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Research

Le positionnement transnational d’August Strindberg dans la presse française — Un contre-discours boréal ?

Authors:

Mickaëlle Cedergren ,

Université de Stockholm, SE; Département de langues classiques et romanes, SE
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Gunnel Engwall

Université de Stockholm, SE; Département de langues classiques et romanes, SE
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Abstract

In 1895, the Swedish author August Strindberg created a scandal by publishing the essay “De l’Infériorité de la femme et comme corollaire de la justification de sa situation subordonnée selon les données dernières de la science” in the French journal Revue blanche. Our paper probes Strindberg’s motivations for writing this provocative article. We begin by contextualizing the text in relation to the writer’s complete literary production and also examine the genesis of the essay and its reception in the French newspapers of the time. This allows us to suggest that, in publishing such a nonconformist «scientific» text on women in French, Strindberg wanted to enter into the French field as a Nordic writer with a scientific appearance. Drawing on reception studies, as well as the notions of borealism, and paratopia, we argue that this was an attempt on the part of Strindberg to gain recognition amongst Parisian and European audiences. In conclusion, our study demonstrates how Strindberg sought out a position of both rupture and continuity as a “Scandinavian southern” author. We show how he plays with representations of the North, embracing French exogenous discourse and even surpassing it. In addition, we note that Strindberg adjusts his discourse skilfully by adopting a counter-borelian discourse, where he portrays himself at once as epigone and pioneer.

 

Résumé

L’essai d’August Strindberg intitulé « De l’Infériorité de la femme et comme corollaire de la justification de sa situation subordonnée selon les données dernières de la science » fait scandale lorsqu’il apparaît dans la Revue blanche en 1895. Ce discours est surprenant pour diverses raisons. Que recherchait Strindberg en écrivant un article aussi provocateur ? En resituant ce texte dans la production littéraire de l’écrivain, en étudiant sa genèse et sa réception dans les journaux français de l’époque, nous proposons de traiter la question suivante : Strindberg voudrait-il se profiler comme écrivain nordique aux allures scientifiques dans le champ français, en publiant en langue française, un texte « scientifique » anticonformiste sur la femme ? À la lumière des travaux portant sur le boréalisme, la paratopie et la réception, nous nous interrogeons pour savoir si ce discours ne serait pas une stratégie pour conquérir le public parisien et européen. Les résultats de cette contribution tendent, en effet, à montrer comment Strindberg a cherché à se positionner en rupture et en continuité, à la manière d’un écrivain « scandinave méridional ». L’écrivain suédois joue sur les représentations du Nord et intègre le discours exogène français tout en le dépassant. En adoptant un contre-discours boréal où Strindberg s’affiche à la fois épigone et pionnier, l’auteur suédois ajuste adroitement son discours.

 

 

Mots-clefs: Positionnement; imaginaire du Nord; boréalisme; paratopie; Strindberg

How to Cite: Cedergren, M., & Engwall, G. (2020). Le positionnement transnational d’August Strindberg dans la presse française — Un contre-discours boréal ?. Nordic Journal of Francophone Studies/ Revue Nordique Des Études Francophones, 3(1), 133–149. DOI: http://doi.org/10.16993/rnef.44
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  Published on 27 Oct 2020
 Accepted on 01 Sep 2020            Submitted on 25 Jun 2020

Introduction

En 1895, August Strindberg fait sensation en publiant dans la Revue blanche son article « De l’Infériorité de la femme – Et comme corollaire de la justification de sa situation subordonnée selon les dernières données de la science » (abrégé dorénavant par « De l’Infériorité de la femme »). L’écrivain suédois est alors loin d’être inconnu en France.1 Son nom se rattache surtout à trois de ses pièces de théâtre (Mademoiselle Julie, Créanciers et Père) qui ont, successivement, été jouées à Paris en 1893 et 1894. Indéniablement, Strindberg a le vent en poupe à l’époque et, de fait, une « septentriomanie » s’abat sur la France. En effet, il n’est pas le seul écrivain à être remarqué ; le théâtre scandinave s’est implanté depuis la fin des années 1880 avec, entre autres, le dramaturge norvégien Ibsen. Les articles portant sur la Scandinavie et sur les auteurs scandinaves sont nombreux au milieu des années 1890 dans les revues de presse françaises (Rogations 2017 : 56–57). À lire la presse de l’époque, le vent du Nord souffle sur les planches parisiennes et déstabilise les attentes du public : effroi, stupéfaction, enthousiasme et déception s’entremêlent (Dikka Reque 1976, Segrestin 2002, Andersson 2018).

Dans le cas de Strindberg, on constate que les critiques lui garantiront sans aucun doute la meilleure des publicités en faisant parler de lui. D’après Rogations (2017 : 145), les trois adjectifs qui reviennent le plus souvent dans les critiques portant sur son théâtre le qualifient de « bizarre, misogyne et violent ». Dans le cas de Mademoiselle Julie, la critique émet des avis particulièrement mitigés2 et souligne notamment son aversion pour la femme. La perception de la femme et le traitement qu’il accordera à la vie maritale feront de lui un misogyne notoire (Rogations 2017 : 98). Bien que l’article de Strindberg « De l’Infériorité de la femme », paru dans la Revue blanche, s’inscrive dans cette même thématique, cet essai polémique a rarement été étudié en tant que tel. Or, il fascine à plus d’un titre : en premier lieu, de par son style et sa genèse complexe ; en second lieu, par les spécificités linguistiques et thématiques de l’article. Ces particularités laisseraient présumer qu’il s’agit d’un article précurseur annonçant les futurs articles purement scientifiques que Strindberg allait publier très bientôt en France. De plus, le fait que cet essai soit en partie traduit et en partie écrit en français contribue aussi à souligner l’aspiration de Strindberg à renforcer son identité d’écrivain français et, par-là, européen.

Si l’essai sur l’infériorité de la femme s’annonçait être un prototype des essais scientifiques auquel Strindberg allait désormais s’adonner, chercherait-il alors à consolider sa place comme pionnier en publiant un article sensationnel ? Tout en discutant le positionnement de ce texte, on se demandera dans quelle mesure les représentations du Nord convoquées dans cet essai vont décevoir l’attente du public et révolutionner ainsi l’horizon d’attente du public français. C’est en créant un écart esthétique, c’est-à-dire une « distance entre l’horizon d’attente préexistant et l’œuvre nouvelle » (Jauss 1978 : 58) que l’essai de Strindberg provoque un effet sur le public. La réception de la critique va permettre de mesurer cet écart esthétique. Pour comprendre comment un texte sera perçu et interprété, il est alors important de définir les conventions du moment. La réception d’un texte dépend du contexte dans lequel il s’inscrit et des goûts littéraires du public (Jauss 1978 : 56). Cette approche nécessite donc un examen de la critique journalistique.

Pour ce faire, nous proposons de tester l’hypothèse selon laquelle Strindberg chercherait à se profiler dans le champ scientifique en publiant, en langue française, un texte anticonformiste sur la femme. Le cas échéant, cet essai constituerait donc un contre-discours boréal dans lequel l’écrivain suédois aurait « boréalisé » son texte pour s’imposer comme écrivain misogyne aux allures scientifiques dans l’intention de percer encore mieux à Paris et en Europe. Pour tester cette hypothèse, l’examen se déroulera en plusieurs étapes.

Après quelques précisions sur l’activité de journalisme de Strindberg en France afin de situer l’essai « De l’infériorité de la femme » dans son contexte de production, nous introduirons quelques concepts clefs du boréalisme tel que l’a développé Briens (2018) avant de présenter le processus génétique de cet essai où y seront examinées les particularités formelles et esthétiques les plus saillantes de ce texte. Cette description textuelle mettra en relief la prise de position de Strindberg à la lumière de la notion de paratopie empruntée à Maingueneau (2016). Cette notion complexe se réfère aussi bien aux conditions de production d’une œuvre qu’au processus même de création de l’écrivain. La paratopie constitue en soi un état paradoxal et souligne une position située en marge : elle indique, de manière simultanée, la position de rattachement et de détachement de l’écrivain. Cette « impossible inclusion », selon Maingueneau (2016 : 27), a lieu lorsque l’écrivain se démarque d’un groupe, d’une géographie, d’une époque ou encore d’une langue (Ibid.). Ce que révèle l’écriture, ce sont des traces énonciatrices qui servent, à leur tour, de geste de légitimation dans un espace donné et que Maingueneau nommera embrayage paratopique (2016 : 28–29). La paratopie nous semble être une notion opératoire pour comprendre le positionnement de Strindberg.

Puis, nous nous attarderons sur la réception française accordée à cet essai au cours de l’année 1895 pour comprendre la perception du lectorat français face à Strindberg.

Finalement, nous essaierons de dégager les modalités des représentations du Nord et finirons par nous demander dans quelle mesure Strindberg réactiverait certaines de ces représentations en déstabilisant les conceptions françaises sur le Nord,3 qui circulaient dans la France des années 1890. En confrontant ainsi le discours sur l’infériorité de la femme de Strindberg aux discours tenus par les critiques français en 1895, nous préciserons les contours de ce discours boréal pour répondre à nos questions.

