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Editorial

Le Nord dans les littératures francophones – Interactions entre les espaces littéraires francophones et scandinaves

Authors:

Mickaëlle Cedergren ,

Université de Stockholm, SE
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Christophe Premat

SE
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Abstract

By exploring the perspectives on nordicity, borealism and the imaginary of the North, this special issue aims to present new empirical and methodological studies linked to these concepts and applied specifically to French-speaking literatures. What literary discourses can be distinguished in these countries? What representations of the North are conveyed by cultural and literary institutions?

 

Résumé

En explorant les perspectives liées à la nordicité, au boréalisme et à l’imaginaire du Nord, ce numéro spécial a pour ambition de présenter de nouvelles études empiriques et méthodologiques liées à ces concepts et appliquées spécifiquement aux littératures d’expression française. Quels discours littéraires peuvent être distingués dans ces pays ? Quelles représentations du Nord sont véhiculées par les instances culturelles et littéraires ?

 

Mots-clés: boréalisme; imaginaire du Nord; déterritorialisation; circumpolarité; transferts culturels

How to Cite: Cedergren, M., & Premat, C. (2020). Le Nord dans les littératures francophones – Interactions entre les espaces littéraires francophones et scandinaves. Nordic Journal of Francophone Studies/ Revue Nordique Des Études Francophones, 3(1), III–XII. DOI: http://doi.org/10.16993/rnef.52
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  Published on 20 Nov 2020
 Accepted on 07 Nov 2020            Submitted on 07 Nov 2020

Depuis le tournant du XXIe siècle, toute une tradition française s’est intéressée à étudier les représentations du Nord et, en partie, à en examiner les modalités dans la littérature de langue française. Ces travaux nés initialement dans le champ des études comparatistes ou dans le cadre des transferts culturels ont exploré l’imaginaire du Nord et, en particulier, les interactions entre cultures et littératures française et scandinave selon différentes perspectives comme l’ont fait, par exemple, Dubar et Moura (2000), Segrestin (2002), Toudoire-Surlapierre (2005), Espagne (2006), Briens (2010), Briens et Kylhammar (2013), Rogations (2017), François et Reneteaud (2018) ou encore Dagnino et al. (2020). Plus récemment au début du siècle, de nouvelles recherches ont repris ce champ d’exploration, en redéfinissant notamment les contours épistémologiques de cet imaginaire et en proposant le concept de boréalisme (Briens 2018) ou de mythèmes du Nord (Møhnike 2015). Tous ces travaux montrent que la perspective interculturelle est toujours inhérente à la présentation de l’imaginaire du Nord dans la mesure où les postures des regards observant et observé se mêlent.1

En parallèle, les pays scandinaves et, en particulier la Suède, se sont aussi intéressés au Sud, à la France en particulier, en se penchant sur les interactions entre l’univers scandinave et la culture ou la littérature de langue française. À l’initiative de quelques spécialistes suédois en études culturelles (Kylhammar 2017) ou de quelques universitaires romanistes, de nombreux travaux, en collaboration très souvent avec des chercheurs français, ont vu le jour pour éclairer les croisements entre cultures française et suédoise. Rappelons les études de von Proschwitz (1988), Battail (1993), Andersson (2007), Faramond (2007), Svane et Nøjgaard (2007), Östman (2008 et 2012), Cedergren et Briens (2015) ou encore Molander Beyer et Favier (2015), pour ne citer que les principales. Le Nord en tant qu’imaginaire est aussi devenu un terrain d’exploration en Suède, à l’université de Stockholm, grâce à l’initiative de Maria Walecka-Garbalinska.

En effet, depuis 2003 plus exactement, tout un chantier de recherches sur le Nord culturel s’est ouvert par une collaboration étroite entre l’Université de Stockholm et l’Université du Québec. C’est à Montréal, notamment par une conférence en 2003, que Maria Walecka-Garbalinska présenta une étude sur « La trame scandinave chez un écrivain français du 19e siècle : Xavier Marmier ». Cette collaboration s’est ensuite poursuivie entre la Suède et le Québec par l’organisation d’un colloque international par Daniel Chartier et Maria Walecka-Garbalinska sur « Couleurs et lumières du Nord » à l’Université de Stockholm en 2006 (dont les actes sont édités en 2008 par Chartier & Walecka-Garbalinska) ; par l’édition en 2007 de Deux émigrés en Suède de Xavier Marmier avec une introduction de Maria Walecka-Garbalinska publiée aux Presses de l’Université du Québec et finalement par la co-organisation d’un colloque sur « Cartographie des lieux du Nord : mémoire, abandon, oublis » (publié en 2015 aux Presses de l’Université du Québec sous le titre Le lieu du Nord). En étudiant l’œuvre de Xavier Marmier, Maria Walecka-Garbalinska a démontré l’importance de l’idée de « circompolarité » dont Marmier est le premier défenseur, notamment par la traduction. À compter de 2014, cette réflexion s’étend à l’Université Paris Sorbonne avec Sylvain Briens avec, de nouveau, la coopération de Maria Walecka-Garbalinska par la création de la première université doctorale d’hiver à Abisko. Par l’analyse de l’imagologie du Nord, des représentations littéraires et artistiques et de l’imaginaire, cette rencontre a étudié dans quelle mesure le boréalisme (le Nord comme territoire d’un discours méridional) s’est confronté aux expressions culturelles locales, en particulier dans le discours sur la nature. Aux notions de « nordicité » (Hamelin et al 2013) et de « circompolarité » s’ajoutent celles d’ « imaginaire du Nord » (Chartier 2018) puis récemment de « boréalisme » (Briens 2016 et 2018).

