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La poésie, l’absurde, le réel et le Nord Le Collège de ‘Pataphysique et les poètes de la revue Liberté

Author:

Daniel Chartier

Laboratoire international de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique, Université du Québec à Montréal, CA
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Abstract

In this article, the author compares, from the point of view of the imaginated North—conceived as a system of signs,—two issues of poetry journals which both propose to think, in the North, a place where the relationships between reality, fiction, power, politics, history and poetry, blur. The first, published in Paris in 1961 in the Cahiers du Collège de ‘Pataphysique, deals with “the North Pole”; the second, published in Montreal in 1964 in the journal Liberté, deals with the “Manicouagan”, a river in northern Québec. Both place poetry at the highest of literary expressions; both relate to the North; both finally blur the lines between the real and the imaginary. Despite the difference in their context of enunciation, they testify to the importance of literature in the construction and constitution of the North as an idea and as an imagined space in the Euro-American world and in Francophone literature. The author notes, from the point of view of the study of cultural images, that the North seems, for all authors, impossible to grasp outside of discourse, here that of literature and poetry. The imagined North as the sum of discourse in continuous movement is here the experimental site of the confluence of knowledge and forms of expression.

 

Résumé

Dans le présent article,1 l’auteur compare, du point de vue de l’imaginaire du Nord conçu comme un système de signes, deux numéros de revue de poésie qui proposent tous deux de penser, au Nord, un lieu où peuvent se brouiller les rapports entre réalité, fiction, pouvoir, politique, histoire et poésie. Le premier, publié à Paris en 1961 dans les Cahiers du Collège de ‘Pataphysique, a pour thème le « Pôle Nord »; le second, publié à Montréal en 1964 dans la revue Liberté, porte sur la « Manicouagan », une rivière du Nord du Québec. Tous deux placent la poésie au plus haut des expressions littéraires, traitent du Nord et proposent un brouillage des frontières entre le réel et l’imaginaire. Malgré la différence de leur contexte d’énonciation, ils témoignent de l’importance de la littérature dans la construction et la constitution du Nord comme idée et comme imaginaire dans le monde occidental et en langue française. L’auteur constate, du point de vue de l’imaginaire, que le Nord semble, pour tous ces écrivains, impossible à saisir hors du discours, ici celui de la littérature et de la poésie. L’imaginaire du Nord en tant que somme de discours en mouvement continuel devient le lieu expérimental de la confluence des savoirs et des formes d’expression.

 

Mots-clés: Imaginaire; Nord; Pataphysique; France; Québec; Poésie


How to Cite: Chartier, D. (2020). La poésie, l’absurde, le réel et le Nord Le Collège de ‘Pataphysique et les poètes de la revue Liberté. Nordic Journal of Francophone Studies/ Revue Nordique Des Études Francophones, 3(1), 43–51. DOI: http://doi.org/10.16993/rnef.42
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  Published on 29 Jun 2020
 Accepted on 25 May 2020            Submitted on 08 May 2020

Dans le présent article, j’aimerais me pencher, du point de vue de l’imaginaire du Nord conçu comme un système de signes, sur deux numéros de revue de poésie en apparence fort différents, mais qui proposent tous deux de penser, au Nord, un lieu où peuvent se brouiller les rapports entre réalité, fiction, pouvoir, politique, histoire et poésie. Ces deux revues ont eu, chacune de leur côté et dans des sphères littéraires différentes, une influence intellectuelle considérable; aussi leur analyse permet de mieux saisir, par deux cas précis, le principe d’évolution sémiologique du « Nord » culturel. Le premier numéro, publié à Paris en 1961 dans les Cahiers du Collège de ‘Pataphysique, a pour thème le « Pôle Nord »; le second, publié à Montréal en 1964 dans la revue Liberté, porte sur la « Manicouagan », une rivière du Nord du Québec.2 Les deux numéros sont collectifs et placent la poésie au plus haut des expressions littéraires; ils traitent du Nord; enfin, ils proposent un brouillage des frontières entre le réel et l’imaginaire qui rappelle la définition même de l’imaginaire du Nord, conçu d’abord et avant tout comme un tout discursif, dans lequel l’expérience humaine n’est pas toujours prise en compte. Dans ce contexte, l’imaginaire du « Nord » est compris comme un ensemble de discours qui a fini par former un système de signes, selon un principe plurivoque et pluridisciplinaire d’accumulation et de concurrence des discours (Chartier 2018). Selon cette perspective, dans leur contexte culturel respectif, les textes des numéros des Cahiers et de Liberté s’appuient sur une idée préalable du « Nord » qu’ils pastichent, reconduisent, déconstruisent tour à tour, tout en contribuant à modifier et à alimenter tout à la fois l’idée du « Nord ». Bien que leurs lectorats soient restreints, leur pérennité littéraire, manifeste par le discours critique qui les accompagne depuis, permet de prolonger l’effet de leurs propositions littéraires. Aussi, malgré la différence de leur contexte d’énonciation et les motifs qui ont conduit les auteurs qui y publient à réfléchir et à s’exprimer sur le Nord, les deux témoignent de l’importance de la littérature dans la construction et la constitution du Nord comme idée et comme imaginaire dans le monde occidental et en langue française.