Strindberg, journaliste français

S’il est bon de rappeler la réception du théâtre de Strindberg en France, il ne faudrait pas oublier son importante activité journalistique à la même époque. En effet, sa production dans les journaux ou revues françaises est loin d’être insignifiante vu qu’en janvier 1895, il comptait déjà à son actif 33 articles publiés dans la presse française (soit un tiers de toute sa production journalistique française).4 Il est donc justifié de rappeler ici la position de Strindberg comme journaliste dans le paysage de la presse française, une particularité qui le singularise comparé à ses compatriotes scandinaves.

Dans sa vie, Strindberg a nourri de nombreux rêves dont ceux de percer à Paris et, même, de conquérir l’Europe et le monde. Ses lettres des années 1980 dévoilent clairement ses ambitions d’être accepté en dehors de la Suède, sans pour autant délaisser les Suédois. Au peintre suédois Carl Larsson, il déclare ainsi le deux avril 1884 « Je ne compte pas tourner le dos à la Suède, [mais] je dois d’abord devenir Européen ! » (notre traduction ; cf. aussi par ex. les lettres à Carl Larsson le 21 mars et à l’écrivain norvégien Jonas Lie, le 19 mai 1884). Pour se frayer un chemin, le français, « la langue universelle », devient son outil principal. Il se met donc aux études pour améliorer ses connaissances du français et relate avec fierté ses progrès (voir par ex. les lettres à Carl Larsson le 22 avril, au futur politicien Hjalmar Branting le 12 mai, à son éditeur Karl Otto Bonnier le 20 mai 1884 et à Albert Bonnier, le 14 mai 1885 ; pour des comptes rendus de ses expériences françaises, voir Ahlström 1956 : 51–52 et passim ; Brandell 1983 : 12–23).5

Outre le fait d’écrire en français, comme l’ont d’ailleurs fait beaucoup d’autres hommes de lettres à la fin du XIXe siècle (Casanova 1999), Strindberg utilise, pour devenir un écrivain cosmopolite, d’autres stratégies, comme celle de s’auto-traduire au besoin (comme dans les cas de Fadern [Père], de Fordringsägare [Créanciers] et de Ett drömspel [Rêveries])6 ou de renouveler son écriture en empruntant le patrimoine culturel et religieux du catholicisme et de la littérature française au tournant du siècle (Cedergren, 2013a et b). L’étude de Massimo Ciaravolo (2015) propose de définir trois stratégies d’écriture chez l’écrivain suédois. À côté de l’auto-traduction et de l’écriture en français, il repère la traduction de ses œuvres effectuée par d’autres comme une troisième stratégie (Ciaravolo 2015 : 54). Ces trois procédés ont contribué, selon lui, à établir le « projet transnational » de l’auteur depuis le premier séjour de Strindberg à l’étranger au milieu des années 1880.7 À la lumière de cette étude, on pourrait considérer l’essai « De l’Infériorité de la femme » dans la continuité de ce projet. Cet essai renforcerait, ainsi, le positionnement transnational de Strinberg.

Que Strindberg ait aussi choisi la voie médiatique, qu’était la presse de l’époque, pour accroître son rayonnement ne peut guère surprendre. De fait, Strindberg s’est imposé comme journaliste français comme l’ont montré Grimal (1990) et encore plus récemment, les travaux d’Engwall (2006 et 2013). Son activité de journalisme en langue française s’est étendue entre 1883 et 1911 et porte sur un vaste ensemble de sujets.8 Au cours de cette période, l’année 1894 se démarque et correspond au commencement d’une période d’intensité accrue qui se prolongera jusqu’à l’année 1898 (Engwall 2013 : 519).

Cette période de forte activité correspond non seulement à la fin de son séjour en Autriche (Dornach) et au début de son arrivée dans la région parisienne (où il restera jusqu’en 1898, séjour interrompu seulement par quelques visites en Suède et en Autriche), mais marquerait, semble-t-il, une nouvelle esthétique et une réorientation chez Strindberg. Dans tous les cas, il est certain que Strindberg avait projeté à ce moment de conquérir Paris, et par ce moyen, l’Europe et le monde, en écrivant des essais qu’il nommait des « vivisections » (Engwall 2006 et 2009 ; voir aussi Strindberg 2010). Vers les années 1890, le nombre d’articles écrits par Strindberg prolifère dans la presse française. Certains d’entre eux ne passent pas inaperçus et vont jusqu’à défrayer la chronique (Engwall 2013 : 528–529). Tel est en effet le cas lorsque Strindberg publie, en janvier 1895, son essai sur l’infériorité de la femme dans la Revue blanche.

À cette époque, la Revue blanche est réputée pour son « snobisme élégant et mondain » (Rogations 2017 : 215). Elle est même devenue une revue capable, au même titre que la Revue bleue et le Mercure de France, de concurrencer avec les grandes revues. Son lectorat, qui a considérablement grandi jusqu’à se multiplier par six au cours de la dernière décennie du XIXe siècle, y a largement contribué. Située à l’avant-garde, elle s’intéresse au renouveau des arts et son goût est porté vers le cosmopolitisme. Ceci explique pourquoi la Revue blanche se tourne naturellement vers les littératures étrangères, sans pourtant se départir pour autant de toute capacité critique.9 À la publication de l’essai de Strindberg dans la Revue blanche, les réactions des critiques français ne se font donc pas attendre. L’essai sera même un véritable exploit, comme le souligne Paul Ginisty : « Le Suédois Strindberg fait plus de bruit à Paris […] qu’il n’en avait fait avec toutes ses pièces. » (XIXe siècle du 16 janvier 1895).

Le concept de discours boréal

Si l’on prend en considération la nationalité et le lieu géographique où est né Strindberg, on peut alors envisager son discours, publié dans la presse française, comme un discours venant du Nord. Pourtant, dans la mesure où ce discours est délocalisé et se trouve publié en dehors de Suède, on peut le conceptualiser comme un phénomène particulier, à savoir le boréalisme présenté par Briens (2018 : 171). Il s’agit d’une opération de déracinement où la « nordicité » est décontextualisée et déterritorialisée, donnant ainsi lieu à une « boréalisation ». Ces concepts sont intéressants dans notre cas, car ils nous permettent de repenser les représentations du Nord en dehors de son espace nordique, en l’occurrence dans des espaces plus méridionaux.

Ce processus est en œuvre lorsque Strindberg publie son discours sur l’infériorité de la femme dans une revue de presse française, un canal de publication provenant du Sud. Notre texte se situe alors dans un autre territoire et constitue un discours exogène sur le Nord, si l’on adopte la position spatiale et culturelle française que représente la Revue blanche. Le Nord n’est donc plus perçu dans ce contexte « comme ‘septentrional’, c’est-à-dire géographique, mais avant tout ‘boréal’ […] et se révèle dans la réinvention d’une géographie imaginaire. » (Ibid.).

Le Nord s’énonce par la voix de l’Autre, il est réinvesti dans d’autres lieux et transmis par d’autres locuteurs ; en d’autres termes, c’est la revue française, la Revue blanche, qui est chargée de transférer le discours scandinave de Strindberg. Pour cette raison, ce discours est à considérer comme « boréal exogène » puisqu’il est produit au Sud en dehors des frontières septentrionales et porte sur le Nord.10 C’est le discours journalistique français qui invite le Nord en acceptant de publier l’article de Strindberg. En ce sens, le concept de boréalisme est opératoire ; le Sud corrobore à fabriquer ce Nord en le soustrayant à son lieu d’origine : la parole du Nord est littéralement déplacée avant d’être transplantée dans un nouveau contexte. Le Nord déterritorialisé va ainsi prendre un autre sens. Pour ces raisons, le discours de Strindberg devient symbolique et s’apparente plutôt à une métaphore, pour suivre l’idée maîtresse de Briens (2018 : 155–156). Ce discours servira même de positionnement ; il viendrait, avant tout, signaler la portée et la signification de ce discours déterritorialisé parmi les multiples représentations nées au fil du temps, des lieux et des formes d’art.

« De l’Infériorité de la femme », un processus génétique complexe

Après avoir vécu un an en Autriche chez la famille de sa seconde femme Frida Uhl, Strindberg envisage, à partir du printemps 1894, d’aller s’installer à Paris en espérant poursuivre son rayonnement européen. Cet espoir n’était pas entièrement sans fond. Outre les représentations de ses drames, Mademoiselle Julie et Créanciers à Paris, il s’est fait connaître auprès du lectorat francophone grâce à des essais publiés dans des revues et journaux français depuis déjà le milieu des années 1880 (Engwall, 2013).

Pour préparer son séjour à Paris, Strindberg travaillait assidument afin d’avoir des textes à présenter à l’automne 1894. L’ensemble de ces textes, rédigés en français, comprenait approximativement une centaine de pages manuscrites. Son idée était de les rassembler dans un volume et, peut-être aussi, de les compléter avec des essais déjà écrits et publiés en suédois (Engwall, 2009). Pour ce volume, il proposait plusieurs titres : tout d’abord « Le Livre de la Sagesse » puis, « La Sapience », avant de choisir définitivement le titre de « Vivisections ». Il se peut que cette hésitation, quant au choix du titre tantôt philosophique tantôt scientifique, soit aussi un signe de tergiversation, voire de revirement chez Strindberg.