Ce numéro spécial consacré au Nord dans les littératures francophones s’inscrit dans la continuité de cette recherche et voudrait rendre hommage aux travaux de Maria Walecka-Garbalinska, professeure émérite de littérature française au département des langues romanes et classiques de l’Université de Stockholm. Sans l’impulsion décisive qu’elle a su déployer pour implanter et développer ce champ de recherches en Suède, à l’Université de Stockholm, en étroite collaboration d’abord avec l’Université du Québec à Montréal puis avec l’Université de la Sorbonne, ce numéro spécial n’aurait pas vu le jour. L’ensemble des articles réunis dans cette publication continue ainsi à explorer ce champ d’études en examinant plus spécifiquement les interactions entre le Nord et les littératures francophones de la France et du Québec. Nous souhaitons ici remercier l’Académie de Finlande (NOP-HS Scientific Journal Grant 2018, No.327004) et le programme de financement de l’excellence littéraire de l’Université de Stockholm (Literature as Leading Research Area) pour leur soutien financier.

En explorant les perspectives liées à la nordicité, au boréalisme et à l’imaginaire du Nord, ce numéro spécial a pour ambition de présenter de nouvelles études empiriques et méthodologiques liées à ces concepts et appliquées spécifiquement aux littératures d’expression française. Quels discours littéraires peuvent être distingués dans ces pays ? Quelles représentations du Nord sont véhiculées par les instances culturelles et littéraires ? Les articles de ce numéro montrent la richesse des représentations du Nord, en particulier dans la littérature francophone (France et Québec) des XIXe, XXe et XXIe siècles et la manière dont ces images sont mises en valeur ou réactivées mais aussi transformées, assimilées ou encore déconstruites dans les littératures d’expression française.

Au-delà d’un découpage chronologique, nous constatons que les articles se regroupent autour de quatre thématiques majeures : 1) L’imaginaire du Nord sous le prisme des genres littéraires, 2) L’imaginaire du Nord aux prises avec la fiction et la réalité, 3) L’imaginaire du Nord et le détour par le Sud et 4) La déterritorialisation du Nord. Ces catégories permettent de proposer des pistes de réflexion que d’autres études à venir pourront creuser et approfondir. L’intérêt de ce numéro est ainsi de mettre en exergue la productivité et la force de cet imaginaire du Nord à travers le temps et les auteurs, mais aussi les espaces (en particulier français, suédois, norvégiens et québécois) et les différents genres littéraires. Ces études ont mis en relief une partie de la variété des représentations du Nord et leur renouvellement incessant au contact avec les littératures de langue française.

1. L’imaginaire du Nord sous le prisme de genres littéraires

La réflexion autour de l’imaginaire du Nord semble aussi se déployer autour de la problématique des genres littéraires. Même si cette question n’est, en réalité, que peu soulevée par les contributions, nous remarquons pourtant l’importance de la spécificité des genres littéraires lorsque l’imaginaire du Nord devient un thème fondamental. Comme le lecteur l’observera, la poésie, le théâtre mais également l’essai journalistique, le roman policier et le roman d’aventure ont une place de choix dans ce numéro et suscite des interrogations d’ordre esthétique. L’imaginaire du Nord se prêterait-il plus facilement à être réinvesti lorsqu’il est exploré sous le prisme de certains genres littéraires ? Quel impact joue le choix du genre littéraire sur le développement de l’imaginaire du Nord ? Ces questionnements demanderaient à être creusés.