Cette étude s’appuie sur une définition de l’histoire littéraire qui englobe à la fois les acteurs, les instances et les œuvres de la vie littéraire — comme le proposent Denis Saint-Jacques (1999), Lucie Robert (2019) et Clément Moisan (1990, 1996) —, et dans laquelle les revues forment une instance qui porte le littéraire dans l’espace public, selon une périodicité qui traduit l’esprit social et culturel de leur époque.3 La comparaison entre les Cahiers du Collège de ‘Pataphysique et la revue Liberté permet aussi d’analyser l’appropriation et la production de nouvelles représentations du Nord et de l’Arctique dans une perspective globale. Pour comprendre ces représentations, l’interprétation des figures, des formes, des mythèmes (Mohnike 2016) et des emprunts interculturels (Briens 2016) qui fondent l’imaginaire du Nord, compris comme un système de signes (Chartier 2018), met au jour les contextes sociaux, philosophiques, politiques et idéologiques des auteurs, des revues et de leurs lecteurs, eux-mêmes inscrits dans un temps et un lieu spécifiques, ici la France et le Québec du début des années 1960. Enfin, dans la perspective de la ‘pataphysique et de ses Cahiers (Collège de ‘Pataphysique 2019a) et dans celui de la Révolution tranquille et de la revue Liberté (Ducrocq-Poirier 1990), ces deux numéros s’inscrivent dans une continuité esthétique et politique qui leur donne sens. Dans tous les cas, ils éclairent tant l’évolution de l’imaginaire du Nord en France et au Québec que l’utilisation esthétique qui peut en être faite dans des situations culturelles déterminées.

Cahiers Du Collège de ‘Pataphysique, Dossier 16 : « Pôle Nord »

Qu’est-ce que la ‘pataphysique?

Avant toute chose, revenons sur les origines et la définition — somme toute problématiques, en raison de ses fondements mêmes — de la « ‘pataphysique ». Considéré comme l’invention de l’écrivain français Alfred Jarry, le mot pataphysique apparaît pour la première fois dans la pièce « Guignol » publiée dans L’Écho de Paris (Jarry 1893 : 2–3), qui comporte un personnage qui deviendra déterminant dans le futur mouvement ‘pataphysique : Ubu. Cet ancien roi de Pologne, docteur en ‘pataphysique, appelé le « Père Ubu », propose une première définition de cette nouvelle science, dont on précisera que le nom doit toujours être précédé de l’apostrophe,4 sans raison. Dans Ubu cocu (1897), Ubu annonce à Achras : « [V]ous parlez à un grand pataphysicien », déclinant ensuite la définition de ce néologisme : « Pataphysicien. La ‘pataphysique est une science que nous avons inventée et dont le besoin se faisait généralement sentir. » (Jarry 2015 : acte I, scène 3, 195) Le caractère fantaisiste et absurde de cette science et des personnages qui en sont spécialistes se précise dans le « roman néo-scientifique » Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, paru en 1911, dans lequel Jarry écrit qu’il s’agit de la science du particulier et des exceptions, résumant ainsi : « La ‘Pataphysique est la science. » (Jarry, 1955, 31–32)5

La ‘pataphysique serait un refus du système au profit de la particularité et de l’exception. Cette théorie, défendue par le docteur Faustroll, est en fait l’apprentissage d’un nouveau regard sur ce qui nous entoure. On y propose que les lois qui régissent le monde ne seraient que des séries d’exceptions mises en corrélation. Il n’en faut pas plus aux pataphysiciens pour suggérer une perspective qui mêle fiction, réalité, imaginaire, histoire et science, tout en les télescopant. Par exemple, le docteur Faustroll, l’un des trois personnages du numéro des Cahiers du Collège de ‘Pataphysique sur le Pôle Nord, apparu dans le roman de Jarry en 1911, serait né en Circassie en 1898 à l’âge de 63 ans et mort la même année, tout en devenant en 1947 le curateur inamovible du Collège de ‘Pataphysique (Collège de ‘Pataphysique 2019c : 43–44).

Carl Lacharité (2005 : 8–9), citant Maurice Blanchot, écrit que les pataphysiciens sont « obsédés par la pensée de rendre commun l’insolite et réel l’imaginaire […] [Pour eux], la matière ne serait donc pas l’inverse de l’imaginaire, mais un produit engendré par l’imaginaire lors de sa perpétuelle création ». On comprendra que ce regard, à la jonction du réel et de l’imaginaire, de la réalité et du discours, permet bien d’interpréter le vaste système de signes qu’est l’imaginaire du Nord, et en particulier celui du Pôle Nord.