Parmi les essais écrits directement en français figure le bref essai de quatre pages manuscrites intitulé « À la Zoologie de la Femme ».11 Ce texte se démarque non seulement par son contenu thématique mais aussi par son processus génétique. De fait, Strindberg avait déjà écrit et publié, bien auparavant, un texte en suédois sur le thème de la femme ayant pour titre « Kvinnans underlägsenhet under mannen, och det på grund därav berättigade i hennes underordnade ställning. (Enligt vetenskapens sista resultat.) ».12 Cet essai, écrit en 1888 et publié en 1890 dans le volume Tryckt och Otryckt I, illustre l’intérêt de Strindberg pour la question de la femme et son émancipation déjà six ans avant l’écriture du texte « À la Zoologie de la Femme ».13, La misogynie de Strindberg n’est, en effet, pas un sujet nouveau ; elle est fortement liée à sa critique sociale et remonte au milieu des années 1880 avec la parution du recueil de nouvelles Giftas I-II [Mariés !] en 1884 et 1886 (Strindberg 1982). À la suite de Giftas, Strindberg va rédiger trois essais qui montrent que sa vision sociale influence négativement ses propos sur la femme dans sa production littéraire ultérieure (voir Balzamo 1999 : 126–129).14

Afin de pouvoir publier son ancien essai « De l’Infériorité de la femme » en France, Strindberg a besoin d’aide et persuade alors son ami Leopold Littmansson de le traduire. L’été de cette même année 1894, lorsque l’essai « De l’infériorité de la femme » est traduit, Strindberg écrit en français « À la Zoologie de la Femme », portant sur le même thème. En les réunissant, Strindberg associe deux stratégies d’écriture, celle d’écrire lui-même directement en français et celle de se faire traduire, pour assurer son projet transnational (cf. Ciaravolo 2015 : 54–55).

Dès qu’il est en possession de cette traduction et des nouveaux essais écrits en français, Strindberg se tourne vers Georges Loiseau, son correcteur attitré, qui avait, de plus, de bons contacts avec les théâtres et les journaux parisiens (Engwall, 2000). Malgré ses démarches, Loiseau ne réussit pas à trouver un éditeur ou un journal intéressé par la publication de l’ensemble des essais réunis dans un volume. Par contre, quelques revues et journaux français, tels le Figaro, la Revue des revues, la Plume et l’Écho de Paris, acceptent certains de ses essais, après révision de Loiseau, et les publient pendant l’automne 1894 et le printemps 1895 (Engwall, 2009).

En ce qui concerne la publication de « De l’Infériorité de la femme », Strindberg a différentes idées. Selon deux lettres adressées à Littmansson les 13 et 15 août 1894, il projette de le faire paraître dans la Vie contemporaine ou dans le Figaro, en version abrégée si nécessaire. Après son arrivée à Paris, autour du 18 août 1894, Strindberg demande à Loiseau de compléter la version traduite de l’essai « De l’Infériorité de la femme » avec « À la Zoologie de la Femme ». Pour ce qui est du placement de ce texte-ci, Strindberg ne lui donne pas d’instructions précises, mais lui laisse carte blanche pour le mettre en appendice ou l’insérer dans le texte.

À partir de la demande de Strindberg, Loiseau se met au travail ; il révise le français de la traduction effectuée par Littmansson, ainsi que le texte français de Strindberg, et insère le nouvel essai dans le premier (Engwall et Stam, 2010 : 319). Loiseau présente ensuite cet ensemble de textes à la Revue de Paris en novembre 1894, comme l’indique Ahlström (1956 : 258). Le rédacteur Louis Ganderax, d’abord enthousiaste, refuse pourtant l’essai après relecture. Il y a trouvé trop de passages anthropologiques et physiologiques, qui risqueraient de faire scandale ; mais il serait peut-être prêt à accepter l’article moyennant des coupures dans les passages provocateurs. Ceci ressort des lettres de Ganderax adressées à Loiseau les 4, 14 et 27 novembre 1894 que Stellan Ahlström a pu examiner chez Georges Loiseau à Paris (Ahlström 1956 : 341).15

Strindberg n’a probablement jamais eu l’occasion de considérer la proposition de Ganderax, car le 30 novembre déjà, à savoir seulement trois jours après la dernière lettre de Ganderax, Strindberg annonce à Littmansson que l’essai sera publié le premier janvier 1895 dans la Revue Blanche. De fait, l’article a paru dans la revue, au tome 8, n° 39, le 1er semestre 1895 aux pages 1–20.

Afin de faire apparaître plus clairement la chronologie de la composition de ce nouvel amalgame, nous illustrons le processus génétique dans le schéma ci-dessous, où nous indiquons également les repères les plus importants de l’époque au regard des événements littéraires et journalistiques de Strindberg en France.

D’après la Figure 1, on notera que « De l’Infériorité de la femme » est publié à un moment charnière de la production de Strindberg en France. L’essai apparaît juste après le lancement de ses drames naturalistes et précède la publication du Plaidoyer d’un fou et toute la série des articles à caractère scientifique. Il y a lieu de se demander si cet essai ne préconiserait pas une nouvelle écriture.

Figure 1 

Synthèse du processus génétique lié à l’essai « De l’Infériorité de la femme » accompagnée des pièces de théâtre jouées à Paris et des publications d’articles scientifiques parues dans la presse en France.

D’un côté, l’écrivain inscrit son nouveau texte, en partie traduit et en partie écrit en français, dans la continuité de sa production littéraire et, de l’autre, il crée une nouvelle composition en réunissant deux essais par la reprise et le développement de la thématique liée à l’infériorité de la femme. En outre, il s’adresse à un nouveau public et cherche à assurer sa notoriété à l’étranger. À la lumière de ces éléments, cet essai tend à s’apparenter à un positionnement à la fois littéraire et scientifique.

« De l’Infériorité de la femme », un texte aux allures scientifiques

L’essai « À la Zoologie de la Femme » se trouve, désormais, inséré dans « De l’Infériorité de la femme ». Aussi bien la structure que l’esthétique de cet ensemble pourraient suggérer qu’il s’agit d’un essai inaugurant la série des textes alchimiques parus en 1895 dans les revues le Petit Temps, la Science Française, le Moniteur Industriel et Mercure de France16 et ce, avant la première série des onze textes parus dans la revue occultiste L’Initiation, et, la seconde des vingt-trois textes publiés dans la revue d’alchimie et d’hermétisme, l’Hyperchimie.17 L’intérêt de Strindberg pour les sciences naturelles s’était largement accru alors même que le sujet de la femme atteignait son paroxysme (Engwall 2013 : 528–530). L’essai sur lequel porte cette étude détient donc une place fondamentale dans la trajectoire et la percée de l’écrivain suédois en Europe.

En examinant de plus près la constitution de ce texte, nous pouvons faire quelques observations. D’emblée, il faut remarquer que la rubrique principale de l’essai, Vivisections, souligne l’intérêt de Strindberg pour les sciences (cf. Figure 2). D’ailleurs, la méthode expérimentale des vivisections dans les expériences scientifiques et médicales avait été débattue depuis plusieurs années en France. Strindberg avait suivi ce débat et avait même donné le titre de Vivisektioner [‘Vivisections’] à toute une série d’articles, rédigés en suédois en 1886 et 1887. En faisant allusion à ces vivisections, Strindberg souligne que les nouveaux mots clés qu’il a adoptés sont le scepticisme, les sciences et la psychologie. Il affirme même avoir inventé une nouvelle forme de littérature, plus élevée, par laquelle il se propose d’effectuer des études psychologiques sur des personnes vivantes en appliquant des méthodes scientifiques rigoureuses.18 Tout comme Zola, Strindberg veut donc expérimenter une nouvelle écriture.

Figure 2 

Titre de l’essai paru dans la Revue blanche.

De fait, le titre met en relief, d’une part, l’importance de la science et insiste, d’autre part, sur la nouveauté des données scientifiques utilisées : « De l’Infériorité de la femme et comme corollaire de la justification de sa situation subordonnée selon les données dernières de la science » (nos italiques).

L’article composite est constitué de quatre sous-parties, chacune précédée de trois astérisques. L’ancien texte suédois « De l’Infériorité de la femme », traduit par Littmansson, introduit cet article dès le début. Il laisse ensuite place au bref essai « À la Zoologie de la Femme » en haut de la page 7 jusqu’en bas de la page 8, constituant ainsi la deuxième sous-partie de l’essai. Ces deux premières sous-parties sont suivies par deux autres, la troisième allant du bas de la page 8 au milieu de la page 17, tandis que la quatrième et dernière sous-partie ne s’étend que sur un peu plus de quatre pages, terminant l’article à la page 20.