Dans plusieurs articles, le Nord devient alors plus qu’un motif littéraire, il est peut-être plutôt ce qui suscite le choix d’un genre. Dans les articles de Battail, Briens, Cedergren et Engwall, Chartier, Novén, Robardey-Eppstein et Toudoire-Surlapierre, il est intéressant de remarquer, entre autres, comment le théâtre, la poésie, l’essai ou le genre policier et d’aventure deviennent le creuset d’un imaginaire du Nord qui semble pouvoir s’épanouir dans l’espace même d’une forme littéraire. La poésie, riche en figures rhétoriques, s’avère particulièrement évocatrice pour faire parler le Nord, que cela soit sous forme de revendications sociales et politiques (Chartier 2020), de métaphores (Briens 2020; Novén 2020) ou de représentations de l’Autre par l’inscription de la différence (Novén 2020). Robardey-Eppstein montre, pour sa part, comment Lerebours a pu utiliser sa pratique théâtrale pour transmettre un savoir scandinave. L’esthétique est donc ici mise au service d’objectifs épistémologique et didactique. La préface de Harald témoigne d’une importante érudition avec des références aux savants, voyageurs et lettrés du Nord. « Dans cette perspective, l’histoire des Scandinaves s’appréhende autant comme vecteur de savoirs sur le Nord que comme promesse de rénovation dramatique » (Robardey-Eppstein 2020 : 119). L’usage des contrastes spectaculaires pour évoquer le Nord fait de Lerebours un véritable metteur en scène soucieux du moindre détail. Robardey-Eppstein évoque à ce propos la mise en œuvre d’une « épistémè nordique » (2020 : 114). On y apprend également les voyages de Lerebours en Suède ainsi que son mariage avec Amélie Backman, ce qui explique ses liens et sa connaissance approfondie des sociétés du Nord (Robardey-Eppstein 2020 : 116). L’originalité de Lerebours tient au fait qu’il substitue l’imaginaire du Nord au paradigme antique de la tragédie classique française (Robardey-Eppstein 2020 : 121–122).

Ce déplacement d’imaginaires a peut-être écarté Lerebours des canons esthétiques traditionnels puisqu’il semble avoir mécontenté à la fois les classiques et les romantiques, ce qui explique certainement sa marginalisation dans l’histoire littéraire. Par méconnaissance du Nord, certains critiques ont classé Lerebours parmi les auteurs romantiques, ce qui lui fait tenir les propos suivants :

« L’idée qu’on se forme des Scandinaves a fait croire que je leur donnerais une teinte [o]ssianique et nébuleuse, sans laquelle ils ne pourraient être fidèlement représentés. Mais les guerriers d’Odin sont à ceux d’Ossian ce que l’histoire est à la fable. Tout est positif chez les premiers, tout est vague et douteux chez les seconds » (Lerebours cité par Robardey-Eppstein 2020 : 122).

Dans son étude, Novén examine la référence au Nord, « cette inspiration barbare » comme le rappelle l’auteur, dans les Poèmes barbares (1872) de Leconte de Lisle (1818–1894) en étudiant plus particulièrement quatre poèmes du cycle finlandais et deux poèmes du cycle scandinave. L’auteur s’attache à étudier la démarche poétique du chef de file de l’école du Parnasse en s’attardant d’un côté, sur le remaniement des sources dans les quatre poèmes d’étude et de l’autre, sur l’inscription des noms étrangers. Comme le souligne l’auteur, le recours à l’inspiration barbare s’inscrit dans le programme de « ressourcement de l’esprit humain à l’époque de la modernité » et souligne la volonté du poète de rendre ses poèmes conformes aux critères classiques relatifs à l’antiquité gréco-romaine (Novén 2020 : 66). Néanmoins, tout en prenant pour modèle l’antiquité gréco-romaine, ces poèmes renferment également diverses empreintes culturelles et linguistiques qui témoignent d’une ouverture vers l’Autre. Le syncrétisme du programme de Leconte de Lisle servira aussi de discours idéologique comme l’observe Novén. Si la référence au Nord permet au poète de renouveler sa poésie, de rendre cette dernière plus « scientifique », ce mouvement de retour aux origines signe aussi l’intérêt du XIXe siècle pour « réinvestir la Mémoire de l’homme » (Novén 2020 : 54). L’inscription des références au Nord dans les poèmes du poète parnassien met en présence la question de l’altérité et vient s’opposer à ce que l’auteur de l’article appelle « la médiocrité moderne et […] l’effacement des différences » (Novén 2020 : 65). Comme le conclut Novén, les poèmes nordiques renferment aussi une diversité culturelle foisonnante qui témoigne d’?« un idéal scientifique de ‘neutralité’ et d’ ‘impartialité ‘» (Novén 2020 : 67). Le Nord, invoqué dans ces poèmes, participe grandement du programme poétique de Leconte de Lisle régi par une démarche syncrétique et totalisante.

2. L’imaginaire du Nord aux prises avec la fiction et la réalité

Les articles de Chartier, Briens, Lindberg et Ballotti soulèvent un aspect intéressant de l’imaginaire du Nord qu’est précisément l’interaction entre réalité et fiction. De différentes manières, le rapport du réel avec la littérature est en jeu et se complexifie lorsqu’il touche à la thématique boréale. Dans le cas de la contribution de Chartier, l’action réciproque qu’exerce la poésie québécoise sur la création matérielle du barrage hydroélectrique de la rivière Manicouagan éclaire cet entrelacement entre imaginaire et matérialité. À son tour, Briens met en lumière un phénomène particulier lié à la matérialisation du Nord, quoique différemment, en créant la notion d’artialisation du Nord, c’est-à-dire la mise en forme de l’imaginaire du Nord à travers la présence d’œuvres d’art (tel le tableau Reproduction interdite de Magritte). Lindberg montrera lui-aussi comment la biographie de deux écrivaines finlandaises suécophones, Marianne Alopeus et Anne-Marie Berglund, s’entremêlent à l’écriture des récits et nourrissent cet imaginaire du Nord. Dans cette lignée, la contribution de Balloti souligne les effets du transfert culturel en se plongeant dans l’analyse de l’adaptation française de la série télévisée norvégienne SKAM. En examinant la resémantisation des représentations du Nord dans la version française, elle prend en compte la réalité culturelle de la société française.

