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Research

Les notices biographiques et historiques de la princesse Eugénie (1864) : Une première version française des Princesses de la Suède méconnue

Author:

Lisa Castro

Université Toulouse Jean Jaurès, Toulouse, FR
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Abstract

Daughter, granddaughter, sister and aunt of king, Princess Eugenie of Sweden (1830–1889) published a book in 1864 in French, translated the same year into Swedish, entitled Les princesses de la Suède. Notices biographiques et historiques, par E*** (Svenska princessor. Korta biografiska teckningar af E***). However, despite the standing of its author, this first version in French, poorly documented, remains shrouded in mystery. This article attempts to shed light on the personality and interests of its author and proposes a grid of reading to better understand this book, which has been left out of the mainstream.

 

Résumé

Fille, petite-fille, sœur et tante de roi, la princesse Eugénie de Suède (1830–1889) publie en 1864 un ouvrage, en français puis traduit la même année en suédois, intitulé Les princesses de la Suède. Notices biographiques et historiques, par E*** (Svenska princessor. Korta biografiska teckningar af E***). Pourtant, malgré le statut particulier de son auteure, cette première version en français, peu documentée, demeure auréolée de mystère. Cet article, éclairant la personnalité et les centres d’intérêt de son auteure, propose une grille de lecture pour mieux appréhender ce livre écarté de la grande histoire.

 

Mots-clefs : Eugénie; princesses suédoises; dynastie Bernadotte; notices biographiques; notices historiques; histoire de la Suède; Au champ d’Apollon; Glanures

How to Cite: Castro, L. (2022). Les notices biographiques et historiques de la princesse Eugénie (1864) : Une première version française des Princesses de la Suède méconnue. Nordic Journal of Francophone Studies/ Revue Nordique Des Études Francophones, 5(1), 25–35. DOI: http://doi.org/10.16993/rnef.74
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  Published on 15 Sep 2022
 Accepted on 30 Aug 2022            Submitted on 01 Mar 2022

Introduction

Les princesses de la Suède. Notices biographiques et historiques, par E*** (Eugénie, princesse de Suède, 1864a) est la première œuvre littéraire écrite par la princesse Eugénie de Suède (1830–1889). Qualifié de « bien mené, simple et concis »1 par sa biographe Ellen Hagen (Hagen, 1929 : 36), ce livre retrace tout au long de ses quarante-six pages, la vie de dix-huit princesses suédoises, c’est-à-dire filles ou petites-filles d’un roi suédois, nées entre 1539 et 1807. Malgré son statut de princesse suédoise, c’est en français qu’Eugénie décide d’écrire son premier livre. Publié en 1864, une version en suédois est également éditée la même année. C’est cependant dans sa version suédoise que l’ouvrage rencontre un grand succès (Eugénie, princesse de Suède, 1864b) : il voit trois rééditions successives, dont la dernière l›année de son auteure, en 1889. (Hagen, 1929 : 36)2.

Pourtant, ni l’identité de son auteure, ni le sujet de l’œuvre n’ont permis à ces Notices biographiques d’obtenir une visibilité suffisante pour être aujourd’hui une œuvre étudiée, connue et reconnue. Des mentions existent toutefois dans des ouvrages sur la princesse Eugénie ou plus largement sur la dynastie Bernadotte. Ce sont notamment deux études récentes, Au champ d’Apollon (Östman et Östman 2008) et Les Glanures (Östman 2012) qui ont permis de mettre en lumière l’existence de ce livre dans le cadre du congrès « La langue française des écrivaines suédoises – Langue, réception et imaginaire », en inventoriant les ouvrages écrits en français par des auteurs suédois. Car si le choix d’écrire en français donne en théorie un avantage au chercheur français pour une étude des Princesses de la Suède, il n’en est rien, tant son auteure a peu été étudiée, et son œuvre littéraire si peu citée. Ainsi, à travers une mise en lumière de cette figure mal connue malgré son statut princier, cet article tente d’apporter des réponses aux nombreuses questions que soulève la lecture de ce livre. Il s’agira dans un premier temps de tracer les grandes lignes de sa biographie, tant personnelle et familiale qu’artistique, qui nous aiderons ensuite à tenter de comprendre les desseins qui l’animèrent lorsqu’elle écrivit ce livre.

1. Une princesse au grand cœur

Élevée à la cour de Suède, la princesse Eugénie occupe une place importante au sein de la dynastie Bernadotte. Ses activités philanthropiques, favorisées par l’exemple de ses parents dès sa plus tendre enfance, ont forgé son caractère et l’adulte qu’elle est devenue.

1.1. Une enfance royale

La princesse Eugénie appartient à la dynastie Bernadotte. Quatrième enfant et seule fille d’une fratrie de cinq enfants, son père est le roi Oscar Ier (1799–1859), qui règne sur la Suède et la Norvège de 1844 à 1859, tandis que son grand-père paternel est le roi Charles XIV Jean, plus connu en France sous le nom de Jean-Baptiste Bernadotte (1763–1844), fondateur de la dynastie éponyme en 1818. Quant à sa mère, Joséphine de Leuchtenberg, il s’agit de la petite-fille de l’Impératrice française Joséphine et filleule de Napoléon. Elle s’inscrit donc dans une lignée aussi récente que remarquable. Elle naît le 24 avril 1830 et son arrivée est en quelque sorte le point d’orgue dans la construction du foyer, comme le dit sa grand-mère maternelle Auguste-Amélie le 9 mai 1830 dans une lettre à Oscar : « Vous pouvez vous imaginer mon bonheur en apprenant que notre bonne Joséphine était heureusement accouchée, et que la naissance d’une fille avait mis le comble à votre félicité. » (BFA, Nr 8)