Dès le début du texte « De l’Infériorité de la femme », Strindberg évoque de manière générale, les divers arguments physiologiques et anthropologiques qui tendraient, selon lui, à prouver l’infériorité de la femme, vu sa composition sanguine, la taille de son crâne, ses menstruations mensuelles, le poids de sa substance grise, sa respiration, les particularités de ses sens olfactif, auditif, etc., mais aussi son manque d’aptitude à effectuer différentes activités intellectuelles et/ou artistiques. Dès le premier paragraphe, Strindberg se positionne à la suite des scientifiques et philosophes, tels Darwin, Spencer, Haeckel et Schopenhauer. Le texte comporte aussi de nombreuses expressions empruntées aux sciences, en particulier à la physiologie, telles que « masse sanguine », « globules rouges », « vertèbre caudale », pour ne citer que quelques termes spécifiques du début de l’article (Revue blanche 1895, p. 2).

Dans la deuxième sous-partie, à savoir l’essai inséré « À la Zoologie de la Femme », Strindberg commence par comparer l’apparence physique de l’homme et de la femme dans un « bal costumé » pour soutenir son point de vue concernant l’infériorité de la femme. Il ne comprend pas pourquoi certains hommes, nommés « gynolâtres », défendent le désir d’émancipation des femmes. Sous forme de question rhétorique à laquelle il répondra lui-même, il s’en prend alors à eux en écrivant : « Si l’on mettait au concours cette question : ‘Donnez les motifs les plus sérieux qui font que la pluralité des hommes (mâles) sont incapables de reconnaître l’infériorité de la femme ?’ » (Revue blanche, p. 7). Les « Réponses » qu’il donne sont claires, concises et distinctes et suivent un ordonnancement compris entre 1 et 9. Le caractère scientifique de l’essai « À la Zoologie de la Femme » apparaît clairement, surtout lorsque Strindberg structure son texte à l’aide de cette numérotation. La charpente du texte ressemble ainsi bien plus à un texte scientifique qu’à un texte littéraire. Les huit motifs concrets que convoque Strindberg, et qui expliqueraient l’aveuglement de l’homme gynolâtre, seraient liés à des faiblesses humaines chez l’être masculin : son besoin familial, son amour envers la femme, sa nostalgie de la tendresse maternelle, l’absence de certains vices masculins chez la femme, son besoin de défendre les qualités féminines chez l’épouse, la stratégie mesquine chez l’homme d’élever la femme de son rival, l’universalité de la faiblesse masculine, l’envie que provoque chez les autres un homme chanceux en amour. Finalement, cette énumération s’achève par un neuvième et dernier point non explicité, à savoir « 9° Etc., etc. » qui ne fait que sous-entendre l’infini des arguments.

Après ce bref essai, « À la Zoologie de la Femme », Strindberg poursuit son argumentaire, dans la troisième sous-partie, en présentant les motifs pour lesquels l’homme ne parvient pas à reconnaître l’infériorité de la femme. Il expose alors systématiquement les signes prouvant l’imperfection des facultés chez la femme : son hypersensibilité, son manque de concentration, l’insuffisance de sa prévoyance, son incapacité à porter des jugements, sa logique défaillante et trop souvent déductive (du particulier vers le général), sa confusion concernant la signification des choses, l’insuffisance ou l’exagération de ses appréciations et sa difficulté à appréhender les relations d’équilibre. Dans cette même sous-partie, est présenté un ensemble de cas où la femme est alors prise en exemple pour que Strindberg puisse illustrer son absence de qualification et de capacité dans de nombreuses activités artistiques, intellectuelles et scientifiques. Ce développement laisse ensuite cours à la dernière partie de son article. Strindberg s’étonne de voir que la femme, malgré tout cela, puisse encore être considérée, par certains gynolâtres, comme l’égale intellectuelle de l’homme. Il finit par conclure que la femme n’a pas à prétendre acquérir ce statut d’émancipée, car elle n’est pas capable de prendre les responsabilités sociales qui lui incomberaient dans ce cas.

« À la Zoologie de la Femme », un discours sur le Nord

Le texte intercalé « À la Zoologie de la Femme » nous invite à faire quelques observations d’ordre stylistique et à réfléchir sur les représentations du Nord présentes dans ce court texte. Dès le début de l’essai, l’auteur distingue la femme de l’homme en se servant d’une métaphore chargée en symboles, tirée de de la faune. L’homme, considéré comme supérieur, est alors comparé à « L’étourneau mâle du Nord de l’Europe […] noir en habit de printemps, lorsqu’il est en pleine vitalité » alors que « la femelle bigarrée conserve des traces de l’espèce inférieure du casse-noix (nucifraga), qui est orné d’un manteau bariolé pareil au plumage de l’étourneau femelle et du mâle durant l’été » (Revue Blanche, p. 7). Dans la figure de style « L’étourneau du Nord, au printemps », le Nord est soudain invoqué, ce qui est inattendu alors que Strindberg discute de la supériorité du mâle. Toutefois, cette métaphore, corrélée à l’image du printemps, annonce peut-être déjà le caractère novateur et supérieur de ce qui vient du Nord, de la Scandinavie. La saison du printemps symbolise le renouveau et le retour à la vie. On peut se demander à juste titre si Strindberg voulait s’imposer comme un pionnier.

Ce qui suit attire encore plus l’attention puisque Strindberg y développe sa description du mâle en expliquant la transformation de l’étourneau du Nord en une autre espèce supérieure du Sud. La dialectique Nord-Sud apparaît alors dans ce passage où l’étourneau mâle du Nord se métamorphose, après la mue d’été, et se rapproche de la femelle. Comme Strindberg l’écrit : « C’est que le mâle de l’étourneau du Nord, au printemps, se trouve évoluer vers l’espèce de l’étourneau noir qui vit aux pays européens du Sud, espèce qui forme la transition avec la corneille noire. Donc, il s’élève vers une classe supérieure dans l’ordre des volatiles » (Revue Blanche, p. 7). Si le début de l’essai « À la Zoologie de la Femme » met en relief la vitalité et la supériorité de l’étourneau du Nord, la suite du texte tend à montrer l’évolution de cet étourneau du Nord en une autre espèce volatile méridionale supérieure. Notons que le changement de cet étourneau du Nord en espèce volatile des pays du Sud se fait au printemps. Cette saison devient ici signe de vitalité et de force nouvelle. Ce n’est donc plus réellement le caractère pionnier de l’étourneau qui prévaut ici mais la supériorité de l’étourneau du Nord au printemps du fait de sa mutation et de sa ressemblance avec celle du Sud. Cette transformation, fût-elle symbolique, veut montrer le lien génétique étroit entre ces deux espèces, entre celles du Nord et du Sud.

La métaphore commentée rappelle implicitement toute la discussion menée quelques mois plus tard dans l’article « Le Barbare à Paris » (paru dans le Gil Blas le 8 août 1895). Dans ce texte, Strindberg parcourt, en effet, à rebours, l’histoire et les relations entre la France et la Scandinavie avec pour but de démontrer dans quelle mesure ses ancêtres scandinaves « ont contribué à faire la gloire scientifique et artistique de la ville-lumière qui [le] traite aujourd’hui en intrus, en peau-rouge, en anthropomorphe » (Ibid.) Dans l’essai « À la Zoologie de la Femme », Strindberg mène aussi ce discours de l’entre-deux : il se situe dans cet espace frontalier, typiquement paratopique, où l’auteur négocie sa prise de position (Maingueneau 2016 : 26). Tout en maintenant sa position de pionnier, Strindberg souligne la métamorphose du mâle de l’étourneau du Nord en le transformant en une autre espèce du Sud et ce, sans lui faire abandonner son statut supérieur. Cette mutation apparaît comme un nouveau tour de main de l’écrivain puisque Strindberg laisse encore au mâle de l’étourneau du Nord le privilège d’être le premier, tout en lui conférant une place supérieure, une fois mise en relief sa parenté avec le Sud. Cette idée de pionnier correspond également aux remarques de Briens précisant que « Dire le ‘Nord’, c’est toujours être pionnier » (2018 : 162).

Le discours sur l’infériorité de la femme devient ainsi un texte où Strindberg tend à se définir, selon nous, comme « Scandinave méridional » : il ne représente plus seulement ce Nord détaché du Sud ; il interagit avec le Sud et définit sa force et son ascendance en corrélation avec le Sud. Il dépasse, en d’autres termes, la dichotomie des deux espaces Nord-Sud. Par moment, Strindberg semble chercher à aller au-delà des conceptions classiques occidentales liées au septentrion en proposant une alternative au discours boréal.