Dans son article, Chartier compare, du point de vue de l’imaginaire du Nord conçu comme un système sémiotique (de signes), deux numéros de revue de poésie consacrés à penser un lieu situé au nord. Il s’agit d’une part, du premier numéro paru dans les Cahiers du Collège de Pataphysique (paru à Paris) et de l’autre, d’un numéro sur la « Manicouagan » (une rivière du Nord du Québec) paru à Montréal dans la revue Liberté. Dans ces deux numéros, les frontières entre réel et fiction sont instables. Ainsi, les deux numéros utilisent la fiction et parfois le réel scientifique au service de la construction d’un imaginaire du Nord (Chartier 2020 : 45). La poésie joue ici un rôle d’anticipation où la fiction devient le laboratoire d’un ordre géopolitique repensé avec de nouvelles représentations du pôle Nord. Raymond Queneau utilise ces territoires du Nord pour inverser totalement le cours des relations géopolitiques avec un pôle Nord au centre d’une nouvelle fédération impériale (Chartier 2020 : 46). Il est d’ailleurs intéressant de voir comment ces constructions fictionnelles moquaient un appétit des pôles que l’on retrouve aujourd’hui dans les nouveaux enjeux géopolitiques de l’Arctique (Mered 2019). Les pataphysiciens de la revue Liberté associent de manière étroite connaissances scientifiques, ingénierie et rêverie poétique, faisant ainsi sortir l’imaginaire du Nord du piège mythologique (Chartier 2020 : 49). C’est d’ailleurs pour cela que les auteurs des Cahiers du Collège de ‘Pataphysique’ réinventaient ce Nord avec des références explicites à Jules Verne. La littérature devient, dans ces deux cas, le lieu d’inscription où est convoqué, pensé, imaginé et matérialisé le Nord. Le Nord se pose comme entité discursive indissociable de l’écriture occidentale en langue française. La compréhension de ces discours sur le Nord, conçus comme un système de signes, est éclairée à l’aide des mythèmes (Møhnike 2016), des emprunts interculturels (Briens 2016). Dans le dossier numéro 16 du Collège de ‘Pataphysique, consacré au centenaire de la découverte du Pôle Nord par le capitaine Hatteras, c’est au creuset de la littérature que naît discursivement (Chartier 2020 : 45) le Pôle Nord, le Nord géographique ayant été découvert bien plus tard, au début du XIXe siècle. Le Pôle Nord s’inscrit ainsi dans « une suite historique imaginaire ». Le télescopage entre réalité et fiction se poursuit. En parallèle, Chartier étudie comment la construction francophone du barrage hydroélectrique de la rivière Manicouagan a pris valeur de révolution en devenant un symbole économique, culturel et politique. Les deux initiatives prises par ces deux revues présentent des points de similitude. Cette fois-ci, c’est le réel, la construction d’un barrage, qui précède la fiction et l’imaginaire. L’acte ouvrier est traduit en acte politique et poétique. Chartier souligne le rapport discursif du Nord « en tant que construction mentale et imaginaire » (Chartier 2020 : 48). « Le Nord n’est plus le lieu de la périphérie, mais au contraire le centre où se réalisent les changements révolutionnaires » (Chartier 2020 : 49). Dans les deux revues, la poésie et la fiction deviennent les lieux discursifs où se pense et se vit « la matérialité et l’historicité du Nord » (Chartier 2020 : 49). Ces deux exemples « forgent une haute image du poète, habilité à délivrer une compréhension du monde et du Nord » (Chartier 2020 : 50). Une différence notable toutefois se dégage dans le maniement du Nord. Pour les écrivains pataphysiciens français, le Nord est loin du réel et se place au-delà des limites de l’écoumène tandis que le Nord chez les poètes de la revue Liberté est avant tout matériel et rejoint l’imaginaire poétique des écrivains. Le Nord est le fruit d’une expérience, il est également en reconstruction perpétuelle dans ces discours.