Eugénie fait preuve d’une santé fragile depuis la mort de son grand-père le roi en 1844, lorsqu’elle attrape froid (Hildebrand 1953). Cet épisode est souvent présenté dans l’historiographie comme l’explication de son état maladif chronique. La mort de son frère Gustave en 1852, dont elle est très proche, marque également un tournant dans sa vie. Elle ne se marie jamais, et revendique son célibat, bien que des occasions matrimoniales se soient présentées, comme avec Napoléon III, le cousin de sa mère (Hildebrand 1953). Pour des raisons de santé, elle séjourne régulièrement sur l’île de Gotland, afin de bénéficier d’un climat plus propice à sa constitution. Elle s’y fait construire une villa, la villa Fridhem. Deux orphelinats, un pour garçons (1866) et un pour filles (1869), y sont également fondés dans les environs sur son initiative.

1.2. Un intérêt majeur pour les activités philanthropiques

La princesse Eugénie s’implique énormément dans des causes qui lui tiennent à cœur comme la prise en charge des plus démunis. Dès son enfance, elle est sensibilisée à la philanthropie dont font preuve ses parents, notamment lorsqu’elle les accompagne lors de leurs divers déplacements. Âgée de cinq ans, elle suit déjà sa mère qui visite des institutions et des écoles lors d’un court séjour à Norrköping (Hagen 1929 : 6). C’est une nouvelle fois à Gotland que sa philanthropie s’illustre lorsqu’elle y fait construire une maison de retraite grâce à l’argent obtenu par la vente de bijoux ayant appartenu à sa grand-mère, la reine Désirée (1777–1860) (Hildebrand, 1953), n’hésitant pas ainsi à se séparer de certaines de ses possessions précieuses pour venir en aide aux plus démunis (Dardel, 1911 : 8–9). Le diariste et dessinateur Fritz von Dardel (1817–1901), un ami de son frère Charles XV, lui suggère de mettre plutôt en vente certaines de ses œuvres pour financer ses actions, ce qu’elle fait (Dardel, 1911 : 8–9).

La cause animale lui est également très chère et en 1882, sous son impulsion, est fondée au palais royal de Stockholm la Nordiska samfundet till bekämpande af det vetenskapliga djurplågeriet3 (l’association nordique pour la lutte contre les mauvais traitements infligés aux animaux de laboratoire). Il s’agit d’une organisation de protection des droits des animaux, dont elle est symboliquement le premier membre. Elle s’illustre à une échelle plus locale également en fondant son équivalent à Gotland, Gotlands djurskyddsförening (La société de protection des animaux de Gotland). Son testament stipule qu’un tiers de sa fortune, soit environ 1 million et demi de couronnes suédoises, ira pour des associations et institutions. (Lindorm, 1936 : 239) Elle est à l’avant-garde également lorsqu’elle demande à être déclarée majeure lorsque la loi sur la majorité des femmes célibataires est adoptée sous le règne de son frère Oscar II. La princesse Eugénie présente un profil singulier ; celui d’une jeune femme qui reste célibataire toute sa vie – fait plutôt inhabituel pour une princesse au XIXe siècle et qui mérite d’être souligné – et qui privilégie son temps à venir en aide aux autres et qui s’adonne à ses nombreuses passions artistiques.

2. Une princesse artiste

À l’image des princes et princesses de son temps qui manifestent de grands talents artistiques, la princesse Eugénie se distingue dans plusieurs domaines. Dès son plus jeune âge, elle baigne dans une atmosphère musicale et littéraire, impulsée avant tout par ses parents et l’éducation qu’ils élaborèrent pour ses frères et elle (Sandin 2011).

2.1. Dessin et peinture

Le dessin et la peinture font partie des deux domaines dans lesquels ses œuvres sont restées à la postérité. Ses dessins et aquarelles nous sont parvenus et sont très célèbres. En 1987, Göran Alm (Alm 1987) consacre un ouvrage à ses œuvres, inspirées par ses séjours au château de Tullgarn et plus généralement par la vie à la cour. Ses dessins mettent en scène toute une série d’anecdotes qui témoignent aujourd’hui de la vie qu’elle menait ainsi que celle de sa famille. À l’instar de son père avant elle, elle bénéficie avec ses frères de grands noms pour lui enseigner les diverses disciplines censées être inculquées aux princes du XIXe siècle. Johan Christian Berger (1803–1871), peintre de la cour en 1841, compte par exemple parmi ses professeurs.

2.2. Musique

La famille d’Oscar Ier s’inscrit dans le modèle bourgeois adopté par les familles royales vers le milieu du XIXe siècle où la pratique de la musique occupe une place importante. Naturellement, cela se reflète dans l’éducation de ces enfants. Eugénie et son frère Gustave sont les deux musiciens les plus actifs de la fratrie. Très proches, ils jouent notamment du piano à quatre mains ensemble. Gustave, surnommé le prince chanteur (Jonsson, 1991 : 161–173 ; Hallgren, 2010 : 158–187), incarne bien l’âme artistique de toute la famille d’Eugénie.