« De l’Infériorité de la femme », un texte de positionnement

Outre l’aspect scientifique et les représentations du Nord de tout ce discours de presse, on peut relever d’autres caractéristiques qui tendent à renforcer la rupture causée par « De l’Infériorité de la femme ». L’essai, dans sa forme originaire, n’a pas suscité beaucoup d’attention de la part des critiques suédois lors de sa publication en Suède en 1890 (SV 17 : 429–430), alors que ce texte, recomposé et publié cinq ans plus tard, a fait scandale en France. Ce nouveau texte est paru après un long débat animé sur la question de la femme dans lequel avaient participé, entre autres, le criminologue Cesare Lombroso et le philosophe Herbert Spencer en publiant des articles antiféministes (Voir par ex. Lombroso 1892 et Spencer 1892). La polémique, presque fanée alors, est attisée et reprend feu avec l’article de Strindberg. Bon nombre d’auteurs renommés se sont mêlés au débat en exprimant des avis pour et contre l’égalité de la femme. Déjà, après quelques semaines, une quarantaine de journaux français et étrangers avaient publié des articles pour se prononcer sur la question.

On peut se demander si Strindberg avait prévu d’attirer une telle attention en publiant son texte et s’il avait choisi de faire paraître, de manière délibérée, cet article amalgamé pour annoncer son revirement d’activités. En tout cas, il est intéressant de noter, qu’après la publication des essais de la série des « vivisections » françaises, dans des journaux et revues françaises entre la mi-novembre 1894 et début février 1895, et celle du Plaidoyer d’un fou en janvier 1895, Strindberg change de trajectoire et abandonne presque complètement la création littéraire pour se tourner vers les sciences. Pendant plusieurs années, il travaille dans sa chambre d’hôte ou dans des laboratoires où il fait des expériences de chimie, de biologie et de cosmologie. Il essaie même de produire de l’or et s’intéresse à cette époque à l’alchimie et à l’occultisme.

À une exception près, à savoir l’article intitulé « Misogynie et Gynolatrie », paru dans Gil Blas le 24 juillet 1895, Strindberg ne se lance plus dans le débat sur la femme, malgré le fait que même cet article, où Strindberg se montre plus modéré que dans « De l’Infériorité de la femme », suscite la polémique. Le 15 janvier 1895, Strindberg fait savoir dans l’Intransigeant (p. 3) son désintérêt pour la littérature et son engouement pour la chimie : « La littérature, déclare-t-il, ça n’a pas d’importance ; mais la chimie voilà qui est intéressant. » (cf. Andersson 2018 : 85). De même, l’année suivante, dans une interview donnée à un reporter du nom de Tout-Paris et rapportée dans le Gaulois le 9 avril 1896 lors de l’ouverture à Paris d’un congrès féministe international s’étant tenu à la salle des Sociétés savantes, Strindberg signale qu’il a changé de cap :

« Oh ! ne me parlez pas de tout cela, nous a-t-il déclaré. Je reste toujours le misogyne d’autrefois, mais il me déplaît de revenir sur des théories qui ne me passionnent plus aujourd’hui. Je me suis adonné tout entier à l’étude de la chimie et de la botanique. Ça me suffit. La littérature ne m’intéresse plus du tout. » (Gaulois 9.4 1896).

Strindberg tient donc à afficher, officiellement, sa réorientation. Le sujet abordé dans cet essai n’est certes pas nouveau et rejoint tout un débat lié à la nature et à la position de la femme dans la société française. Que cherchait donc Strindberg à faire ? Si tout le texte publié n’est pas nouveau, son lectorat l’est donc. C’est sans doute ce qui pourrait expliquer le paradoxe suivant : d’un côté, Strindberg semble vouloir inscrire son article dans le cadre des expériences scientifiques de l’époque et cherche à souligner sa distance vis-à-vis de la littérature et, de l’autre, ce revirement date, en réalité, d’une période antérieure en Suède. On pourrait avancer que son désir de devenir homme de sciences est alors probablement lié à la volonté de conquérir le public en France et en Europe. Ceci rejoindrait, par conséquent, la thèse de Ciaravolo (2015).

Son discours s’annonce, selon nos observations, comme une rupture avec ce qui précède et s’apparente à un positionnement. Comme l’expliquera Bourdieu dans les Règles de l’art, « une prise de position se définit par rapport à un ensemble de prises de position différentes dont elle reçoit ‘sa valeur distinctive’ » (Bourdieu 1998 : 378–384). On ne peut séparer la lecture d’une œuvre d’un écrivain des conditions de production du champ dans lequel ces œuvres s’inscrivent. Bourdieu explique comment ces prises de positions signent « un parti pris de défi, de refus, de rupture » (Ibid. : 393). En effet, la nouvelle prise de position du discours strindbergien se manifeste par différents traits distinctifs :

  • une rupture linguistique : Il recycle un ancien texte en le faisant traduire en français et y introduit un nouveau texte écrit directement en français
  • une rupture contre l’académisme français : Strindberg publie son texte dans la Revue blanche, revue d’avant-garde
  • une rupture générique : Strindberg publie un texte aux allures scientifiques et mobilise une forme d’écriture nouvelle
  • une rupture d’unité : Strindberg procède à un amalgame de deux textes
  • une rupture spatiale : Strindberg quitte l’Autriche et s’installe dans la région parisienne

Cet ensemble de particularités nous conduit à considérer ce texte comme paratopique tel que l’a conceptualisé Maingueneau (2016 : 21–35). Si l’on revient sur les caractéristiques textuelles de notre texte, énumérées plus haut, plusieurs de ses traits définitoires en font un spécimen qui l’assimile à une paratopie singulière. On a, en effet, constaté tant la complexité que le versant problématique du discours de Strindberg. De fait, ce texte prend ouvertement des distances par rapport aux idées scandinaves, alors plutôt bienveillantes sur la femme, au moment même où il apparaît dans une revue littéraire, cosmopolite et d’avant-garde, où l’on pouvait s’attendre à la position inverse. Strindberg s’écarte donc des idées prônées par la littérature scandinave de l’époque et se rallie à celles des scientifiques. L’écrivain fabrique ainsi son œuvre et met en place les éléments nécessaires à sa production (Maingueneau 2016 : 26). Ce processus créateur s’accompagne souvent de paradoxes. On remarque précisément comment Strindberg se désolidarise d’un mouvement pour s’associer à un autre ; ses positions sont fluctuantes. Dans son essai, les traces d’un énoncé paratopique se profilent et laissent place à un embrayage paratopique.

Dès le début de son article, l’écrivain est, en fait, explicite : « La femme est inférieure à l’homme. //Sans autre préambule, je donnerai de ceci des preuves physiologiques, pour ce qu’elles sont les plus évidentes » (Revue blanche, p. 1). Le nouveau texte « À la Zoologie de la Femme », composé en exil en Autriche, écrit en français, paraît en France, dans une revue mondaine et moderne à large audience. L’écrivain établit donc son discours dans une forme qui se détache esthétiquement de la littérature à laquelle le champ culturel français l’associait jusqu’alors (le théâtre). Le tour de main de Strindberg va encore plus loin : symboliquement, l’ancien essai est renouvelé mais le renouveau est aussi doublement légitimé. Premièrement, Strindberg rajeunit un ancien texte en y intégrant son nouvel essai « À la Zoologie de la Femme » et, ce nouveau texte va, à son tour, reposer sur une argumentation reliée à des figures tutélaires antiques et contemporaines énoncées au préalable dans l’ancien texte, tels Aristote, Jean-Jacques Rousseau et Schopenhauer mais aussi des « savants tels que Darwin, Herbert Spencer, Mill, Haeckel, Virchow, Ed. de Hartmann, Fr. Nietzsche, Welcker le craniologue, Letourneau le biologue, Robin le physiologue et Topinard l’anthropologue » (Revue blanche, p. 1). Deuxièmement, ce texte recomposé constitue aussi une stratégie d’écriture et une manière d’acquérir du capital symbolique pour Strindberg : l’auteur suédois acquiert ainsi le statut d’un écrivain européen et aspire, en même temps, à obtenir, par retour, une consécration en Suède (cf. Ciaravolo 2015 : 53). Parallèlement, comme l’a montré Maingueneau dans le cas de son étude sur José-Maria de Heredia, cette prise de position s’accompagne en général de « figures repoussoirs ». Dans l’essai de la Revue blanche (p. 7), ces figures sont surnommées sous le titre collectif de « Monsieur le gynolâtre ».