De même, Battail s’attache à montrer comment l’œuvre de Jules Verne était aimantée par la recherche du pôle Nord avec le rêve de nouvelles terres à découvrir (2020 : 32). Il propose un « portrait boréaliste » (Battail 2020 : 33) de Jules Verne, amoureux de l’Écosse, de la Scandinavie et du Canada. C’est surtout avec la publication des Voyages et aventures du capitaine Hatteras au milieu des années 1860 que Jules Verne renoue avec un imaginaire hyperboréen où le Grand Nord demeure l’horizon et la limite des découvertes pouvant être réalisées (Battail 2020 : 38). Battail souligne à juste titre l’écriture hyperboréale palimpseste de Jules Verne qui prolonge les récits d’Edgar Poe dans Le Sphinx des glaces en faisant la déclaration suivante :

« ‘Arthur Pym, le héros si magnifiquement célébré par Edgar Poe, a montré la route… À d’autres de la reprendre, à d’autres d’aller arracher au Sphinx des Glaces les derniers secrets de cette mystérieuse Antarctide !’ » (Battail 2020 : 39).

Il existe cependant une nuance dans l’œuvre de Jules Verne par rapport à l’évocation de ce Nord : la description romantique des paysages vierges hostiles à toute tentative de domination humaine se mêle à une écriture scientifique soucieuse des lois de la physique (Battail 2020 : 41).

Avec l’étude de Briens, l’invitation au voyage vers le nord émane elle-aussi de la matière poétique (la métaphore) et, plus particulièrement, artistique. La démonstration prend son origine à partir de l’examen du tableau de Magritte, Reproduction interdite (1937) où le Nord s’inscrit comme « mise en image (dans le livre qui se reflète) et de mise en écriture (dans le livre qui s’offre au lecteur) » (Briens 2020 : 23). C’est à travers la présence iconographique et intertextuelle du livre de Poe, Aventures d’Arthur Gordon Pym de Nantucket, exposé dans le tableau de Magritte que Briens relit la littérature française du XIXe siècle pour y découvrir les empreintes de cette « poétique boréale ». Briens révèlera comment l’œuvre d’Edgar Poe a inspiré toute une série de récits de voyage sur le Nord « circumpolaire » où les deux pôles sont associés à un imaginaire du froid (Briens 2020 : 23). Il rappelle également que cet imaginaire du Nord avait été véhiculé par des passeurs tels que Xavier Mermier qui fut le premier universitaire français à disposer d’une chaire dédiée au Nord à Rennes (Briens 2020 : 24).

C’est à partir de cette période que l’on remarque une véritable « boréalomanie » exotisant le Nord comme espace à (re)découvrir (Briens 2020 : 24). Le boréalisme comme matrice d’élaboration poétique et mythologique sur le Nord, prend appui sur l’orientalisme au XIXe siècle. Chateaubriand, Hugo, Leconte de Lisle et par la suite Gustave Flaubert sont habités par cette mythologie nordique (Briens 2020 : 25; Novén 2020 : 56). Le Nord devient cette limite inatteignable, offrant un espace inédit à la fabrication poétique dans cet entrelacs entre terra incognita et terra frigida (Briens 2020 : 26). C’est d’ailleurs cet espace qui est également investi dans le roman polar polaire contemporain et qui suscite un « engouement de la critique » (Toudoire-Surlapierre 2020 : 150) en réactivant l’imaginaire des expéditions du Grand Nord de Paul-Émile Victor et de Jean Malaurie.

Ainsi, le Nord est conceptualisé et théorisé comme un espace métaphorique. Si le Nord est avant tout associé à un mythe antique de l’Ultima Thulé, reposant à son tour sur la théorie des climats de Montesquieu, les discours sur le Nord repris par les poètes français du XIXe siècle s’en sont inspirés pour faire revivre le Nord comme une expérience mémorielle et évocatrice d’images. Le Nord devient alors non seulement un puits d’images dans lequel iront puiser les poètes français, mais une clef de lecture de la littérature. Au-delà de ces images inspirées par le Nord, c’est aussi une expérience de vie qui se dessine, un Nord existentiel. Le Nord n’est plus seulement matière mémorielle et mythique, mais un savoir véhiculé par « des modalités de transmission d’ordre esthétique » (Briens 2020 : 28).

De nouveau, on peut faire la même observation dans le cas de l’étude de Premat puisque la réflexion de Najjar prend corps à partir d’un regard muséal envisageant le Nord à partir du commentaire d’œuvres d’art (Premat 2020 : 101). En effet, la création littéraire de Najjar repose sur la contemplation de pièces d’art du jardin de Carl Milles permettant à l’auteur d’effectuer un détour boréal pour évoquer les grandes œuvres du Liban. Le Nord devient en fait prétexte à une forme d’essai civilisationnel (Premat 2020 : 105). On retrouve aussi au XIXe siècle chez Lerebours ce goût pour la mise en scène d’un décor grandiose avec le choix de Ciceri pour construire la représentation de cet imaginaire du Nord. Lerebours est même revenu dans sa préface sur les didascalies donnant des détails concrets à la construction du cadre de la scène (Robardey-Eppstein 2020 : 124).

« Afin de faire découvrir aux contemporains une étrangeté culturelle et exotique dont la scène ne pouvait proposer que le pâle reflet, Lerebours, conscient qu’une telle étrangeté est porteuse de fantasmes, met à la disposition de son lecteur des données factuelles ancrées dans la littérature spécialisée » (Robardey-Eppstein 2020 : 126).