Elle-même compose et joue du piano et ses morceaux sont imprimés et diffusés, comme l’un d’eux, intitulé La Prière qu’elle compose à quatorze ans et qui est imprimé en 1844 (Jonsson, 1991 : 163). Pour Leif Jonsson, il ne fait aucun doute que ses compositions inspirent de nombreuses jeunes filles (Jonsson, 1991 : 164). L’intérêt porté à ses œuvres est toujours d’actualité. Un CD réunissant sa production conséquente a en effet été enregistré en 2011 (Various artists, 2011). De manière plus générale, ce sont les compositions de toute la famille qui trouvent encore aujourd’hui un public, au point que deux autres CD ont été enregistrés, en 1988 (Various artists 1988) puis en 2020 (Atanasovska-Ivanovska, E., Ljiljana J. et Staffansson B., 2020) avec des pièces d’Oscar et de son épouse, de leurs enfants et même de leur belle-fille la princesse Thérèse (1836–1914).

2.3. Sculptrice

En 1866, lorsque Fritz von Dardel lui rend visite, la princesse le reçoit portant une « blouse d’artiste ». Elle est alors en train de modeler un soldat en argile, en s’aidant de pièces d’uniforme. Le visiteur, trouvant les jambes du soldat moins bien composées, pose comme modèle et tous deux sont surpris dans cette entreprise par la reine douairière. La statuette, un souffleur de cor norvégien, est envoyée à Rörstrand sur les conseils de Dardel et réalisée en porcelaine de parian. Le visage de la princesse se serait alors illuminé lorsqu’elle découvre que cela lui permettrait d’aider une famille pauvre (Hildebrand 1953). La princesse Eugénie est une sculptrice prolifique, et parmi les parians qu’elle réalise, nous pouvons en citer deux des plus fameux, le trompettiste4 et le printemps5. Elle est également élue membre honoraire de l’académie de musique et en 1873 de celle des Beaux-Arts. Son profil n’est pas sans rappeler celui de Marie d’Orléans (1813–1839), fille du roi français Louis-Philippe (1773–1850), elle-même sculptrice de talent (Dion-Tenenbaum 2008).

3. Auteure, une facette méconnue

Les Bernadotte manifestent une passion pour la littérature, à la fois en tant que collectionneurs – la Bernadottebibliotek (la bibliothèque Bernadotte) témoignant ainsi de l’appétence de la dynastie pour les livres et la littérature (Heymowski, 1991 : 234 ; Alm, Ramsay Herthelius, Daflos 2007) – et en tant qu’auteurs. Avec ces Notices biographiques, Eugénie loin de se distinguer, s’inscrit au contraire dans le sillage tracé par son père et ses frères.

3.1. Une famille d’auteurs

Dans les années 1830–1840, son père alors prince héritier, se fait remarquer par ses productions écrites. Son œuvre majeure est sans nulle doute son ouvrage consacré aux conditions carcérales. La version suédoise, Om Straff och straffanstalter est publiée en 1840 (S.M. Oscar Ier 1840), et la version française, Des peines et des prisons, paraît deux ans plus tard (S.M. Oscar Ier 1842). L’ouvrage est également traduit en norvégien, allemand, anglais et italien. Parmi ses autres écrits nous pouvons citer un ouvrage militaire intitulé Pro memoria om fälttjänstens öfvande inom fjärde militärdistriktet (Pro memoria sur l’exécution du service en campagne dans le quatrième district militaire) (S.M. Oscar Ier 1836). Alors prince héritier, le futur Oscar Ier écrit également des articles publiés dans des journaux suédois. Eva Helen Ulvros mentionne un article du journal Correspondenten6 (Ulvros, 2007 : 135). Le journal Post-och Inrikes Tidningar du 15 février 1839 publie aussi un article intitulé « Om Folkskolor » (À propos des Folkskolor)7, qui aurait été écrit par Oscar lui-même (Ulvros, 2007 : 136)8. Le prince y prône l’établissement d’une école élémentaire, et non plus une éducation prodiguée par l’Église ou à la maison. Cette prise de position importante a très certainement joué un rôle dans la réforme de l’éducation adoptée durant le règne de son père en 1842. Les frères d’Eugénie, les rois Charles XV et Oscar II, sont également écrivains. Charles XV, dans une tradition royale, se consacre plutôt aux écrits militaires, tandis qu’Oscar, répertorié dans l’ouvrage de Margareta Östman (Östman 2012), se montre très prolifique, notamment en poésie (S.M. Oscar II 1858), et se révèle être aussi un bibliophile (Heymowksi, 1991 ; 154).

Lorsqu’il s’agit d’étudier les écrits des Bernadotte, ces trois membres sont toujours mentionnés dans les ouvrages, et leur production écrite citée. Cependant, lorsqu’il est fait mention de la princesse Eugénie dans le domaine littéraire, Les princesses de la Suède est généralement la seule référence qui est donnée ; et la plupart du temps, la version en français. Or la jeune femme a en réalité plusieurs écrits signés de sa plume (Hildebrand, 1953), mais son premier est le seul en français.

3.2. Des princesses comme objet d’étude

En 1864, la princesse Eugénie publie donc, à l’âge de trente-quatre ans, Les princesses de la Suède : notices biographiques et historiques. Long de quarante-six pages, cet ouvrage raconte l’histoire de dix-huit princesses suédoises, de Catherine de Wasa9 aux filles de Gustav IV Adolf (Figure 1), dans une présentation pédagogique destinée aux jeunes lecteurs. Nous entendons ici par princesse toute fille ou petite-fille de roi de Suède.