En publiant cet article composé, Strindberg semble afficher un positionnement paratopique. Le retournement de Strindberg vers les sciences ne peut être interprété sans être réinscrit dans l’univers de production littéraire de l’époque. Strindberg, en se plaçant dans le champ littéraire et scientifique français, pose ses marques. Comme vu plus haut, son article inaugure toute une série de contributions scientifiques (qui paraîtra dans des revues françaises). Les différents modes d’action que Strindberg met en œuvre en 1895 apparaissent comme des points de rupture qu’il place pour intégrer l’univers de production français et obtenir une légitimité. Ces changements comprennent la langue (traduction et écriture directe en français), le genre littéraire, le canal de publication, la forme et le contenu littéraire. Lorsque l’écrivain se positionne, il prend en général un engagement dans un genre littéraire et s’écarte d’un autre. En se rapprochant des sciences, Strindberg signale par son acte que, pour lui, l’avenir appartient dorénavant au genre scientifique et non plus aux textes littéraires pour lesquels il était reconnu en France. De même manière, Strindberg transmet son essai recyclé en français et l’inscrit dans un espace européen. À ce propos, Strindberg opère un déplacement générique et linguistique.19

Avec ces quelques éléments, la mise en place des embrayeurs paratopiques semble assurer à l’écrivain les conditions de création et le produit de son discours. Dans ce texte, on peut dégager au moins trois dispositifs d’énonciation : celui de la Revue blanche prenant en charge le discours de Strindberg, celui de l’ancien essai lorsque Strindberg présente ses idées à la suite de célèbres savants et le nouvel essai intercalé « À la Zoologie de la Femme » dans lequel l’auteur adopte un emplacement scandinave-méridional et celui d’une écriture marquée scientifiquement. L’ensemble de ce discours sera très largement commenté par la presse cette même année comme le montrera la partie suivante. Dans l’espace de ce travail, nous ne pouvons démontrer toute la logique du positionnement de Strindberg en détail mais une cohérence certaine a émergé et tendrait à montrer un parcours méthodique chez Strindberg, comme chez tout créateur capable de mettre en œuvre toutes les circonstances d’une vie et de composer sa propre biographie (cf. Maingueneau 2016 : 166).

En somme, Strindberg se positionne aussi bien en rupture qu’en continuité. La manœuvre de l’écrivain suédois sera celle d’exploiter un nouveau genre et de renverser les représentations françaises exogènes sur le Nord. Strindberg n’est pas dupe ; il voulait se faire passer pour logicien et savant. À coup sûr, il ne présageait pas seulement du retentissement de son article mais en assurait la réussite. Et en réalité, il fait exploser la critique, car son texte entre en collision avec l’horizon d’attente de la critique française qui s’attendait à lire un texte littéraire et brumeux ; or, Strindberg offre au lectorat un texte aux allures scientifiques, argumentatif (quoiqu’illogique) et misogyne.

La réception française

Malgré cette scientificité, l’écrivain suédois est demeuré aux yeux de la critique française cet obscur barbare. La critique s’est intéressée et même passionnée pour émettre ses opinions sur l’article de Strindberg, surtout suite à l’appel d’Edmond Le Roy qui va enquêter auprès de non moins de quinze écrivains et intellectuels de l’époque pour recueillir leur avis (« Les défenseurs de la femme », Gil Blas, le 1er février 1895). L’étude de réception repose sur une totalité de 32 articles parus en 1895 suite à la parution de l’article de Strindberg dans la Revue blanche. Plus de 75 pour cent des articles, répondant ou traitant de la littérature scandinave, paraissent dans quatre journaux de l’époque : la Revue des revues, Gil Blas, l’Écho de Paris et la Cocarde. Tous les articles examinés ne sont pas une réponse directe à l’essai de Strindberg ; certains d’entre eux s’intéressent à la littérature scandinave mais ces contributions sont tout de même précieuses car elles éclairent les points de vue des critiques et le regard posé par les intellectuels français sur Strindberg.

Quelles sont donc les idées les plus saillantes que nous avons pu dégager ? Les avis énoncés sont majoritairement négatifs à trois exceptions près.20 Les arguments négatifs varient mais ils veulent tous fustiger l’opinion de ce que d’aucuns appelleront « un scabreux misogyne ». Les avis ne font que reprocher à Strindberg deux éléments : d’un côté, sa curiosité, son étrangeté et son illogisme et, de l’autre, sa scandaleuse misogynie. Strindberg est si obscur qu’il rejoint les « brumes du Nord », stéréotype fort en vogue à l’époque (Rogations 2017 : 188–191). Néanmoins, d’autres aspects non moins intéressants apparaissent à l’examen de ces articles et soulignent les attentes de la critique française. Strindberg n’y répond pas, ou disons que trop partiellement, ce qui expliquerait cette avalanche de critiques dont nous résumons ci-dessous les aspects les plus notables :

  • Les idées de Strindberg sont considérées comme antimodernes, rétrogrades et démodées. Les idées qu’il énonce s’inscrivent certes dans la mouvance des nouvelles idées de Lombroso mais la plupart des intellectuels français sont sceptiques et ne les adoptent pas. Strindberg continue la « barbarie des ancêtres » et bannit « l’effet de civilisation ». C’est un écrivain aux idées baroques et archaïques ; il ne répond pas à la modernité des idées tant attendues par le public.
  • La critique sait reconnaître en Strindberg un écrivain à la mode dans la jeune école littéraire mais on note que sa position diffère de la littérature étrangère qui va défendre les droits de la femme. Strindberg surprend et ne correspond donc pas à ce qui caractérise les littératures du Nord.
  • L’auteur suédois démontre maintenant plus d’intérêt pour la science que pour la littérature mais sa logique scientifique est pitoyable selon les critiques.
  • Les écrivains du Nord ne sont pas des pionniers en matière d’idées littéraires mais des épigones. C’est la forme nouvelle qui constitue la nouveauté, « l’accent nouveau », de la littérature scandinave qui est saluée. La littérature scandinave est étrangère et le théâtre septentrional est attaqué pour son étrangeté.
  • La critique avait relevé la misogynie de Strindberg à travers ses trois dernières pièces de théâtre passées (ce qui souligne que le contenu de l’article n’est pas nouveau) mais le genre scientifique, sous lequel est traité le thème de la femme, est nouveau et la force de l’écriture est plus âpre. Strindberg est un pionnier au niveau de la forme esthétique.
  • La France est jugée être en retard sur les idées féministes. Ibsen, au contraire de Strindberg, est cité à plusieurs reprises comme étant celui qui voudra affranchir la femme, telle Nora dans la pièce Une maison de poupée. La femme à l’Étranger est, comme le montrent les Anglo-Saxons et les Scandinaves, en avance sur ce qui se fait en France.

La critique négative est virulente et les idées de Strindberg peuvent apparaître comme un réel fiasco. Or, Strindberg semble avoir pu exploiter délibérément les représentations boréales des Français pour faire sensation. Que Strindberg ait suscité l’intérêt du lectorat semble une évidence, mais il reste à savoir à partir de quels stratagèmes il procède. L’écrivain semble opérer d’une manière aussi surprenante que logique si l’on prend pour baromètre le boréalisme exogène, c’est-à-dire les représentations du Nord nourries par la critique française des années 1890. Strindberg se révèle même être un fin stratège. Dans ce cas, ne serait-ce pas en connaissance de cause que Strindberg agit en bousculant en partie cet horizon d’attente ? Par cet écart esthétique, Strindberg est finalement refoulé comme toute bonne avant-garde.

Le contre-discours boréal de Strindberg comme stratégie

Essayons de comprendre à rebours ce que Strindberg a réalisé. L’écrivain suédois publie pour la première fois un article dans la Revue blanche en janvier 1895.21 Cette revue d’avant-garde va à l’encontre de l’académisme et des pensées conservatrices promues par la Revue des deux Mondes : c’est une revue progressiste. Loiseau aurait-il (consciemment ou non ?) cherché un canal de diffusion français susceptible d’accepter la publication d’un article qui, devait-il présumer, ferait fureur ? De quelle manière Loiseau aurait-il corrigé et réécrit le texte de Strindberg ? C’est une question qui mériterait certes d’être approfondie dans une autre étude où il serait, par exemple, intéressant de comparer le texte original avec sa traduction et sa révision, car « le texte traduit peut exprimer des choses différemment, subir des transformations et devenir même une ‘réécriture transnationale’ », comme le rappelle Ciaravolo (2015 : 48 ; notre trad.). Le canal de publication est aussi une information d’importance. Dans le cas de cet essai, la Revue blanche est la seule revue qui ait accepté de publier le long essai sans coupures. Strindberg cherchait probablement à étonner son lectorat français et savait, sans aucun doute, que ses opinions feraient scandale. Ses idées avaient, en effet, déjà su attirer l’attention du public parisien lors des représentations de ses trois drames. Comme l’ont signalé Ahlström (1956), Dikka Reque (1976) et Segrestin (2002), la critique accordée à son théâtre a été mitigée, mais de plus en plus favorable. Cela valait particulièrement pour Père, dont la première représentation a eu lieu le 13 décembre 1894 (Andersson 2018 : 76–83). Non moins de trois semaines plus tard (en janvier 1895), son essai « De l’Infériorité de la femme » sortait des presses et scandalisait.

Parallèlement, la presse écrit déjà beaucoup sur la littérature scandinave et commence à avoir peur de cette invasion des barbares et des étrangers. Les conservateurs, dont Francisque Sarcey est le plus grand représentant critique, accusent la septentriomanie d’être l’envahisseur en France. Selon eux, l’étranger doit rester étrange, incompréhensible, pour ne pas dire « barbare » et il ne doit pas imiter le soi-disant génie latin. C’est dans le même esprit que le texte « Le Barbare à Paris » qu’il faut inscrire l’article sur l’infériorité de la femme en y voyant une volonté d’être pionnier et précurseur.

