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Research

L’imaginaire du Nord est-il genré ? Regard statistique, lieux communs, figures et représentations

Author:

Daniel Chartier

Professeur titulaire à l’Université du Québec à Montréal et directeur du Laboratoire international de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique, CA
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Abstract

In this article, the author asks the question: “Is the imagined North gendered?”. From a statistical analysis of the proportion of women among writers in Northern cultures (understood here as a circumpolar whole, and not strictly European) and from a statistical sketch from a body of works that form the imagined North, then taking into account recent studies, in particular those of Heidi Hansson, Amélie Nadeau and Renée Hulan who study the relationship to the northern territory from the women’s perspective, as well as some of the components of the imaginary of the North, he proposes a typology of the stereotypical figures of women in the works of this imaginary, while examining reversal movements, especially contemporary ones. He concludes that the North, despite some advances in our time, is governed by the rules of a system of representation oriented towards the enhancement of the male hero, a perspective that must therefore be taken into account in the analysis of the works that form the images of the North and Arctic.

 

Résumé

Dans cet article, l’auteur pose la question : « L’imaginaire du Nord est-il genré ? » À partir d’une analyse statistique de la proportion des femmes parmi les écrivains des cultures nordiques (comprises ici comme un tout circumpolaire, et non strictement européen) et d’une esquisse statistique à partir d’un corpus d’œuvres qui forment l’imaginaire du Nord, puis en prenant en compte les études récentes, notamment celles de Heidi Hansson, d’Amélie Nadeau et de Renée Hulan qui étudient le rapport au territoire nordique dans la perspective féminine, ainsi que certaines des composantes de l’imaginaire du Nord, il propose une typologie des figures stéréotypées de la femme dans les œuvres de cet imaginaire, tout en examinant des mouvements de renversement, surtout contemporains. Il conclut que le Nord, malgré quelques avancées de notre époque est régi selon les règles d’un système de représentation tourné vers la valorisation du héros masculin, une perspective qui doit donc être pris en compte dans l’analyse des œuvres qui forment l’imaginaire du Nord et de l’Arctique.

 

Mots-clefs : Imaginaire du Nord; genre sexué; littérature; pays nordiques; Québec; France

How to Cite: Chartier, D. (2022). L’imaginaire du Nord est-il genré ? Regard statistique, lieux communs, figures et représentations. Nordic Journal of Francophone Studies/ Revue Nordique Des Études Francophones, 5(1), 47–60. DOI: http://doi.org/10.16993/rnef.77
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  Published on 16 Sep 2022
 Accepted on 30 Aug 2022            Submitted on 08 Mar 2022

Introduction et objectifs

L’imaginaire du Nord serait-il genré ?1 La question de la présence et du rôle des femmes dans l’imaginaire du Nord et de l’Arctique soulève des questions intéressantes et parfois contradictoires. D’abord, l’aspect genré des éléments — ou « mythèmes » pour reprendre la manière dont Thomas Mohnike les nomme — de l’imaginaire du Nord, qui avait l’objet d’une première étude en 2008 (dont je reprendrai les conclusions ci-dessous ; Chartier 2008), ne fait aucun doute : derrière le froid, la glace, l’iceberg et le gel se dévoilent des lieux communs qui renvoient aux rôles traditionnels de l’homme et de la femme et à leurs valeurs, ce qui bien sûr teinte les récits littéraires d’une dimension genrée qui a son importance. Ensuite, pour la part des sociétés nordiques de cet imaginaire, la question sociale et culturelle de la place des femmes renvoie au symbole historique lié à la Scandinavie depuis maintenant plus d’un siècle, qui est perçu dans le monde occidental à la fois comme un lieu de percée de l’égalité homme-femme et un modèle pour les autres sociétés. Aussi, comme l’ont montré les travaux de Heidi Hansson2 sur les récits de voyage écrits par des femmes vers l’Arctique, il y a très certainement une accentuation de la rareté de la figure de la femme et des voix littéraires féminines à mesure que l’on passe du « Nord » au « Nord du Nord », pour reprendre l’expression utilisée par Annie Bourguignon et Konrad Herrer (2019), soit vers l’Arctique, puis les Pôles. Il existerait donc une sorte de « déféminisation » du Nord à mesure que l’on monte, ce qui a des conséquences sur la simplification de cet imaginaire et sur l’émergence à la fois de figures masculinisées et de stéréotypes, tel celui de l’« hystérie arctique » qui dévalue la parole féminine, et qu’étudie Riikka Rossi pour la Finlande. Enfin, la véritable place des autrices dans l’institution littéraire des cultures du Nord, d’un point de vue démographique, s’insère dans des recherches plus générales sur l’équité du monde de l’édition, de l’histoire de la littérature et de son enseignement, qui touchent tous les pays et dans lesquelles recherches nous pouvons comparer la place véritable des pays nordiques. Ainsi, la question de la présence des femmes soulève de nombreux enjeux, symboliques, esthétiques, politiques et démographiques : tout cela précède l’étude même de l’apport des œuvres écrites par des femmes comme contribution, parfois renversement, dans tous les cas comme discours que l’on peut étudier de manière spécifique pour « recomplexifier », comme je le proposais, ce monde simplifié qu’est l’imaginaire du Nord et de l’Arctique.