Le dossier no 16 du Collège de ‘Pataphysique

De grandes figures de la vie intellectuelle parisienne, dont les surréalistes, fondent en 1948 le Collège de ‘Pataphysique (Collège de ‘Pataphysique 2019d : 25). On y compte notamment Raymond Queneau, Max Ernst, Juan Miró, Man Ray, Jacques Prévert, Boris Vian, Eugène Ionesco et l’explorateur polaire Paul-Émile Victor. À compter de 1950, le Collège publie une revue, souvent centrée autour d’un thème de recherche.

Le 16e dossier des Cahiers du Collège de ‘Pataphysique paraît en 1961 et est consacré au centenaire de la découverte du Pôle Nord… par le capitaine Hatteras, personnage du roman Aventures du capitaine Hatteras de Jules Verne, paru en 1864. Ainsi, plutôt que de célébrer l’anniversaire de la réelle découverte géographique du Pôle Nord survenue un demi-siècle plus tôt par Frederick Cook6 (1908) ou Robert Peary (1909) — les débats à ce sujet n’étant jamais clos —, les pataphysiciens choisissent un personnage littéraire, qui l’aurait discursivement découvert en 1861. Ce faisant, la revue allie fiction, géographie, histoire et réalité en ancrant son dossier dans le réel par un événement fictif et fictionnel.

Outre des dessins de Paul-Émile Victor, de Jean Dubuffet et de Riou, l’illustrateur original de certaines œuvres de Jules Verne, le dossier se compose de six articles divers et de « Poëmes eskimos », le tout parsemé de photographies. L’ensemble composite conjugue des dessins créés pour ce numéro, d’autres tirés des éditions de Verne et des photographies, ainsi que des textes, mi-scientifiques, historiques, fictifs et politiques, aux côtés de « poèmes inuits » véritables. Le lecteur pourrait croire que ces poèmes sont parodiques, mais une rapide recherche montre qu’ils sont repris d’une anthologie, parue en 1929, de William Thalbitzer, qui les a recueillis dans la région d’Ammassalik, au Groenland. Le Collège, dans sa grande tradition, brouille encore le réel, mais de ce fait inscrit formellement le « Pôle Nord » dans une suite historique imaginaire, dans laquelle la superposition des discours venus de disciplines diverses a fini par former un système de signes cohérent, où ne se distinguent plus facilement réalité, fiction, géographie et histoire.

Ce numéro aurait été proposé par l’explorateur Paul-Émile Victor, comme on le lit dans l’un des articles qui le composent : « Ce Centenaire, important à bien des titres pataphysiques, tant à l’endroit de la Doctrine des Solutions Imaginaires qu’au regard du Postulat de l’Équivalence, avait été, on le devine, l’objet des préoccupations prédiligentes du T. S. Paul-Emile Victor […] » (Procession aux Phynances. Avis du Collège 1961 : 37) Trois contributions s’avèrent particulièrement intéressantes de notre point de vue : celles de Jean Ferry, de Raymond Queneau et de Henri Robillot.

À la manière d’un essai savant, l’article de Jean Ferry (1961) intitulé « Erreurs boréales » s’appuie sur des travaux astronomiques réels. Ferry retrace le récit de la recherche des pôles, mêlant les théories scientifiques aux romans polaires de Verne et de Edgar Allan Poe. Ferry écrit douter de la possibilité d’atteindre les pôles puisque, selon les scientifiques, l’axe de rotation terrestre ne conserve pas de direction fixe. Il écrit : « Les pôles, on ne sait pas où ils sont! On n’y est sans doute jamais allé, on n’ira peut-être jamais, et rien, absolument rien, ne prouve que si on y va un jour, on n’y trouvera pas au nord la mer chaude d’Hatteras […] » (Ferry 1961 : 22) Il en conclut qu’on doit donner la préférence aux explorateurs fictifs sur les explorateurs réels.

Dans ses « Considérations sur la vocation onusienne du Pôle Nord », Raymond Queneau (1961), en s’appuyant sur un roman d’anticipation de 1868 qui relate l’annexion des pays d’Europe à la Suisse, pose un regard satirique qui tourne en dérision les diverses ambitions nationales autour du Pôle Nord. Historiquement, dans le contexte de la Guerre froide, l’axe d’opposition entre Europe de l’Ouest et Europe de l’Est s’est déplacé vers le Nord, pour s’établir entre l’Union soviétique d’un côté et l’OTAN de l’autre. De plus, encore aujourd’hui en raison de la logique coloniale qui s’impose en l’Arctique, les territoires circumpolaires sont contrôlés par les puissances du Sud, qui y trouvent ressources et positions stratégiques. Queneau renverse cet état de fait par une utopie politique dans laquelle il érige le Pôle Nord au centre d’une fédération impérialiste. Dans son texte, il imagine Paul-Émile Victor devenu député des glaçons de l’Arctique. Le territoire nordique se retrouve sous l’égide de la Suisse, et Queneau (1961 : 28) décrit les premiers cantons helvètes de l’Arctique, « peuplés de Tchouktches, de Youkaghirs, de Samoyèdes et de Lapons ». Il rejoint en ce sens une longue série d’utopies politiques se déployant jusqu’à nos jours, comme en témoigne la pièce norvégienne politico-satirique Nordting, créée en 2014 à Harstad dans une démarche collective dirigée par Amund Sjølie Sveen et rejouée de nombreuses fois depuis, qui revendique l’indépendance de l’Arctique, devenu plurinational7 — cet Arctique qui, dans le texte de Queneau, était devenu impérialiste envers le Sud.