Arbre généalogique simplifié des dix-huit princesses mentionnées dans Les princesses de la Suède. Notices biographique et historiques, par E***
Figure 1 

Arbre généalogique simplifié des dix-huit princesses mentionnées dans Les princesses de la Suède. Notices biographique et historiques, par E***.

L’ouvrage, sans préambule ni introduction, s’ouvre sur la princesse Catherine de Wasa (1539–1610). Il s’agit de la fille aînée du fondateur de la dynastie éponyme, Gustave Ier. La princesse Eugénie ne lui dédie qu’une page, expliquant que peu d’informations la concernant nous sont parvenues : « Quant à sa vie, après son départ de Suède, ainsi que sa mort, nous en ignorons tout-à-fait les détails. » (Eugénie, princesse de Suède, 1864a : 7). Elle développe, en revanche, la partie dédiée à sa sœur, Cécile de Wasa (1540–1627), s’apparentant davantage à un récit. Elle raconte au fil des deux pages qui lui sont consacrées, que la princesse est tombée amoureuse d’un certain Jean. Il s’agit du frère du comte d’Edzard II, qui est l’époux de la princesse Catherine. Amoureuse, Cécile se laisse « entraîner à des démarches coupables » (Eugénie, princesse de Suède, 1864a : 10) avec le jeune homme. Cette « malheureuse catastrophe » (Eugénie, princesse de Suède, 1864a : 12) a de tristes conséquences. Le destin de Jean, renvoyé en Allemagne par le roi Gustave, est des plus tragiques : « il vécut sans jamais se marier, ne pouvant même supporter la société des femmes, mais s’adonnant à la charité et ne vivant que pour les pauvres et les infortunés. » (Eugénie, princesse de Suède, 1864a : 12) Quant à Cécile, elle épouse un certain Christophe, un margrave de Bade-Rode-Macheru, et délaisse leurs quatre fils. Ce récit s’achève sur les destins de ces derniers :

Tous les fils de Cécile furent malheureux. L’aîné, nommé Edouard, d’un caractère dur et violent suivit les traces de sa mère et se comporta d’une manière si étrange qu’on le crut un peu égaré, et on lui donna aussi le sur nom de : «margrave le fou». (…) Le second fils nommé Christophe avait le malheur d’être aveugle et boiteux. (…) La vie de Philippe, son troisième fils, fut déréglée et peu paisible. (…) Quant au quatrième fils de Cécile, nous n’avons sur lui que de bien tristes informations. (Eugénie, princesse de Suède, 1864a : 14)

Viennent ensuite les trois dernières filles de Gustave, Anne (1545–1619), Sophie (1547–1611) et Elisabeth (1549–1597) de Wasa, sur seulement deux pages (p. 16–17).

Eugénie raconte ensuite l’histoire de la génération suivante, c’est-à-dire les petites-filles de Gustave Ier : Sigrid de Wasa (1566–1633) la fille d’Éric XIV (1533–1577), puis Anne (1568–1625) la fille de Jean III (1537–1592). Là aussi, les notices, de deux pages chacune, sont exhaustives. Le fils de Jean III, Sigismond III (1566–1632) n’ayant que trois fils, et la princesse Anne demeurant sans enfant, Eugénie poursuit avec leurs cousines, les filles de Charles IX (1550–1611). Père de Gustave II Adolphe (1594–1632), et grand-père de la reine Christine de Suède, celui-ci a deux filles : Catherine (1584–1638), elle-même mère de roi, et Marie Élisabeth (1596–1618). Là aussi, deux pages suffisent à raconter la vie de la première, tandis que la seconde bénéficie du double. Marie Elisabeth, une « princesse toujours maladive depuis sa naissance » et au « caractère obligeant et humble » est un parti guère avantageux, si l’on en croit Eugénie. Ainsi, lorsque son cousin Jean, duc d’Ostrogothie et fils de Jean III, est poussé par le roi à épouser la jeune fille, il « frémit à cette nouvelle. » (Eugénie, princesse de Suède, 1864a : 25). Ce mariage est par ailleurs peu populaire auprès du peuple suédois qui en désapprouve la consanguinité. La fin ne laisse que peu de doute sur le bonheur qui unissaient les deux jeunes gens : « Après six ans de mortelles tortures la mort vint délivrer le duc Jean au mois de mars 1618, et cinq mois après, son épouse le suivit au tombeau. » (Eugénie, princesse de Suède, 1864a : 27)

La notice sur la reine Christine de Suède (1626–1689) succède à celles consacrées à ses deux tantes. Le récit s’achève le 8 décembre 1642 lorsqu’elle devient « Roi de Suède ». Étant sans doute la princesse la plus connue et la plus documentée de cet éventail, sa vie est donc celle qui nous paraît la plus familière tant les anecdotes sur le deuil de sa mère ou sur son enfance de manière plus générale sont connues. Étonnamment, il ne s’agit pas de la princesse sur laquelle Eugénie s’attarde le plus (p. 28 à 33). Celle-ci s’intéresse ensuite aux trois filles de Catherine, Marie Madeleine (1616–1662), Marie Euphrosyne (1625–1685) et Marie Éléonore (1626–1692), qui ne sont donc pas filles mais petites-filles de roi. Les trois sont traitées dans le même chapitre mais chacune bénéficie d’une sous-partie distincte, ce qui n’était pas le cas pour Anne, Sophie et Elisabeth, mentionnées plus haut.