Il s’agit pour Lerebours de ménager la construction d’une scène nordique réaliste.

Finalement, l’étude de Battail (2020 : 41) reviendra aussi sur cette tension entre imaginaire et réel en traitant de l’imaginaire du Nord dans les œuvres de Jules Verne et en montrant l’impact de l’imagination sur le réel : l’inspiration que procura Verne auprès des grands aventuriers scandinaves en est la preuve la plus tangible si l’on se réfère aux expéditions entreprises vers le pôle Nord. Dans ces contributions, le Nord devient ainsi l’imaginaire privilégié pour traiter de la matérialité du monde.

3. L’imaginaire du Nord sous d’autres tropiques

L’imaginaire du Nord, présent dans la littérature scandinave, se nourrit très souvent en convoquant un tiers espace. La contribution de Lindberg a mis en lumière l’importance de l’espace non nordique qu’est la France pour la réflexion identitaire de deux écrivaines suécophones finlandaises. Dans son étude, Lindberg étudie les œuvres de Marianne Alopeus (1918–2014) et d’Anne-Marie Berglund (1952–2020) en explorant leur fascination pour la France. Tout en situant leurs œuvres dans « la condition du postexil », Lindberg s’attache à examiner en particulier l’espace littéraire nordique dans Mörkets kärna (Alopeus 1975), Drababd av Sverige (Alopeus 1983) et Breven till mamma (Berglund 2005) en portant son attention sur la France, considérée comme un « nœud spatial » où l’espace réel devient un lieu interculturel, un lieu frontalier, un lieu d’entre-deux où s’incarne une rencontre. Les traces de la migration qui figurent dans leurs textes tendraient à montrer la « transformation de la culture » (Lindberg 2020 : 72). Les deux exemples choisis par l’auteur illustrent deux stades de l’évolution littéraire de la problématique liée à la migration. Pour Lindberg, les textes de ces deux finlandaises suécophones pourraient être discutés, en partie, dans le cadre de la littérature mineure définie selon l’acception de Deleuze et Guattari (Lindberg 2020 : 80). Si les deux auteures sont considérées par Lindberg comme deux nomades féminines nordiques, si la langue suédoise leur est aussi commune, certaines différences se dessinent. Pour Alopeus, la perspective s’enracine dans la Finlande alors que le point de vue de Berglund part de la Suède. La France, symbole de liberté et de la pensée intellectuelle chez Alopeus, devient chez Berglund le creuset imaginaire d’où va jaillir sa créativité littéraire. Dans les deux cas encore une fois, leur littérature empreinte des chemins de détour, en passant par la France, lieu d’expansion littéraire. Dans les deux cas, les récits s’achèvent dans un état identitaire et culturel plus complexe, une « appartenance culturelle ‘altérée’ » (Lindberg 2020 : 82). Finalement, dans les deux cas également, la France devient cet espace où a lieu « l’éclatement de l’espace étroit de la culture suécophone de Finlande (det trånga rummet) » (Lindberg 2020 : 72).

Considérée comme littérature mineure, cette littérature aurait besoin d’agrandir son espace de paroles en faisant intervenir un espace de l’ailleurs. Une parole naît au Nord, mais fait le détour par le Sud. Parallèlement, c’est aussi ce qui se réalise à travers la contribution de Cedergren & Engwall lorsqu’elles examinent le discours misogyne de Strindberg paru dans la Revue blanche en 1895. « Le Nord s’énonce par la voix de l’Autre, il est réinvesti dans d’autres lieux et transmis par d’autres locuteurs ; en d’autres termes, c’est la revue française, la Revue blanche, qui est chargée de transférer le discours scandinave de Strindberg. » (Cedergren, Engwall 2020 : 136). Cedergren et Engwall nous donnent des détails sur le choix de cette publication après un refus essuyé auprès de la Revue de Paris (Cedergren, Engwall 2020 : 138). L’écrivain suédois cultive sciemment un positionnement paradoxal qui va jusqu’à la conception d’un discours alternatif au discours boréal classique.

« Le discours sur l’infériorité de la femme devient ainsi un texte où Strindberg tend à se définir, selon nous, comme ‘Scandinave méridional’ : il ne représente plus seulement ce Nord détaché du Sud ; il interagit avec le Sud et définit sa force et son ascendance en corrélation avec le Sud » (Cedergren, Engwall 2020 : 141).

En réalité, Strindberg a proposé un véritable contre-discours boréal en introduisant un texte écrit directement en français au sein d’un ancien texte suédois traduit en français (Cedergren, Engwall 2020 : 142). En jouant sur cette rupture linguistique et les codes esthétiques de l’époque, Strindbgerg renforce un positionnement paratopique de l’entre-deux, d’autant plus que la réception française rejette majoritairement ce texte (Cedergren, Engwall 2020 : 143). Tout en réinvestissant les représentations des Français autour des Scandinaves, Strindberg va au-delà d’un simple discours boréal : il va non seulement s’inscrire dans l’horizon d’attente de l’époque, exploiter les représentations du Nord en circulation dans la France des années 1890 et se faire passer pour un barbare et un misogyne, mais aussi se révéler comme un écrivain scandinave pionnier dans le domaine de l’écriture scientifique (Cedergren, Engwall 2020 : 139).