Il est difficile d’imaginer que Strindberg n’ait pas agi en connaissance de cause en voulant précisément susciter l’intérêt du public français en exploitant la thématique féminine. De fait, son article provoque, car son contenu et sa forme perturbent et choquent. Ses idées sont jugées archaïques et opposées aux idées de ses confrères scandinaves, son style scientifique étonne et apparaît être un charabia illogique aux dires des journalistes. Finalement, Strindberg n’imite personne, ni la clarté de l’esprit cartésien ni les idées modernes et féministes du septentrion. Dans aucun des cas, il n’est alors épigone. En se reportant au contexte historique lié à la réception de la littérature scandinave dans les années 1890 en France, les idées, que Strindberg défend dans son article, s’opposent au discours tenu par ses compatriotes, en particulier, celui de certaines écrivaines suédoises, telles qu’Ellen Key et Selma Lagerlöf. Ces écrivaines sont accueillies positivement alors qu’elles parlent de femme, du mariage… et des mœurs (Rogations 2017 : 162). Et, il est tout aussi intéressant de rappeler de nouveau la place d’Ibsen chez le public français. Strindberg, en écrivant un tel article aussi tranché et misogyne sur la question de la femme, se positionne non seulement à l’opposé des idées scandinaves en circulation mais aussi à l’opposé des idées attendues par la critique française. En effet, le texte strindbergien a, d’une part, de quoi déboussoler si l’on relève l’attaque virulente faite à la femme et, d’autre part, de quoi surprendre si l’on observe la nature scientifique et anthropologique de son essai. Strindberg innove et se sert alors de plusieurs armes pour faire sensation et va jouer sur cinq registres.

D’un côté, Strindberg agit comme épigone :

  • Strindberg exploite une thématique d’actualité en Europe et une idée-clé du septentrion en disséquant la femme. Il reprend un des thèmes les plus prisés par les Scandinaves selon la critique française de l’époque à la différence qu’il s’y attaque.
  • Strindberg fait figure de « barbare », correspondant à la perception des Français sur les Scandinaves, en affichant des idées archaïques sur la femme. Il est ce barbare septentrional, illogique et incohérent. Ses opinions sont non seulement curieuses mais tout aussi inacceptables que scabreuses. Il est décidément ce barbare septentrional ; ce que les critiques français s’étaient évertués à démontrer en commentant abondamment la littérature scandinave comme brumeuse et obscure.
  • Strindberg est démodé et affiche des idées archaïques sur la femme que d’autres ont eu avant lui. Il est épigone.

De l’autre, il s’impose comme écrivain savant pionnier :

  • Strindberg cherche à être à la tête d’un mouvement littéraire où la science prend place et supplante la littérature. Il affiche dorénavant des aptitudes scientifiques.
  • Strindberg innove en quittant le giron théâtral. Il écrit un essai laissant présager la venue de toute une série d’articles d’alchimie. Il écrit comme un anthropologue scientifique et sa réputation d’homme de lettres perd une partie de son actualité.

Une réussite calculée

Le retentissement provoqué autour de la publication de l’essai de Strindberg « De l’Infériorité de la femme » dans la Revue blanche en janvier 1895 est généralement passé sous silence dans la recherche strindbergienne et, pour cause, car le sujet peut aujourd’hui en surprendre plus d’un. Or, ce texte est fascinant non seulement de par son thème provocateur mais surtout de par son histoire, sa composition, sa réception et, finalement, de par son positionnement. En reconstituant le processus génétique de ce texte dans lequel figure intégré le nouveau manuscrit de 1894, écrit en français et révisé par Loiseau, « À la Zoologie de la Femme », nous avons essayé de comprendre la manœuvre de Strindberg. Pour saisir l’enjeu de ce texte, il fallait aussi relire la critique de l’époque et saisir les représentations du Nord en vogue en France à la fin du XIXe siècle. À la lumière des notions de paratopie, de boréalisme et d’horizon d’attente, nous avons revisité ce texte en nous attardant sur son processus génétique et sa réception. Strindberg semble avoir cherché à se définir en rupture et en continuité.

Alors que la thématique de la femme est de plus en plus débattue en France tout comme le théâtre de Strindberg et d’autres Scandinaves, l’écrivain suédois ne fait que relancer ou poursuivre le débat sur la femme en publiant, cette fois en France, son article « De l’Infériorité de la femme ». Pourtant, Strindberg le fait autrement, de manière positiviste et scientifique. En usant d’une nouvelle forme et en le publiant en français, en se réorientant vers les sciences, il prend le pari de bousculer et de contrecarrer la conception du Nord que nourrit la critique française. En d’autres termes, il n’est pas seulement un simple disciple ; il se présente comme cet « étourneau mâle du Nord de l’Europe », ce volatile nordique, pionnier, devenu « méridional » et « de classe supérieure ».

Le discours de Strindberg a lui aussi « muté ». Maintenant, il dissèque la question de la femme à la manière d’un scientifique « scandinave méridional » et s’inscrit, en France et en Europe, dans le sillon de nombreux hommes savants. L’intervention de Strindberg est une réussite, un exploit probablement calculé où l’écrivain construit un texte et consolide la notoriété de sa trajectoire. Il a su de nouveau conquérir la presse parisienne, en prenant place dans l’entre-deux. Strindberg joue sur les représentations du Nord et intègre le discours exogène français tout en le dépassant. En adoptant un contre-discours boréal où Strindberg s’affiche à la fois épigone et pionnier, Strindberg ajuste adroitement son discours ; ce qui est une manière habile de s’octroyer avec plus de chance le regard des critiques et le succès médiatique.

Notes

1Ce vaste domaine de recherche est aujourd’hui bien établi. De nombreuses monographies, anthologies et numéros de revues se sont consacrées à dresser les différentes relations de Strindberg avec la France. Pour n’en citer que quelques-unes, rappelons les études suivantes : Ahlström (1956), Brandell (1983), Balzamo (1999), Briens (2010), Briens et al. (2013). 

2Concernant les recensions de Mademoiselle Julie, consulter Ahlström 1956 : 168–174 ; celles de Créanciers, ibid. : 211–216, et celles de Père, ibid. : 252–256). 

3Les représentations liées au Nord et produites par le Sud sont appelées « boréalisme exogène » par Ballotti (2018 : 179 ; note 9). 

4Consulter le tableau de l’article d’Engwall (2013 : 535–542) où sont recensés tous les articles que Strindberg a publiés de son vivant dans la presse en France. 

5Il faut souligner que Strindberg change souvent d’avis au cours de sa vie. Cela vaut aussi pour ses attitudes envers la Suède et les Suédois ainsi que ses avis concernant ses capacités à écrire en français (voir ses lettres à Carl Larsson autour du 8 août, à Verner von Heidenstam le 19 octobre et à Albert Bonnier le 10 novembre 1885 ; pour plus de détails, voir Engwall 1995). 

6Le manuscrit de la traduction de Père par Strindberg n’est pas retrouvé. Par contre, ses traductions manuscrites de Créanciers et de Rêveries, conservées à la Bibliothèque royale de Stockholm, sont établies et analysées dans Engwall (respectivement 2017 et 2016). 

7L’étude de Ciaravolo (2015 : 54–55) permet de revisiter la thèse de Casanova qui considère l’écriture directe en français comme une stratégie tardive de l’auteur suédois pour percer en France et en Europe. Ciaravolo démontre le contraire en soulignant la présence concomitante de trois stratégies d’écriture dès 1884 en prenant, parmi d’autres, le cas du fragment de Battant les rues toute la journée…. Pour le manuscrit de ce fragment, voir Spens (2016 : Dok 15:14, p. 278–282). 

8Strindberg s’était déjà fait publier dans la presse suédoise à partir de 1872, peut-être même en 1869, et il a continué pratiquement toute sa vie à écrire des articles dans des journaux suédois. Voir l’Édition nationale des Œuvres complètes d’August Strindberg, en particulier les volumes 4 (Ungdomsjournalistik, 1991), 17 (Likt och Olikt I–II samt Uppsatser och tidningsartiklar 1884–1890, 2003) et 71 (Essäer, tidningsartiklar och andra prosatexter 1900–1912, 2004). 

9Pour plus d’informations sur cette revue, voir Rogations (2017 : 34, 49, 53, 215). 

10Voir cette notion développée par Ballotti (2018, p. 179 ; note 9). 

11Le manuscrit de ce texte se trouve à la Bibliothèque royale de Stockholm depuis 1982, faisant partie de la Collection Georges Loiseau (SE S-HS SgKB1982/116:12). Pour la création de cette collection, voir la note 15 plus bas. 

12Notre traduction : « De l’Infériorité de la femme, et pour cause légitime, son état de subordination. (Selon les derniers résultats de la science) ». 

13L’essai « De l’Infériorité de la femme » est repris dans le volume 17 de l’Édition nationale (SV 17 : 327–344). Ce volume contient des essais et articles de presse écrits en suédois pendant la période 1884–1890. 