Le roi Charles X (1622–1654) n’ayant eu qu’un fils unique, le récit passe à la génération suivante et s’attarde durant quatre pages sur Hedvig Sophie (1681–1708), la fille de Charles XI. Le lecteur aguerri remarquera que Charles XI a eu en réalité deux filles, mais Ulrique Éléonore, la benjamine, est seulement mentionnée dans la partie consacrée à sa sœur (« Sept enfants naquirent de cette union, dont trois seulement atteignirent l’âge mûr. Ce furent les princesses Hedwig Sophie et Ulrique Eléonore ainsi que le prince Charles (…) ») (Eugénie, princesse de Suède, 1864a : 39), et elle n’a pas son propre chapitre, sans qu’aucune explication ne soit apportée par l’auteur.

Enfin, Eugénie conclut l’ouvrage par les deux dernières générations de princesses. Sophie Albertine (1753–1829), fille d’Adolphe Frédéric (1710–1771), qui meurt en 1829, connait Oscar Ier enfant, et est encore vivante lorsque naissent les trois frères aînés d’Eugénie. De toutes les princesses réunies dans ce livre, elle est certainement la plus proche, à la fois personnellement et dans le temps, de la famille royale. Il y a certes les trois dernières princesses, les trois filles de Gustave IV (1778–1837), mais ce dernier ayant été chassé du trône et contraint à l’exil, les Bernadotte ne fréquentent pas Sophie Wilhelmine (1801–1865), Amelie Charlotte (1805–1853) et Cécile (1807–1844). Une courte page suffit alors à Eugénie pour aborder cette fratrie.

Toutes les princesses sont donc bien traitées par Eugénie, sauf une seule, et pas des moindre : Ulrique-Éléonore, qui est reine de Suède deux ans, de 1718 à 1720, puis qui cède le trône à son mari, qui devient roi sous le nom de Frédéric Ier.

3.3. Une œuvre difficilement étiquetable

Malgré les indications données par le titre, il n’est pas aisé de définir la catégorie dans laquelle classer cette œuvre. En effet, si le terme de « notices » semble adapté, celui d’« historiques » est bien plus difficile de justifier. Les dates de naissances et de morts, comme nous nous attendrions à les voir figurer dans un livre d’histoire ou dans un dictionnaire, n’apparaissent pas systématiquement, et lorsqu’elles sont mentionnées, ces dates se trouvent dans le corps de (Eugénie, princesse de Suède, 1864a : 24) texte. Il n’y a également aucune référence au contexte historique pour chacune des vies développées. L’exactitude historique ne semble donc pas être l’objectif de l’auteure.

En revanche, nous pouvons constater que le même schéma narratif se répète pour chacune des notices. Elle s’attarde sur des histoires personnelles, et ce, de manière succincte, c’est-à-dire sur quelques pages seulement. La mécanique est celle d’un récit chronologique, suivant toujours le même schéma de la naissance et la vie de famille, puis le mariage, et la mort mais pas systématiquement. Enfin, le propos de l’auteure est méticuleux, cette dernière reconnaissant parfois ne pas avoir d’information sur certains aspects. Elle n’est pas avare en compliments. Catherine Wasa est décrite comme « belle, bonne, vertueuse et raisonnable » (Eugénie, princesse de Suède, 1864a : 7), avec un « caractère tranquille, doux et raisonnable » (Eugénie, princesse de Suède, 1864a : 9) tandis que sa sœur se voit louer sa « beauté remarquable » et est décrite comme « une fille […] charmante et […] aimable » (Eugénie, princesse de Suède, 1864a : 8). Elle vante les mérites de beauté et d’intelligence, tout en se montrant honnête quand il le faut aussi. Catherine, la tante de la reine Christine, est décrite comme « n’étant pas d’une beauté remarquable, mais son extérieur était agréable, plein de douceur et de charme. Elle avait hérité du bon sens de son père ainsi que du caractère humble de sa mère. » (Eugénie, princesse de Suède, 1864a : 22) Il en est de même pour Sigrid de Wasa lorsqu’elle dit : « Elle naquit le 1er décembre 1566 et passa ses premières années auprès de sa mère, dont la beauté remarquable ne lui avait pas été transmise. » (Eugénie, princesse de Suède, 1864a : 18) La princesse qui détonne un peu est Marie Elisabeth, la fille cadette de Charles IX, décrite de manière factuelle mais qui n’en est pas moins brutale :

Cette princesse toujours maladive depuis sa naissance, était bien mal douée de la nature. Etant laide et d’une construction chétive, elle était faible d’esprit et avait même des moments d’idiotisme souvent occasionnés par des attaques de convulsions qui la tourmentaient. (Eugénie, princesse de Suède, 1864a : 24)

Eugénie explique que cela n’entame aucunement l’amour que ses parents lui portaient, et qu’ils « firent tout pour cacher aux yeux du monde ce qui lui manquait physiquement et moralement. » (Eugénie, princesse de Suède, 1864a : 24)

Concernant la catégorie dans laquelle classer l’ouvrage, nous pouvons trouver une ébauche de réponse dans la Revue des questions historiques de 1891 (Beauvois, 1891 : 291). La réédition de 1889 des Princesses de la Suède y est présentée dans la catégorie « histoire personnelle, sous forme de généalogies, de recueils, d’autobiographies ou de notices séparées » et il est précisé qu’il s’agit du genre « le plus cultiv[é] », c’est-à-dire le plus pratiqué. L’ouvrage est cité entre un recueil de portraits, Les Rois de Suède et leur temps (Svenska konungar och deras tidehvarf: Fotografier efter målningar och gravyrer) (Eichhorn 1888) et Matériaux pour l’histoire personnelle de la cour royale pendant le dernier siècle (Svedelius 1888). Les biographies apparaissent comme populaires en Suède cette année-là : deux sont consacrées au grand-père d’Eugénie, Charles XIV Jean et cette même année 1889 un discours commémoratif qui lui est dédié est également publié (Bergen, 1889 : 36).