Enfin, Henri Robillot (1961), dans son article au titre trompeur « D’un pôle à l’autre avec une remarque sur l’électricité vernienne et la nôtre », compare les deux romans polaires de Jules Verne, Aventures du capitaine Hatteras (1864) et Le sphinx des glaces (1897), qu’il considère comme « essentiellement pataphysiques », avec les œuvres de Poe et de Jarry. Il écrit de Verne qu’il a réussi à « prouver que la réalité s’était calquée sur [la] fiction » (Robillot 1961 : 32). Pour Robillot, le Pôle est d’abord et avant tout un lieu discursif, qui n’existe et ne subsiste que par le discours.

Ce cahier mélange ainsi le factuel et le fictionnel : en le lisant, le lecteur pourrait penser que les dessins de l’explorateur Paul-Émile Victor sont des croquis tracés dans le Grand Nord, alors qu’ils sont un ajout burlesque fictif; les titres, les références, les propos ont des sens ambigus qui visent à confondre et à rapprocher à la fois poésie, science, politique, histoire, fiction, rire et sérieux. Le Pôle Nord se trouve dès lors au cœur d’une démarche ‘pataphysique.

Au cœur de ce dossier, trois figures d’explorateurs polaires ajoutent à ce télescopage entre fiction et réalité : Paul-Émile Victor, explorateur réel des pôles, instigateur du dossier, qui trouve son contrepoids dans le personnage du capitaine Hatteras, découvreur fictif des pôles dont on fait la commémoration, de même que le fictionnel docteur Faustroll de Jarry, à la source de la réflexion ‘pataphysique. Le continuum entre ces trois figures assure la relation d’équilibre entre poésie, fiction, géographie et science. Pour l’explorateur Paul-Émile Victor, qui se prête volontiers à ce glissement ‘pataphysique, il s’agit certes d’une démarche d’autodérision, mais aussi d’un rappel de sa propre expérience. Sa découverte du Pôle Nord, à l’instar d’une démarche ‘pataphysique, a bouleversé sa vie et ses certitudes, l’a ouvert à des nouvelles réalités sur le monde qui l’entoure, et l’a fait basculer vers l’espace du Nord jusque-là, pour lui et pour les siens, d’abord et avant tout discursif et imaginaire. Hatteras, devenu fou à la fin du récit de Verne, et Faustroll, naufragé, font également face au Pôle Nord comme devant une limite, un point de rupture et une perte de soi.

Dans son essai sur Alfred Jarry, Karl Pollin (2013 : 25) écrit au sujet de la démarche ‘pataphysique qu’elle « révèle une zone trouble dans laquelle le réel et le possible, la littérature et la vie, ou encore l’action et la pensée ne parviennent plus à être différenciés ». C’est bel et bien le projet que réalise le Collège avec ce numéro sur le Pôle Nord, renforcé par la nature même du Nord comme imaginaire, discours et réalité géographique, dominé par des projections plutôt que par l’expérience. Pollin écrit que la ‘pataphysique détache la science « du socle de la rationalité » (2013 : 25) et qu’elle accorde à la poésie et à la fiction un rôle dans « les grandes lignes d’un paysage mental inédit » (2013 : 25–26).

Au terme de la lecture de ce dossier, le lecteur se trouve désorienté, n’ayant plus de repères pour saisir ce qui relève des différents domaines de l’imagination et de la connaissance empirique. Avec le Pôle Nord, les pataphysiciens mettent au jour un lieu des confins qui met en exergue les lois qui gouvernent le monde réel, notamment en utilisant avec profit les exceptions que porte la fiction. Ils mettent aussi en évidence que l’expédition vers le Pôle Nord est une expérience à la fois intellectuelle et spirituelle, dans laquelle se côtoient sens absolu et non-sens. Enfin, le Pôle Nord, et avec lui l’ensemble du Nord, paraît convoquer pour se constituer toutes les formes textuelles, du texte savant à la poésie, illustrant la combinaison structurée des relations de pouvoir, d’imagination et de pensée qui l’animent.

Avec leur démarche de prime abord imaginaire, faite de pastiches (ici, des discours scientifiques et de l’exploration), parfois absurde, les pataphysiciens démontrent par la poésie et la littérature le caractère à la fois cohérent et multiple de l’imaginaire du Pôle Nord, ses effets et ses implications politiques, mais aussi son rapport intermittent et discontinu vers le réel.