14Les trois essais, « Likställighet och Tyranni » [‘Égalité ou tyrannie’] (1885), « Kvinnosaken enligt Evolutionsteorin » [‘Le Féminisme à la lumière de la théorie de l’évolution’] (1888) et « De l’Infériorité de la femme » (1890), ne sont pas réunis dans un seul recueil mais publiés séparément. En effet, les deux premiers ont paru dans deux revues différentes et le troisième dans Tryckt och Otryckt I, comme nous l’avons vu ci-dessus. Ces trois textes marqueront ensemble une nette évolution en ce qui concerne la pensée de Strindberg sur la femme. Dorénavant, la vision égalitaire et socialiste rêvée par Strindberg doit céder le pas devant ce que Balzamo appellera un « élitisme outrancier » (1999 : 135). L’homme et la femme ne sont plus égaux. 

15Les manuscrits et les lettres de Strindberg, ayant appartenus à Loiseau, constituent, depuis 1982, la Collection Georges Loiseau à la Bibliothèque royale de Stockholm. C’est grâce à l’amabilité de la fille de Loiseau, Mme Germaine May, et une subvention des Fondations de Wenner-Gren que Gunnel Engwall a pu emporter les manuscrits et les lettres de Paris à Stockholm dans le but de les présenter à la Bibliothèque royale et d’en éviter ainsi la dispersion menaçante. De fait, cette bibliothèque avait promis, au préalable, de créer la Collection Georges Loiseau, si Gunnel Engwall réussissait à lui apporter les documents. Néanmoins, en préparant le présent article, nous n’avons pas pu consulter les lettres de Ganderax adressées à Loiseau en novembre 1894. Il se peut que ces lettres soient restées à Paris ou qu’elles se soient égarées à la bibliothèque. 

16Pour de plus amples informations sur les titres des articles et leur date exacte de parution, consulter Engwall (2013 : 530–531) ainsi que l’annexe dans le même article où sont répertoriées toutes les contributions écrites par Strindberg dans les journaux français entre 1883 et 1911. 

17La première série d’articles paraît en avril, mai, juillet et septembre 1896 ainsi qu’en juin 1897 dans la revue L’Initiation alors que la seconde série sort entre novembre 1896 et décembre 1901 dans la revue l’Hyperchimie (cf. Engwall 2013 : 535–542). 

18En ce qui concerne ses nouvelles idées, voir par ex. la lettre à Isidor Bonnier, le 25 avril 1887. Cf. Zola, Le Roman expérimental, (1928 : 23) : « En un mot, nous devons opérer sur les caractères, sur les passions, sur les faits humains et sociaux, comme le chimiste et le physicien opèrent sur les corps bruts, comme le physiologiste opère sur les corps vivants. ». 

19Voir également le même procédé lorsque Strindberg écrit des pièces à thème religieux (Cedergren, 2013a). 

20Consulter les références exactes des articles de Bernardini, de René Ghil et de M. L’H dans la bibliographie. 

21Strindberg publiera au total trois articles dans la Revue blanche. Les deux autres « La Psycho-physiologie de la prière » et « L’exposition d’Edward Munch » paraissent respectivement le 1er mai 1895 et en juin 1896 (cf. Engwall 2013 : 538–539). 

Déclaration de conflit d’intérêts

Mickaëlle Cedergren et Gunnel Engwall n’ont aucun intérêt concurrentiel à déclarer. Mickaëlle Cedergren est co-rédactrice en chef du Nordic Journal of Francophone Studies. L’article a été soumis en double évaluation à l’aveugle.

Références


    Articles de journaux examinés pour l’étude de réception

    1. Ajalbert, J. (1895). « L’ennemi des femmes ». Gil Blas, le 15.1.1895. 

    2. « A propos de «Les Petits» » (1895). Cocarde, le 28.2.1895. 

    3. Banville, C. (1895). « De l’influence récente des littératures du Nord ». Revue des revues, le 8.1.1895. 

    4. Bauër, H. (1895). « Chronique ». Écho de Paris, le 2.2.1895. 

    5. Bernardini, L. (1895). « Le Plaidoyer d’un fou ». Cocarde, le 16.2.1895. 

    6. « Bibliographie » (1895). Justice, le 9.1.1895. 

    7. Blois, J. (1895). « Pour la femme. Pour la vraie ! ». Gil Blas, le 6.02.1895 

    8. Caze, Dr. L. (1895). « La capacité intellectuelle de la femme ». Revue des revues, le 1er trimestre 1895, 461–467. 

    9. Ciseaux, J. (1895). « Journaux & Revues ». Gil Blas, le 8.1.1895. 

    10. Clémenceau, G. (1895). « La question de la femme ». Justice, le 5.3.1895. 

    11. Colomba (1895). « Chronique ». Écho de Paris, le 15.1.1895. 

    12. « Conférence : Féministes contre le féminin » (1895). Justice, le 17.3.1895. 

    13. Cyclamen (1895). « Carnet féminin ». Patrie, le 22.1.1895. 

    14. De la Bretonne, R. (1895). « Pall-Mall Semaine ». Écho de Paris, le 2.2.1895. 

    15. Ghil, R. (1895). « Strindberg et la femme ». Patrie, le 12.2.1895. 

    16. Ginisty, P. (1895). « Chronique ». XIXe siècle, le 16.1.1895. 

    17. Graindorge (1895). « Littérature ». Écho de Paris, le 5.2.1895. 

    18. Hansson, O. (1895). « Le Petit Eyolf et d’autres Germains ». Revue des revues, le 1.2.1895. 

    19. Lacour, L. (1895). « Auguste Strindberg ». Gil Blas, le 25.7.1895. 

    20. Laus, E. (1895). « Nouvelles ». Gil Blas, le 28.02.1895. 

    21. Le Roy, E. (1895). « Les défenseurs de la femme ». Gil Blas, le 1.2.1895. 

    22. « Les lettres et les arts » (1895). Journal des débats, le 16.1.1895. 

    23. Maurras, C. (1895). « Les Revues ». Cocarde, le 12.1.1895. 

    24. M. L’H. (1895). « Billet du jour – A M. Auguste Strindberg ». Cocarde, le 27/28.2.1895. 

    25. M. S. (1895). « La question de la femme ». (1895). Journal des débats, le 7.1.1895. 

    26. de Neuville, A.. (1895). « La psychologie des femmes qui grognent ». Revue des revues, 1er trimestre 1895, 213–218. 

    27. « Petit traité de misogynie analytique » (1895). Cocarde, le 11.1.1895. 

    28. Pompon (1895). « Misogynie et gynolatrie ». Gil Blas, le 24.7.1895. 

    29. Prévost, M. (1895). « Théorie de «l’infériorité» ». Gil Blas, le 2.2.1895. 

    30. « Revues polonaises » (1895). Revue des revues, le 1.4.1895, vol.2, 85. 

    31. Strindberg, A. (1895). « Vivisections De l’Infériorité de la femme – Et comme corollaire de la justification de sa situation de subordonnée selon les données dernières de la science ». Revue blanche, Tome VIII, 1er semestre 1895, 1–20. 

    32. Strindberg, A. (1895). « Le Barbare à Paris ». Gil Blas, le 8.8.1895. 

    33. Tout-Paris (1896). « Bloc-Notes Parisien – Le Royaume des femmes ». Gaulois, le 9.4.1896. 

    34. Vallette, A. (1895). « A propos de l’Infériorité de la femme ». Revue des revues, le 15.1.1895. 

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    Études consultées

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    35. Strindberg, A. (1982). Giftas I–II. Äktenskapshistorier, Boëthius, U. (éd.). Nationalupplagan av August Strindbergs Samlade Verk 16. Stockholm : Almqvist & Wiksell förlag. https://litteraturbanken.se/författare/StrindbergA/titlar/Giftas 

    36. Strindberg, A. (1991). Ungdomsjournalistik, Sandberg, H. (éd.). Nationalupplagan av Strindbergs Samlade Verk 4. Stockholm : Norstedts. https://litteraturbanken.se/författare/StrindbergA/titlar/Ungdomsjournalistik 

    37. Strindberg, A. (1995). Dikter på vers och prosa, Sömngångarnätter på vakna dagar och strödda tidiga dikter, Spens, J. (éd.). Nationalupplagan av August Strindbergs Samlade Verk 15. Stockholm : Norstedts. https://litteraturbanken.se/författare/StrindbergA/titlar/DikterPåVersOchProsa 

    38. Strindberg, A. (2003). Likt och Olikt I–II samt Uppsatser och tidningsartiklar 1884–1890, Lindström, H. (éd.). Nationalupplagan av Strindbergs Samlade Verk 17. https://litteraturbanken.se/författare/StrindbergA/titlar/LiktOchOlikt 

    39. Strindberg, A. (2004). Essäer, tidningsartiklar och andra prosatexter 1900–1912, Svensson, C. (éd.). Nationalupplagan av August Strindbergs Samlade Verk 71. Stockholm : Norstedts. https://litteraturbanken.se/författare/StrindbergA/titlar/EssäerTidningsartiklar 

    40. Strindberg, A. (2010). Vivisektioner II, Engwall, G. et Stam, P. (éds). Nationalupplagan av August Strindbergs Samlade Verk 34. Stockholm : Norstedts. https://litteraturbanken.se/forfattare/StrindbergA/titlar/Vivisektioner2