La contribution de Premat reflète aussi, en partie, les observations de Lindberg : il s’agit d’une réflexion sur l’imaginaire du Nord à partir de deux espaces non nordiques, la France et le Liban (Premat 2020 : 107). C’est de nouveau ce décentrement en dehors des frontières scandinaves que le Nord est pensé, représenté, figuré. Il y a alors un regard hyperboréal d’Alexandre Najjar qui naît de la rencontre entre un regard sociologique et un regard mythologique sur la société suédoise (Premat 2020 : 105). « Ce regard hyperboréal naît dans la mise en relation de l’imaginaire du Nord avec un imaginaire francophone allant du Liban à la France » (Premat 2020 : 98). En outre, ce détour nordique est mis en valeur par la collection « Le sentiment géographique » chez Gallimard dont l’objectif est de « capter l’hapax, à savoir l’impression jamais décrite » (Premat 2020 : 100).

Le Sud est aussi convoqué dans l’imaginaire du Nord à travers la contribution de Färnlöf lorsque le chercheur s’interroge sur le statut imaginaire d’un événement politico-culturel que fut l’affaire Dreyfus dans la conscience suédoise. En effectuant un relevé systématique de la présence des références liées à Dreyfus dans la société suédoise, Färnlöf démontre la présence de l’univers français dans la mémoire collective suédoise. Dans son étude, Färnlöf s’attache à examiner les retombées de l’affaire Dreyfus en Suède à partir du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui et ce, en relevant le nombre d’occurrences existantes de l’Affaire Dreyfus dans la production littéraire ainsi que dans la presse journalistique suédoise. Färnlöf met ainsi en relief le poids de cette référence culturelle et historique et son importance dans la mémoire collective (Färnlöf 2020 : 14). Si la présence de cet événement perdure tout au long du XXe siècle, elle apparaît sous formes diverses (adaptations théâtrales, émissions radiophoniques et télévisées, articles de journaux etc…). L’affaire Dreyfus est, comme le souligne Färnlöf, « un point de repère discursif » largement employé par les journalistes suédois tout au long des XXe et XXIe siècle ; ce qui tend également à montrer le « statut imaginaire » de l’affaire Dreyfus. Quoique toujours présent dans la société suédoise, en particulier dans la presse, le statut de cette affaire a eu plusieurs significations au fil des époques. Associée le plus souvent à une injustice ou à un cas similaire, cette affaire est mentionnée sans qu’il y ait une réelle conscience des enjeux initiaux chez le journaliste et le lecteur. Mais, comme le montre Färnlöf, l’épreuve du temps semble être un facteur d’érosion quant à l’exactitude des faits : les connaissances autour de l’affaire Dreyfus se sont perdues aussi bien chez le lecteur que chez le journaliste ; ce qui expliquerait d’une part les erreurs et d’autre part les explicitations du journaliste.

4. La déterritorialisation du Nord

Si l’imaginaire du Nord des récits se déploie dans un espace nordique et se nourrit par la présence de lieux et de mémoires culturels autres en effectuant un détour principalement par les tropiques français comme l’ont montré précédemment les articles de Lindberg, Färnlöf ou encore Premat, les représentations du Nord vont jusqu’à se déterritorialiser comme l’ont souligné, par exemple, les articles de Briens, de Cedergren et Engwall, de Premat, de Ballotti, ou encore de Toudoire-Surlapierre.

La déterritorialisation signifie d’une part que les représentations liées au Nord ne sont plus corrélées uniquement à un espace géographique nordique, et d’autre part que les énonciations deviennent exogènes, extérieures au territoire concerné (Briens 2020). Cedergren et Engwall montrent par exemple que le boréalisme indique une perception déterritorialisée du Nord comme c’est le cas avec Strindberg lorsque l’écrivain suédois, représentant du Nord, fait paraître son discours dans une revue française, un canal de publication du Sud (Cedergren, Engwall 2020 : 136). Dans cette perspective, le Nord a depuis longtemps été saisi par des énonciations littéraires à partir d’autres imaginaires. Certes, la théorie des transferts culturels serait ici utile pour comprendre comment des éléments de l’imaginaire du Nord sont traités dans la littérature francophone. Car comme le rappelle Michel Espagne dans un entretien, « l’étude des transferts culturels apprend beaucoup sur les lunettes avec lesquelles on voit les pays étrangers et l’histoire des différents verres utilisés selon les époques » (Espagne cité par Noiriel 1992 : 147). L’article de Premat propose le terme d’hyperboréal pour accentuer le détournement des imaginaires opéré, avec la transposition de l’orientalisme vers le boréalisme. « Le terme d’hyperboréal renvoie à la construction d’un territoire du Nord qui échappe en partie à la compréhension du lecteur francophone méditerranéen » (Premat 2020 : 105).