Ils se rapprochent ainsi d’autres démarches littéraires sur le Nord, comme nous le verrons à présent avec un autre numéro de revue poétique, dans un tout autre contexte, où les écrivains de la revue Liberté ont accepté de monter vers le Nord et de transformer l’expérience de la construction d’un barrage hydroélectrique en œuvre de poésie. Cela nécessite toutefois un court retour historique sur la situation du Québec pendant ce qu’on appelle la « Révolution tranquille ».

Revue Liberté, no 35 : « Manicouagan »

Contexte de la Révolution tranquille et de la Manicouagan

La présence française en Amérique du Nord précède de trois siècles l’établissement politique actuel du Canada. Aujourd’hui, le Québec est en quelque sorte le résultat de cette présence, puisqu’il est le seul État, outre Haïti dans les Antilles, de langue française en Amérique. La « survivance » du Québec est l’une des motivations permanentes de son histoire, avec le contexte de sa situation démographique, alors que 8 millions de francophones vivent sur un continent où ils sont entourés de plus de 300 millions d’anglophones. Pour le Québec, l’État fédéral actuel est une suite coloniale de la conquête du Canada par les Britanniques. Une partie importante de la population ressent un sentiment de colonialisme permanent.

Du 19e siècle à 1960, l’Église catholique a agi en tant que gouvernement autonome du Québec, protégeant la langue, contrôlant les services d’éducation, de loisirs et de santé,8 tout en imposant un régime désormais appelé « la grande noirceur », en référence à la domination des femmes et à l’opposition à la diversité, aux mouvements de gauche et aux intellectuels. À partir de l’Après-guerre, artistes et écrivains ont lancé un mouvement de « Refus global »,9 qui a abouti en 1960 à un renversement démocratique total de la société et à la chute rapide des institutions et pratiques religieuses.

Au cours de cette Révolution tranquille, l’Église a cédé pacifiquement et en quelques mois tous ses pouvoirs au profit d’un gouvernement interventionniste et social-démocrate qui souhaitait enrayer les injustices économiques et politiques qui affectaient alors les francophones. De tous les groupes ethnolinguistiques, les francophones, pourtant majoritaires au Québec, étaient les plus pauvres; dans de nombreux domaines, la langue française était interdite; le commerce et l’industrie appartenaient aux anglophones. Le gouvernement, inspiré par un idéal nordique, voulait alors mettre en place une série de mesures et créer des institutions pour inverser cet état de fait et démocratiser la société, la culture, l’éducation, instaurer l’égalité des personnes et nationaliser l’économie. Cette période déterminante marque également la montée d’un mouvement autonomiste dont la devise était « Maîtres chez nous ».

C’est dans ce contexte d’une rare convergence entre les artistes, écrivains et politiciens que la construction du barrage hydroélectrique de la rivière Manicouagan, dans le nord du Québec, a pris valeur de symbole économique, politique et culturel. Lancée par la société d’État Hydro-Québec, nouvellement nationalisée, cette centrale représente tour à tour la prise du pouvoir par les francophones, le renversement linguistique et économique qu’ils attendaient, mais aussi un mouvement culturel qui célébrera cette construction, au milieu de la toundra du Nord, comme un geste mythique révolutionnaire.

Cette convergence avec les artistes conduit les poètes de la revue Liberté, principal fer de lance de la révolution culturelle et sociale, à s’envoler vers les barrages de la Manic en 1964, pour traduire en poésie le geste posé par les ouvriers, magnifié en un acte politique et poétique, où l’effort de l’homme dans la nature du Nord crée de l’énergie et de l’espoir.

Si cette situation intellectuelle est fort différente de celle du Collège de ‘Pataphysique, qui publie son numéro sur le Pôle Nord quelques années plus tôt, plusieurs ressemblances peuvent être constatées entre ces deux initiatives de poésie consacrées au Nord, où réel, technique, science, fiction, politique et histoire se conjuguent et se télescopent.

