, cataloguer les écrivains. L’étude que nous offre K. Ågerup dans « La place des littératures africaines dans six encyclopédies littéraires françaises 1959–2006 » (2018) signale aussi la tentative finalement échouée des encyclopédies anciennes et plus contemporaines à rendre justice au canon littéraire africain. M. Cedergren observe, dans son article « Le Québec, ‘un pays fermé et difficile d´accès?’ L´exportation des écrivains classiques de la littérature québécoise ou les avatars du circuit de la circulation transnationale » (2018), le même phénomène en ce qui concerne la réception actuelle du canon littéraire québécois et s’interroge sur le dysfonctionnement de la circulation des classiques québécois en Suède entre 1980 et 2015. Ces trois auteurs mettent en lumière les modalités singulières avec lesquelles se réalisent encore aujourd’hui la réception et la diffusion des œuvres francophones. Qu´il s´agisse de la place consacrée aux lettres africaines dans six encyclopédies de littérature française (Ågerup, 2018) ou encore de la diffusion en bibliothèque des lettres classiques du Québec et de leur réception journalistique (Cedergren, 2018), le constat est sensiblement identique : les canons francophones de l’Afrique et du Québec sont passés sous silence. Dans l’article de K. Ågerup consacré à la littérature africaine, la tendance à considérer au mieux ces littératures sous l´angle ethnographique persiste et montre que les études francophones n´ont pas encore dépassé une opposition entre un centre dominant détenant les clés du canon littéraire et des périphéries valorisées sous l´aspect uniquement culturaliste (Ågerup, 2018). Les textes éditoriaux examinés par A.-S. Persson soulèvent aussi le caractère fluctuant des dénominations en ce qui concerne Kanor et Pineau (Persson, 2018).

La littérature francophone souffrirait peut-être de cet imperçu dont parle V. Porra lorsqu’elle évoque le danger de médiatisation de quelques écrivains francophones au détriment d’un ensemble beaucoup plus vaste et hétérogène (2018). Les représentations des littératures africaines ou québécoises souffrent autant d’invisibilité éditoriale que de stéréotypes et de clichés. Si le canon littéraire africain n’est abordé qu’au travers de perspectives culturelles ou ethnographiques en contournant la question esthétique, celui du Québec est en contrepartie devenu un ensemble de textes passablement invisible et inaccessible. À l’heure de la mondialisation, cela peut apparaître incongru. Quelques écrivains ont été consacrés au détriment d´une imposante masse d’auteurs inconnus.

Dans le cas des classiques québécois, l’absence de traductions, à laquelle se rajoute la très faible critique de presse, ne fait que redoubler l’invisibilité des classiques québécois. M. Cedergren achève sa contribution en s’interrogeant d’une part, sur la valeur du classique québécois et, par extension, sur celle du classique francophone et d’autre part, sur le scandale de l’invisibilité du canon littéraire francophone (2018). La question soulevée par K. Ågerup et relative à la rhétorique eurocentriste du discours encyclopédiste critique est aussi pertinente qu’étonnante à l’aube du XXIe siècle (2018). Le francophone, l’autre, est encore perçu tel par le centre, qu’il soit géographiquement situé en France ou en Europe du Nord. L’intérêt porté toutefois pour les littératures francophones migrantes est un nouveau défi pour ces canons. La valeur de classique francophone n’a-t-elle donc (plus) aucune résonance, en admettant qu’elle ait véritablement existé ? Une littérature francophone classique peut-elle encore prendre place devant le prestigieux panthéon des classiques français ? La question reste encore à explorer.

La francophonie : question de visibilité ou de perception

Dans beaucoup de contributions de ce numéro, la question de la perception était en jeu. Le regard des critiques s´oppose souvent à celui revendiqué par l´écrivain lui-même. Une œuvre est aussi perçue différemment en fonction du lieu géographique des instances critiques comme l´a soulevé Y. Lindberg en montrant les différences existantes à la périphérie et au centre (2018). Ces divergences évoluent aussi avec le temps comme l´a rappelé Ågerup en étudiant de manière diachronique le contenu de diverses encyclopédies (2018). Les livres ne circulent donc pas selon les mêmes modalités, certains auteurs sont des heureux élus, ils sont médiatisés et voyagent au-delà des frontières ; d’autres sont évincés, voire oubliés. V. Porra souligne justement, dans sa contribution, le danger d’accroître ce corpus d’œuvres de « l’imperçu » et ce, au profit d’une poignée d’écrivains francophones médiatiques tels Mabanckou (Porra, 2018). L’étude d’Y. Lindberg met précisément en relief et illustre, à travers le cas de l’œuvre de Mbonimpa, cette problématique liée à la World Literature, à la culture occidentale et à cette forte tendance à l’homogénéisation littéraire (2018). Elle lance une hypothèse selon laquelle la binarité du système de réception et de diffusion serait à la source du dysfonctionnement de la circulation de certains écrivains. En s’appuyant sur le cas de Mbonimpa, elle montre comment deux perspectives, locale et globale, s’entrecroisent en quelque sorte sans se rencontrer véritablement. Ces deux discours parallèles seraient à l’origine de l’échec de la transmission à l’échelle mondiale d’un écrivain tel que Mbonimpa. Ainsi, Lindberg montre par l’analyse textuelle comment l’écriture transnationale, ce continuum local-global, est mise en œuvre dans Le Dernier roi faiseur de pluie.

La littérature francophone est souvent assimilée à l’Autre et stigmatisée par des images culturalistes déjà vieillies ou exotisantes, mais le problème en jeu est que cette réalité ne met pas seulement en cause le centre ou disons les pays récepteurs eurocentristes mais les écrivains eux-mêmes. Le cas d’étude de Mabanckou, étudié par V. Porra (2018), en est une illustration et appellerait d’autres recherches. Comme le soulève aussi M. Cedergren (2018), la visibilité des écrivains francophones, l’accessibilité à leurs œuvres, comme dans le cas des classiques québécois, est un réel souci que la contribution de Lindberg soulève également (2018). Le dysfonctionnement de la circulation des œuvres au niveau international dont parle M. Cedergren remet aussi en question la constitution du canon littéraire (Cedergren, 2018). À l’inverse, il faut aussi se demander dans quelle mesure l’écrivain francophone cherche à s’inscrire dans la logique du centre en se créant une image politiquement correcte. Un des aspects soulevés par Y. Lindberg et relatif à l’invisibilité de la littérature migrante de Bnomimpa tient précisément à la complexité du soutien accordé aux auteurs et qui diffère selon qu´il provient d´un pays-source périphérique ou de la communauté internationale (2018).

En somme, toutes les questions abordées dans ce numéro ne font que soulever la nécessité de poursuivre l´étude des textes francophones. La multiplicité des classifications n´a peut-être jamais été aussi présente qu´aujourd´hui et soulève tant le besoin que la difficulté de définir et d´étiqueter ces textes dont on a tendance à oublier l´esthétique.