De la même manière, l’article de Ballotti est un exemple magistral de cette déterritorialisation en ce sens où la comparaison entre SKAM et Skam France met en exergue les resémantisations opérées dans le cas de la série web française, SKAM. Dans son article, Ballotti cherche à montrer comment le remake de l’émission norvégienne SKAM n’a pas eu le même succès que la version originale propagée à travers le monde entier (Ballotti 2020 : 90). Cette série télévisée, interactive dans son étape de production, a subi diverses resémantisations une fois transférée dans un contexte français. Si cette émission fut un succès grandiose dans sa terre natale, elle a perdu de son aura lors du passage dans un autre contexte linguistique. C’est en discutant ce phénomène de déterritorialisation que Ballotti montre comment les transformations encourues par la version française ont touché à l’esthétique du produit initial. C’est en premier lieu la représentation de la formation sans adultes qui est beaucoup moins percutante, moins controversée dans la version française. De même, de nombreuses références norvégiennes se sont perdues (certaines traditions, le titre même de la série) dans le processus de transfert. À travers cette opération, l’adaptation française acquiert de plus en plus d’autonomie vis-à-vis de la version originale avec laquelle elle est au départ en interaction, ce que les nombreux intertextes avaient rendu visible (Ballotti 2020 : 92).

Dans le cas de l’étude de Toudoire-Surlapierre, les romans policiers français actuels constituent un des genres littéraires les plus en vogue où le boréalisme se construit et s’épanouit. Toudoire-Surlapierre nous emmène dans l’univers fictionnel du polar français et nous fait découvrir les enjeux du boréalisme en examinant deux récits criminels se déroulant au Groenland : Boréal (2019) de Sonja Delzongle et Qaanaaq (2018) de Mo Malø (Toudoire-Surlapierre 2020 : 152). À travers son étude, Toudoire-Surlapierre cherche à mettre en relief les caractéristiques du récit criminel polaire, ses fonctions et ses enjeux en fonction d’une triple répartition (climatique, sociale, culturelle et poétique). Le récit polaire contemporain réinvestit pour d’autres raisons cet espace aventurier et conquérant, à l’instar du personnage éponyme Qaanaaq du roman de Mo Malø. Comme le précise Toudoire-Surlapierre, le Groenland est devenu depuis quelques années l’espace écocritique des revendications environnementales avec notamment les récits de la survie de l’être humain (Toudoire-Surlapierre 2020 : 155).

« Le Groenland apparaît comme le dernier espace désertique d’Europe […]. Pays de glace et pays le moins peuplé au monde, il est doublement signifiant. Cette désertion glacée n’est pas seulement littérale, c’est aussi une figure symbolique, elle est l’image du monde qui reste. Au Groenland, non seulement la vie est rare (donc elle a du prix) mais elle se raréfie » (Toudoire-Surlapierre 2020 : 153).

Le Groenland devient cet espace-limite prisé par ce polar polaire qui met en scène la narrativisation de la pulsion de mort où se jouent l’extinction et la menace de disparition des espèces animale et humaine (Toudoire-Surlapierre 2020 : 158).

En esquissant ces quatre catégories de pensée, nous avons vu se dessiner d’autres lignes de construction qui soulignent, encore une fois, la complexité de l’imaginaire du Nord et la production de sens qu’il est susceptible de renfermer. Ces quatre approches (1. L’imaginaire du Nord sous le prisme des genres littéraires, 2. L’imaginaire du Nord aux prises avec la fiction et la réalité, 3. L’imaginaire du Nord et le détour par le Sud et 4. La déterritorialisation du Nord) se sont déclinées avec des accents particuliers et apparaissent, sans aucun doute, dignes d’une exploration encore plus approfondie.

Notes

1Le philosophe Kant reliait pour sa part la question de la cardinalité à celle de l’orientation. « Je ne m’oriente donc géographiquement, avec toutes les données objectives du ciel, qu’à l’aide encore d’une raison subjective de distinction; et si un jour, par miracle, tous les astres conservant du reste leur forme et leur situation respective, ne présentaient d’autre changement, sinon que leur direction, s’il ne faisait attention qu’à ce qu’il verrait, et pas aussi ce qu’il sentirait, serait infailliblement désorienté. Mais la faculté de distinguer que lui a donnée la nature, et qui lui est devenue habituelle par un plus fréquent exercice, vient à son aide, grâce au sentiment de la droite et de la gauche; et pourvu seulement qu’il jette les yeux sur l’étoile polaire, non seulement il remarquera le changement survenu, mais il pourra s’orienter malgré ce changement » (Kant 1862: 316). L’orientation peut être ici métaphoriquement reprise pour situer la culture observée par rapport à la culture observante. 

Competing Interests

There are no competing interests. This article is an introduction for the issue on ‘Le Nord dans les littératures francophones’.

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