Orientations méthodologiques et état de la question

D’un point de vue méthodologique, les notes de recherche de cet article — qui demeurent partielles et appellent à des analyses plus systémiques — contribuent à une programmation de recherche collective plus vaste, qui vise à étudier les composantes du système de signes de l’imaginaire du Nord, entreprise depuis 2003 par une classification des figures, lieux communs, mythèmes, schémas narratifs du monde froid, qui a permis l’étude des grands signes du Nord (le froid, la noirceur, la forêt, etc.) et aussi, jusqu’à aujourd’hui la compilation en une base de données de 36 000 œuvres et études littéraires écrites par des autrices et auteurs des cultures nordiques3 (comprises comme un tout circumpolaire) ou d’autrices et d’auteurs de l’extérieur du monde nordique, mais qui ont pour sujet le Nord et l’Arctique. Dans cet immense corpus, toutefois bien sûr à jamais incomplet, qui comprend également 15 000 extraits d’œuvres et 34 400 illustrations, nous avons analysé les lignes de force de ce discours spécifique, comme partie prenante d’un système de signes composé de l’ensemble des discours qui forment « l’imaginaire du Nord »4. Le « Nord » de cette recherche et de cet article doit donc être compris comme « circompolaire » et non strictement nordique européen, et inclut donc l’ensemble des cultures du monde froid. Pour les fins de l’étude genrée de cet imaginaire, nous avons aussi comparé les cas des deux principales littératures francophones : la française et la québécoise, cette dernière jouant le rôle de pivot, puisqu’elle appartient tant à l’espace de langue française qu’à celui, nordique, des cultures circumpolaires.

Nous nous appuyons ainsi sur le concept de « Nord » comme espace complexe et pluriculturel, souvent simplifié dans les représentations, composé de réalités physiques, culturelles et sémiologiques, lourdement défini et marqué par les discours extérieurs, défini selon des méthodologies qui appellent l’invention de néologismes : « septentrionisme »5, « arcticism »6, « idea of North »7, « boréalisme »8, « imaginaire du Nord »9, « nordicité »10 et bien d’autres. Ces perspectives permettent un point de vue varié et riche11 pour comprendre la subtile interaction entre le rapport interne et externe de perception du Nord, mais aussi pour renverser, par une « recomplexification » culturelle, la simplification historique de ces représentations. Ce processus nécessite une analyse des composantes, des signes, des mythèmes, du chromatisme, des schémas narratifs, bref des vecteurs qui composent ce vaste système de signes qu’est l’imaginaire du Nord, signes inter-reliés et souvent, issus de traditions culturelles anciennes et variées. Cela inclut bien sûr la place, le rôle, la représentation des femmes, ainsi que l’aspect genré de ce système de signes, où les tensions de pouvoir s’exercent notamment par le biais de la littérature.

Nous avons peu d’outils pour vérifier la nature genrée de l’imaginaire du Nord, mais nous pouvons à tout le moins déblayer le terrain par les sources qui nous sont accessibles : (a) en interrogeant d’abord, d’un point de vue statistique, la place des femmes parmi les auteurs des cultures nordiques, et donc la part d’énonciation par des femmes de leur propre point de vue du Nord ; puis en vérifiant, à partir justement de la base de données des œuvres circumpolaires, la place qui revient aux autrices cette fois non dans l’énonciation des cultures nordiques, mais cette fois dans la construction d’un imaginaire du Nord et de l’Arctique. (b) Ensuite, en examinant à partir des études existantes les composantes des figures, éléments et personnages, souvent stéréotypées, du Nord, et en tentant une esquisse de typologie de ces représentations.

Considérations statistiques

Un vaste programme d’analyse statistique et numérique permettrait d’avoir une idée juste de la proportion d’autrices qui écrivent sur le Nord, que l’on pourrait par la suite nuancer selon qu’il s’agisse de récits qui se passent dans le Nord européen, le « Nord du Nord » ou dans l’Arctique. On pourrait aussi examiner par les faits l’hypothèse selon laquelle le monde scandinave serait un espace d’égalité d’expression littéraire entre les hommes et les femmes. À l’inverse, un tel examen numérique pourrait aussi se pencher sur les corpus et les personnages qu’on y retrouve, et vérifier, de manière comparée, le nombre de personnages féminins, leur rôle dans le récit, à mesure que les récits « montent » vers le Nord, et selon l’appartenance culturelle et linguistique des auteurs, qu’on pourrait ensuite comparer à d’autres corpus hors de l’espace circumpolaire, ainsi qu’à des œuvres qui ne se déroulent pas dans le Nord. Il ne faut pas mésestimer, y compris en études littéraires, les possibilités ainsi offertes par ce que nous pouvons appeler une « sociologie numérique de la littérature », qui permettrait d’avoir un portrait juste de la place des autrices qui participent à la construction de l’imaginaire du Nord, ainsi que de la part des personnages féminins dans les récits qui forment cet imaginaire. Toutefois, malgré quelques travaux en cette direction12, faute est de constater qu’aujourd’hui ce tableau général nous manque.