4. Une œuvre pour quel(s) dessein(s) ?

4.1. Une littérature dédiée à la jeunesse

Le manque de sources concernant le contexte de rédaction, de production et de publication de cet ouvrage nous invite à proposer des hypothèses quant aux motivations de la princesse Eugénie en écrivant ce livre10.

Une note au début de l’ouvrage indique qu’il est dédié à la princesse Louise de Suède (1851–1926), qui n’est autre que la propre nièce de l’auteure. Fille unique du roi Charles XV, Louise devient princesse héritière du Danemark en 1869 en épousant le futur roi danois Frédéric VIII (1843–1912). Lorsque sa tante lui dédie son œuvre, la jeune fille a alors treize ans. Le livre pourrait être appréhendé comme un abrégé d’histoire faisant le récit de dix-huit princesses durant presque 270 ans, adressé à une jeune fille elle-même princesse de Suède. Le ton moralisateur qu’adopte Eugénie dans certaines des notices serait alors une manière de prodiguer des conseils et mises en garde adressés à sa nièce. Toutefois, aucun élément ne nous permet d’affirmer que la jeune fille a eu un jour l’ouvrage entre les mains.

Le tirage en plusieurs exemplaires de l’ouvrage signifie cependant que la princesse Louise n’en serait alors pas la seule lectrice. La démarche d’Eugénie va dans ce sens car elle mentionne, à deux reprises, ses lecteurs. À la page 33, elle parle de « [ses] jeunes lecteurs et lectrices », et à la fin, elle conclut par ces mots : « Voilà, mes jeunes lecteurs et lectrices, notre résumé fini, et ce serait pour vous une vraie satisfaction, si ce petit ouvrage pouvait charmer quelques-unes de vos heures de loisir. » (Eugénie, princesse de Suède, 1864a : 47)

La deuxième question que l’historien peut, et doit se poser, face à cet objet d’étude, est de savoir quel est l’objectif de la princesse Eugénie en écrivant ces notices biographies. Car en effet, lorsqu’elle achève le récit consacré à la reine Christine, elle écrit :

Voilà notre histoire finie concernant la vie de la princesse Christine. Nous comptons revenir plus tard à cette personne royale si fameuse, dans notre résumé de l’histoire des reines de Suède que nous voulons mettre humblement à l’année prochaine aux pieds de nos jeunes lecteurs et lectrices. (Eugénie, princesse de Suède, 1864a : 33)

Elle fait donc référence ici à un ouvrage consacré cette fois-ci aux reines de Suède. Elle en fait à nouveau mention à la page 41 lorsqu’elle écrit sur la princesse Sophie Albertine et qu’elle dit : « Sophie Albertine aima d’un amour passionné le duc Hessenstein (dont nous parlerons plus tard, dans notre résumé de l’histoire des reines suédoises). » (Eugénie, princesse de Suède, 1864a : 41)

Dans ce cas-là, la démarche de la princesse Eugénie serait d’écrire l’histoire des femmes royales.

4.2. Une volonté d’écrire l’histoire des femmes royales

Ces deux citations sont très importantes car elles nous apportent deux informations essentielles pour cette étude. La première concerne la probabilité que la princesse Eugénie ait effectivement consacré un second ouvrage aux reines suédoises. Svenskt biografiskt lexikon11 lui attribue en effet un ouvrage intitulé Drottningarna. Hennes Maj:t Sverges och Norges enkedrottning Josephina ödmjukt och vördnadsfullt tillegnade (Princesse Eugénie 1867). En revanche Libris12 lui donne comme auteur une certaine Arkadia Emilie Björksten (1823–1896), poète finnoise qui signerait elle aussi ses écrits par « E*** ». Svenskt biografiskt lexikon précise que l’ouvrage avait été attribué précédemment et à tort à l’auteure finnoise. Cette thématique des reines, très proche de celle annoncée par Eugénie en 1864, ainsi que le choix des femmes étudiées, avec une proportion importante de Scandinaves (Dagmar, Margarethe de Danemark, Catherine Jagellon, Karin Månsdotter, Christine, Caroline Mathilde, Louise Ulrike, Sophie Madeleine), participent à nous convaincre qu’elle en est bien l’auteure. Cette nouvelle série biographique s’intéresse certes à des figures très variées, mais les choix arbitraires qui ont été faits concernant les objets d’étude semblent bien la désigner. Dans Les princesses de la Suède, elle explique qu’elle parlera plus longuement de Christine dans ce second livre en projet. Cela n’est toutefois pas un argument sûr car elle est une des reines les plus connues et sa présence dans un livre traitant des reines dans l’histoire n’a rien d’étonnant. Il est cependant plus surprenant d’y trouver un chapitre consacré à Sophie Albertine à qui elle dédie un chapitre dans ce nouvel écrit. Enfin, la dédicace à la reine Joséphine (1807–1876), qui n’est autre que la mère de l’auteure, et la présence de la fugace reine Hortense (1783–1837)13, qui est un choix relativement étonnant au regard de sa renommée, mais qui est aussi sa tante paternelle, sont des indices solides.