Liberté : art, littérature et politique

Pendant la décennie qui précède la Révolution tranquille, que les historiens littéraires ont appelée « L’âge de la parole »,10 des poètes appellent à un renouvellement de l’état du monde et, comme l’écrit Paul-Émile Borduas dès 1948, à « rompre définitivement avec toutes les habitudes de la société » et à laisser, je cite : « Place aux mystères objectifs! » « Au refus global nous opposons la responsabilité entière. »11 C’est dans ce mouvement que des intellectuels, dont le poète Gaston Miron, fondent en 1954 la maison d’édition L’Hexagone, qui se veut un lieu de contact et de cohabitation entre art, littérature et politique : « Nous croyons, écrivent ses fondateurs, que les écrivains, en tant que citoyens, ont des devoirs et des responsabilités vis-à-vis la chose publique. » (cit. par Lapierre 1978 : 25) Ils se dotent en 1959 d’une revue, qu’ils appellent Liberté, et écrivent dans ses premières pages : « L’art devient une condition du politique ». (cit. par Lapierre 1978 : 25) La revue sera de tous les combats culturels, linguistiques et politiques de la société québécoise, prônant une forme d’engagement qui valorise l’esprit d’indépendance et de responsabilité, à l’image du manifeste de Refus global. En septembre 1964, les poètes de la revue acceptent l’invitation d’Hydro-Québec et visitent le chantier en cours de la construction du premier barrage conçu par des francophones en Amérique, construction qui manifeste dans le réel leur volonté d’affirmation. De cette expérience ressortira un numéro complexe, composite, où le geste de l’ouvrier transforme la matière et construit l’avenir de la collectivité, traduit dans une perspective marxiste. Le numéro semble accompagner le geste primordial d’un monde nouveau, alliant la poésie et la matérialité.

Dans un article de 2016 revenant sur le contexte de la publication de ce numéro, Marie Saur tente de comprendre le geste posé par les poètes de Liberté. Dès leur arrivée au chantier, les poètes sont accueillis par l’ingénieur en chef, qui leur rappelle l’importance de la poésie pour saisir les changements en cours dans le Nord, mais également le lien qui unit travailleurs et écrivains : « Vous écrivez, nous bâtissons », leur dit-il. « Vous comprendrez qu’il faut aussi être des poètes pour bâtir des choses comme celles-là. » (cit. par Saur 2016 : 83) Le lecteur d’aujourd’hui note l’absence de critique dans le numéro de Liberté, mais ce serait se leurrer que de croire que les écrivains auraient ainsi laissé tomber leurs principes pendant ce séjour. Il faut se replacer dans une rare situation de convergence. Les poètes sentaient voir devenir matière leurs combats pour la langue française, l’égalité des personnes, la reprise en main du destin collectif, la transformation mythique du réel en symboles puissants de l’affirmation et de la liberté. Marie Saur (2016 : 83) souligne qu’aujourd’hui encore, ce barrage, « plus qu’une prouesse d’ingénierie, a été ressenti […] comme une forte avancée culturelle et sociale ». Ce rapport fécond entre « technique et culture » rappelle celui entre « science et poésie » des pataphysiciens, si l’on remplace le pastiche et l’absurde par le geste politique. Dans tous les cas, cela met de nouveau au jour le rapport discursif du Nord, en tant que construction mentale et imaginaire.

Le numéro se compose de 15 articles, qui font tour à tour l’éloge du Nord, de la prouesse technique, de la valeur politique du geste collectif et de l’ouvrier, ainsi que du symbole que représente pour l’homme sa propre présence dans un territoire vierge, qu’il souhaite transformer pour en produire de l’énergie. Carnets personnels, statistiques poétisées, portraits d’hommes et de femmes sur le chantier, exposés factuels, poèmes, témoignages, nouvelles se superposent pour magnifier les gestes du quotidien que posent les ouvriers du barrage, déplacés dans ce Nord qui devient le centre du monde et du changement.

Par exemple, Arthur Lamothe (1964 : 375–376) relate les échanges entre une ouvrière et son patron, qui témoignent du renversement des pouvoirs et de la fin de l’imposition de l’anglais :

Lise avait les joues fraîches et l’accent de Québec
elle travaillait au télétype
dans un camp de Manicouagan 5
un jour elle tapa un rapport en anglais
un rapport sur le béton
son patron le lui avait donné ainsi
à Montréal on refusa de lire le rapport en anglais
et son patron lui donna un rapport en français (en italique dans le texte)

La plupart du temps dans ce numéro, les renversements politiques dont font état les écrivains s’inscrivent dans un rapport de force entre les classes sociales, mais aussi dans une transmutation géographique. Le Nord n’est plus le lieu de la périphérie, mais au contraire le centre où se réalisent les changements révolutionnaires.

L’ouvrier comme travailleur poétique de la nature

Dans ce numéro de Liberté, les figures du poète-bâtisseur et de l’ouvrier-poète prédominent et se rencontrent. Elles tendent toutes deux à un rapport étroit entre poésie, littérature et réalité physique. Dans son poème « Un pays et des hommes », Arthur Lamothe (1964) dépeint différentes figures de travailleurs du barrage; Clément Perron (1964), de son côté, raconte comment les ouvriers lui inspirent des intrigues qu’il transformera en littérature. Les poètes font des ouvriers de la Manicouagan les héros du Québec moderne. Cette fascination est d’ordre technique, politique et spirituel. S’y glisse cette nécessité, que n’auraient pas niée les pataphysiciens, que seules la poésie et la fiction peuvent traduire la matérialité et l’historicité du Nord.