La démarche de la princesse Eugénie n’est pas un fait nouveau. Henri d’Orléans, duc d’Aumale (1822–1897), et avant-dernier fils du roi français Louis-Philippe a écrit une œuvre dont la démarche s’apparente à celle d’Eugénie. Il publie de nombreux ouvrages, dont une histoire des princes de Condé14. Un parallèle peut être fait sur le thème choisi par ces deux figures royales, qui choisissent pour sujet leurs ancêtres. Cette volonté d’accorder son premier écrit à des princesses suédoises, c’est-à-dire à de jeunes filles qui ont porté le même titre qu’elle et qui présentent de nombreux points communs avec elle, ne peut pas être ignoré. Son ouvrage sur les reines en revanche, nous conduirait davantage à favoriser une envie d’écrire sur l’histoire des figures féminines de la monarchie suédoise et sur l’histoire plus généralement, que seulement sur celles qui l’ont précédées, et qui donc lui ressemblent.

La question principale enfin demeure la question de la langue. Il est en effet plus aisé de trouver des informations sur la version suédoise, malgré tout peu nombreuses, que sur la version française. Nous l’avons vu en introduction, la version suédoise a connu quatre éditions, contrairement à la version française. Malgré le manque d’information concernant les tirages et la diffusion, cette différence notable nous indique toutefois qu’une demande plus importante pour la version suédoise s’est faite entendre. Ainsi, si les lecteurs francophones semblent beaucoup moins nombreux, pourquoi la princesse Eugénie a-t-elle écrit son livre en français ? Tout comme ses parents et ses frères, Eugénie parle plusieurs langues. Suédois et norvégien, par son statut, français car il s’agit de la langue maternelle, ou de l’une des langues maternelles, de ses parents. Elle maîtrise également l’allemand car elle traduit, toujours en 1864, un ouvrage du théologien Magnus Friedrich Roos (Heymowski, 1991 : 154), de l’allemand vers le suédois. Les princesses, malgré les liens entre la dynastie Bernadotte et la France, n’intéresse pas la presse française, dans laquelle nous n’en trouvons qu’une mention, en 1889, dans la nécrologie de son auteure, faite par Le Ménestrel, le 19 mai cette année-là (Le Ménestrel, 1889 : 8). À lire la correspondance privée d’Eugénie avec ses parents et ses frères, le français n’est pas prédominant, surtout après 1844 et la mort de Charles XIV Jean. Son grand-père n’a en effet jamais appris le suédois, et encore moins le norvégien, le français occupait donc une place importante à la cour. Oscar Ier parlant parfaitement suédois, le français n’est pas favorisé dans les échanges entre les différents membres de la famille, comme nous le montre les Bernadotteska Familjearkivet, le climat politique favorisant plutôt l’apprentissage du norvégien au sein de la famille royale15 (Norén Isaksen 2016). Le fait que le livre soit écrit en français puis traduit presque simultanément en suédois exclut la piste d’un évitement traduit par le choix de la langue. La version suédoise, à la fois par ses différentes éditions et par sa diffusion, est en effet par exemple répertoriée par le British Museum dans son catalogue de livres imprimés (British Museum, 1882 : 45), et elle éclipse sans conteste la version originale en français. Il s’agit, avec sa traduction suédoise, du seul livre, ses autres productions prenant la forme de poèmes ou d’article.

Les Princesses de la Suède, publié en 1864, marque le point de départ de l’œuvre littéraire de la princesse Eugénie. Artiste reconnue, se distinguant dans plusieurs domaines, elle ajoute donc cette année-là une nouvelle corde à son arc royal.

Finalement, à travers ce livre, la princesse Eugénie s’inscrit dans une continuité, dans le sillage de jeunes femmes qui, comme elle, furent princesses de Suède ; le point commun est trop évident pour être éludé. Plus largement elle replace ainsi la dynastie Bernadotte dans un principe de légitimité : mise en place par un Français, maréchal de Napoléon, qui lui a donné son nom, nouvelle famille dans une Europe d’anciens monarques, cette jeune dynastie n’a aucun lien de sang avec les princesses présentées dans l’ouvrage d’Eugénie. Se plaçant elle-même à leur suite, c’est toute la dynastie qu’elle entraîne avec elle, les Bernadotte se lient aux Vasa, et elle s’inscrit dans la suite de ces princesses suédoises.

Le manque d’information, imputé notamment au vide historiographique, ne permet pas toujours d’apporter des réponses aux questions soulevées par l’étude de ces Princesses de la Suède. Toutefois ces carences nous permettent d’interroger le fait que nous ayons tant de difficultés à trouver des informations. Princesse artiste, reconnue en tant que sculptrice, musicienne ou encore peintre, sa présence dans des ouvrages consacrés aux auteurs qui lui sont contemporains nous montre bien la légitimité qui lui était accordée (Meijer, 1886 : 126 ; Leijonhufvud é Brithelli, 1893 : 68). En effet, tandis que la description inscrite pour son frère Oscar II dans l’ouvrage de Margareta et Hans Östman est plus développé, « il s’intéressa aux arts, écrivit dans plusieurs langues et traduisit, entre autres la Fontaine et Victor Hugo » (Östman & Östman, 2008 : 59), il est laconiquement indiqué pour Eugénie « Talent artistique ». Au champ d’Apollon (Östman & Östman 2008) est un ouvrage contemporain, dont la description du « CV »16, comme cela est indiqué par les auteurs, traduit la difficulté de définir ce qu’est cette princesse.