Nord, éloge, poésie et politique

On peut se demander en quoi la visite des poètes de Liberté à la Manicouagan, en plus de contribuer au mouvement de la Révolution tranquille, répond à un impératif littéraire. Dans son éditorial « Pourquoi la Manicouagan », Jean-Guy Pilon défend ce choix des écrivains, témoignant de la façon dont le barrage symbolise, par la matière dans le Nord, ce qui intéressait « au premier chef les écrivains ». Il écrit : « La Manicouagan est un signe, un symbole. […] La Manicouagan est une preuve. Pour plusieurs d’entre nous aussi, c’est une concrétisation de ce que les poètes et les poèmes appelaient. » (Pilon 1964 : 322–323) On a l’impression, en le lisant, d’assister au moment précis où matière, poésie, politique et histoire se fondent et fusionnent pour évoquer le Nord en transformation.

Dans l’idéologie de l’Après-guerre, avant les inquiétudes environnementales qui sont aujourd’hui les nôtres, ce geste de transformation signifie le récit de la victoire de l’homme sur la nature, ici associée à un Nord sauvage dans une représentation hyperbolique. Cela conduit à la figure épique du « bâtisseur de pays » (Godbout 1964 : 347), mais aussi à la découverte, par les intellectuels, d’un autre monde : celui de la matérialité associée à la pensée, aux idées et aux mots. Fernand Ouellet (1964 : 343) écrit ainsi dans son « Manifeste de la Manicouagan » sa surprise de voir transposé le geste poétique dans la réalité du Nord :

En parlant avec les ingénieurs, j’ai compris que Manic 5 avait pour eux, dans une certaine mesure, la même signification que le Refus global pour les peintres ou les poèmes pour ceux qui firent, à leur façon, éclater la mémoire; ceux qui parlèrent d’espace, de lumière et de pays. Ces ingénieurs ont trente ans. Manic 5, c’est leur manifeste. Ils sont venus parfois de Carillon, de Bersimis, après des années d’humiliation, pour être les véritables maîtres d’œuvre.

Ce séjour dans le Nord prend valeur de révélation de la richesse polysémique de ce qui se construit, non seulement pour les ingénieurs, les politiciens et les économistes, mais également pour la symbolique collective et le rapport nordique au territoire. Cet édifice qui fait face aux poètes dans le Nord est une production matérielle, littéraire et symbolique. Clément Perron (1964 : 354) écrit qu’il a l’impression d’assister aux premières heures d’un nouveau récit : « Je savais que ces images-choc étaient en train de donner naissance à toute une nouvelle mythologie. »

Le poète comme barrage dans le monde réel

Il serait réducteur de ne voir dans ce numéro qu’un éloge de la technique ou de la résistance culturelle. Les écrivains s’y rendent de leur propre chef et aussi parce que les ingénieurs les appellent à occuper une place dans cette construction. À l’adresse de l’ingénieur en chef, qui dit que les ouvriers font acte de poésie, Yves Préfontaine ressent un écho de son propre travail. Il écrit : « [I]l ne se doutait peut-être pas de la profonde impression que cette parole pouvait provoquer en nous. […] Manicouagan n’est pas qu’un symbole […] c’est une œuvre […], un poème dont nous avions un urgent besoin. » (Préfontaine 1964 : 371)

Cette analogie troublante à plusieurs égards brouille le rapport de la poésie au réel. Si le barrage est poème, le poème est aussi barrage à l’œuvre. Le poète se veut ouvrier de l’œuvre, matérielle et symbolique, qui se dresse devant lui et dans la nature du Nord. Ce signe de la modernité, à l’image des poèmes de Liberté, ne construit pas que la matérialité du rapport au Nord, mais également l’avenir de la poésie, elle-même en construction, en lutte et en danger linguistique sur le continent qui est le sien. Métaphore de leur propre travail, le barrage, et en lui l’ensemble du Nord, provoque chez les poètes une mise en éveil du réel, et la renaissance annoncée de la puissance créatrice du « Refus global ».

Sous des motifs forts différents, pataphysiciens et poètes de Liberté partagent ainsi cette nécessité de brouiller les cartes et les divisions entre poésie, littérature, Nord, politique, histoire, réel et imaginaire.

Conclusions

Que peut-on conclure de ces deux recueils collectifs de poésie de l’Après-guerre consacrés au Nord, outre ce projet discursif d’alliage du réel et de l’imaginaire? Alors que le numéro de Liberté trace une représentation positive, parfois héroïque, des hommes nouveaux qui construisent et transforment le Nord, le dossier des Cahiers du Collège de ‘Pataphysique sur le Pôle Nord provoque un brouillage dont les motifs demeurent intellectuels. Pourtant, tous deux lient l’écriture poétique à des ambitions d’autres champs de l’expression, du pouvoir et du savoir : les pataphysiciens cherchent à rapprocher science, imaginaire et littérature, ce qui n’est pas sans conséquence. Tous deux forgent une haute image de la figure du poète, habilité à délivrer une compréhension du monde et du Nord.

Les deux numéros diffèrent dans leur rapport à la nature. Pour les écrivains pataphysiciens, le Nord demeure dans le prolongement historique occidental, loin et au-delà des paramètres du réel. Y mêler fiction, expérience et poésie s’inscrit donc dans une tradition de longue date, qui place le Nord et particulièrement le Grand Nord et les pôles dans un au-delà de l’écoumène, hors de l’expérience, et les rend, par conséquent, facilement modelables par la pensée et la littérature. Chez les poètes de la revue Liberté, le principe de la « construction », d’inspiration américaine, tente de conjuguer la matérialité du territoire, de la matière et des bâtiments à la langue, à la poésie et à l’imaginaire, dans l’idée du Nord pour laquelle ils appellent un rapprochement et duquel ils espèrent une libération culturelle et politique.

Si l’on prend un pas de recul pour voir ces deux numéros de poésie sur le Nord du point de vue général de l’imaginaire, on constate d’une part que le Nord semble pour tous impossible à saisir hors du discours, ici celui de la littérature et de la poésie. Réel, fiction, histoire, vide, frontière, discours, pouvoir, poésie forment, créent, transforment et construisent le Nord. Une révolution de la pensée ou de l’ordre du monde peut ainsi y trouver place, valorisée par le pouvoir de la poésie comme forme privilégiée et lieu fondateur d’un brouillage entre réel et imaginaire. L’imaginaire du Nord est une somme de discours en mouvement continuel, un tout organisé et organique formé de l’accumulation et de la concurrence des discours et aussi, certainement, comme on le constate ici, le lieu expérimental de la confluence des savoirs et des formes d’expression.

Notes

1Une version préliminaire de cet article a été présentée en conférence plénière lors du colloque « Le Nord dans les littératures francophones » à l’Université de Stockholm, le 21 novembre 2019. Je remercie Marie Mossé pour son travail de recherche et d’analyse, qui a permis la rédaction de cet article. Ce dernier s’inscrit dans le cadre des travaux du Laboratoire international de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique. 

2La rivière, appelée « Manikuakanishtik » en innu-aimun, coule du nord vers le fleuve Saint-Laurent au sud, sur la Côte-Nord du Québec. 

3Sur les rapports idéologiques entre les intellectuels et les revues, voir par exemple Andrée Fortin (2006). 

4Le terme ‘pataphysique dans le nom du Collège de ‘Pataphysique doit toujours être précédé d’une apostrophe — « un apostrophe », écrit Jarry dans les Gestes et opinions du docteur Faustroll (1911). La ‘Pataphysique est la science mise en œuvre par le Collège de ‘Pataphysique, tandis que la ‘Pataphysique est la substance du monde (Collège de ‘Pataphysique 2019b : 12). 

5Affirmation reprise dans les Statuts du Collège de ‘Pataphysique : « La ‘Pataphysique est la science. (Alfred Jarry). » (Titre I : Canons; Article 2.1; voir http://www.fatrazie.com/pataphysique/college-de-pataphysique/statuts-du-college, consulté le 7 novembre 2019). 

6Son récit d’exploration, publié sous le titre My Attainment of the Pole. Being a Record of the Expedition that First Reached the Boreal Center, 1907–1909, paraît en 1913. 

7Voir à ce sujet le site Web : https://www.nordting.no, consulté le 4 mai 2020. 

8Pour une excellente synthèse de cette période, voir Paul-André Linteau et al. (1989). 

9Animé par plusieurs artistes, dont le peintre Paul-Émile Borduas, ce mouvement a laissé un manifeste important, Refus global, d’abord édité par le libraire Henri Tranquille à Montréal en 1948, puis réédité de nombreuses fois, notamment en 2017. 

10C’est aussi le titre de l’un des recueils de poésie les plus importants de cette période, celui du poète Roland Giguère : L’âge de la parole. Poèmes, 1949–1960 (1965). 

11On peut lire la version en ligne du manifeste Refus global, dont sont tirées ces citations, à : https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/refus-global-manifeste, consulté le 4 mai 2020. 

Références

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  3. Cahiers du Collège de ‘Pataphysique. (1961). Dossier 16(Nouvelle série; « Centenaire de la découverte du Pôle Nord par le capitaine Hatteras »). 

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  5. Collège de ‘Pataphysique. (2019a). Les 101 mots de la Pataphysique. Paris : Presses universitaires de France, coll. Que sais-je?. 

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  7. Collège de ‘Pataphysique. (2019c). Faustroll. In Les 101 mots de la Pataphysique, Paris : Presses de l’Université de France, coll. Que sais-je?, 43–44. 

  8. Collège de ‘Pataphysique. (2019d). Collège de ‘Pataphysique. Les 101 mots de la Pataphysique. Paris : Presses universitaires de France, coll. Que sais-je?, 25. 

  9. Cook, F. (1913). My Attainment of the Pole. Being a Record of the Expedition that First Reached the Boreal Center. New York et Londres : M. Kennerley. 

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