Nous pourrions finalement interpréter la situation de la princesse Eugénie comme celle d’une jeune femme dont l’activité d’écrivaine est marginalisée, et dont on valorise plus volontiers les talents de sculptrice ou de musicienne. Son statut pourrait expliquer cette omission, qui ferait que la société attendrait davantage qu’elle peigne plutôt qu’elle n’écrive. Cela expliquerait ainsi l’ombre dans laquelle demeurait jusqu’ici ses Notices biographiques et historiques. Eugénie fait donc, sans nulle doute, partie de ces figures féminines littéraires, répertoriées dans le cadre de la conférence « La langue française des écrivaines suédoises. Langue, réception et imaginaire », dont l’étude de l’œuvre ne fait que commencer.

Notes

1Texte original : « utfört, enkelt och kortfattat ». Traduit du suédois pour cet article. 

2Une la même année, puis une en 1871 et la dernière donc en 1889. Leijonhufvud S. et Brithelli S. (1893) : 68. 

3L’organisation existe toujours, sous le nom de Djurens Rätt : https://www.djurensratt.se. 

4Trumpetare, v. 1868–1899, parian, 30 cm, Nationalmuseet, Stockholm, NMGu 20314. 

5Figurin «Våren”, v. 1872–1924, parian, Nationalmuseet, Stockholm, NMGu 20286. 

6D’après nos recherches, cela correspondrait, contrairement à ce qui est mentionné, à l’édition du 17 mars 1832. Disponible sur le site de la Kungliga Bibliotek : https://tidningar.kb.se/2625144/1832-03-17/edition/158144/part/1/page/1/?newspaper= CORRESPONDENTEN&from=1832-01-01&to=1832-12-31, p. 366. 

7Nous pouvons traduire folkskolor par écoles d’enseignement élémentaire. 

8« Om Folkskolor », Post-och Inrikes Tidningar, 1839–02–15. Disponible sur le site de la Kungliga Bibliotek : https://tidningar.kb.se/8206782/1839-02-15/edition/144010/part/1/page/1/?newspaper=POST-%20OCH%20INRIKES%20TIDNINGAR&from=1839-02-15&to=1839-02-15. 

9Nous gardons ici l’orthographe originale des noms tels qu’ils sont mentionnés dans l’ouvrage. 

10La maison d’édition de l’ouvrage, Albert Bonniers förlag, a été contactée à plusieurs reprises afin de recueillir des informations jusqu’ici ignorées, à propos de cette publication. Nos demandes concernent principalement le contrat, s’il en existe un, entre la princesse et elle, ainsi que le nombre d’ouvrages imprimés, en français et en suédois. Nous sommes à l’heure actuelle sans information supplémentaire. 

11Encyclopédie qui existe sous format papier et numérique gratuitement. Depuis 2009 elle fait partie des Riksarkivet, c’est-à-dire des archives nationales suédoises. La rédaction des notices est faite par des spécialistes des champs traités. 

12Base de données bibliographique gérée par la Kungliga biblioteket (la Bibliothèque royale). 

13Hortense de Beauharnais (1783–1837) est la fille de Joséphine de Beauharnais, et donc la belle-fille de Napoléon Ier. Par son mariage avec le frère de ce dernier, elle devient reine de Hollande. Elle est également la mère de Napoléon III, et la tante par alliance d’Oscar Ier. 

14M. le duc d’Aumale, Histoire des princes de Condé, pendant les XVIe et XVIIe siècles, 7 volumes 1885–1896, Paris, Calmann Lévy Éditeur. 

15Suite à l’union avec la Norvège en 1814, la famille royale, c’est-à-dire Charles XIV Jean puis Oscar Ier prennent soin d’intégrer le norvégien dans l’apprentissage des enfants royaux. 

16Il s’agit du terme utilisé dans l’ouvrage pour désigner la courte présentation pour chaque auteur. Ainsi, pour la prince Eugénie, il est indiqué « Princesse de Suède et de Norvège. Talent artistique. » tandis que pour Oscar II il est écrit « Roi de Suède et de Norvège à partir de 1873. Il s’intéressa aux arts, écrivit dans plusieurs langues et traduisit, entre autres, La Fontaine et Victor Hugo. ». 

Déclaration de conflit d’intérêts

L’auteur n’a aucun intérêt concurrentiel à déclarer.

Références


    Sources

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    3. British Museum. (1882). British Museum Catalogue – Printed Books STE-STO. W. Clowes & Sons prtsrs. 

    4. Dardel, F. von. (1911). Minnen. Tredje delen 1866–1870. Stockholm : P.A. Norstedt. 

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    CD

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    2. Various artists. (2011). Musik av Princessan Eugénie. Musicbase, 00 :32 :57 min. 

    3. Atanasovska-Ivanovska, E., Jovanovic, L. et Staffansson, B. (2020). Music by Members of the Royal Dynasty Bernadotte. In: Sweden, DUX, 01:05:00 min.