Nous avons tout de même à notre disposition quelques indicateurs qui nous fournissent des bribes d’information en ce sens : d’abord, les statistiques de la proportion du nombre de femmes et d’hommes parmi les auteurs (du moins, pour la Suède, la Norvège et l’Islande d’une part ; pour le Québec et la France de l’autre) qui donne idée du degré d’équité littéraire genrée selon les cultures ; ensuite, la base de données du Laboratoire international de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique, qui permet aussi de valider certaines hypothèses, cette fois du côté des œuvres qui portent sur l’imaginaire du Nord. Cultures du Nord d’un côté, qui produisent des œuvres ; Imaginaire du Nord de l’autre, résultat d’une accumulation d’œuvres qui portent sur le Nord, écrites par des auteurs de toutes les cultures : cela correspond en gros aux discours internes et externes que j’avais proposé d’étudier pour comprendre le Nord imaginaire, ou en d’autres termes, aux cultures nordiques d’un côté et aux représentations du Nord, de l’autre.

Proportion de femmes parmi les écrivains

Comparer la proportion de femmes parmi les écrivains d’une culture n’est pas simple, mais cela en vaut la peine. En général en langue française, on juge historiquement que les femmes représentent entre un quart et un tiers des écrivains, dans tous les cas que leur proportion n’atteint ni l’égalité (50 %), ni même la zone de parité (40 %)13. Est-ce juste ? Voyons la situation, à partir des études parcellaires sur cette question, à la fois en France et au Québec — ce dernier servant de lien entre le monde francophone et nordique, étant les deux à la fois —, puis dans les pays nordiques.

En France

Pour la France, une étude pionnière14 en bibliothéconomie de 1975 sur « La place de la femme auteur dans la production de livres en France aujourd’hui » permet de poser les premiers jalons de l’équité des genres dans ce pays. Ses auteurs remontent à 1962, qu’ils comparent à 1974 : leurs conclusions ne démontrent aucune évolution durant cette décennie, la part des livres écrits par des femmes dans l’ensemble de la production française oscillant alors entre 9,51 % (1962) et 9,53 % (1974) (Faure, Mulette & Perrat, 1975 : 6). Cependant, ces chiffres masquent les disparités entre les genres littéraires, puisque la présence des femmes, presque négligeable pour les essais, atteint alors une plus grande proportion dans le roman (31 % en 1962, 25 % en 1974) et la littérature pour la jeunesse (12 % en 1962, 11 % en 1974) (Faure, Mulette & Perrat, 1975 : 8), encore une fois sans évolution en faveur de l’équité.

Un article de Pierre Lepage, publié dans le journal Le Monde en 1988, établissait pour la rentrée littéraire française de cette époque un portrait sociologique du monde du livre : il constatait qu’il s’agissait d’une personne de sexe masculin (75 %), habitant Paris (58 %), ayant atteint la quarantaine, exerçant un métier intellectuel : professeur (20 %), journaliste (28 %), dans l’édition (10 %) ; écrivain professionnel (18 %) ; cet écrivain est célibataire (40 %), sans enfant (28 %) ou avec un enfant (42 %). Ce relevé statistique artisanal n’est pas inintéressant, et permet de confirmer une évolution, mais aussi le fait que les femmes sont alors encore largement sous-représentées dans la rentrée littéraire de 1988 en France.

Une étude pour la période contemporaine15, du Centre national du livre (CNL) et du Service du livre et de la culture du Ministère de la Culture et de la Communication, basée sur les données de 2015, permet de constater une évolution par rapport aux années 1960, mais sans atteinte de l’égalité : pour cette année, 36,5 % des auteurs sont alors des femmes en France. Toutefois, elles sont désormais devenues majoritaire dans la littérature pour la jeunesse (60,8 %)16 et ont gagné quelques places dans le roman (43,3 %)17. Dans les autres genres, leur place est moins importante.

Enfin, une analyse numérique (Glorieux, 2017) des données de la Bibliothèque nationale de France de 2015 pose un regard critique sur les conclusions que l’ont peut tirer de telles données à partir des catalogues de bibliothèques ou des enquêtes statistiques, puisque toutes les œuvres ne sont pas prises en compte ; que le sexe des auteurs n’est pas toujours connu ; qu’il est difficile de distinguer la nationalité de la langue de publication, enfin parce que certaines périodes de l’histoire de France ont vu une hausse de la proportion18 des œuvres écrites par des femmes, mais en raison du délaissement du champ littéraire par les hommes. Quoi qu’il en soit, cette étude prend en compte un corpus considérable de 1,7 millions de fiches personnes et conclut que, parmi les notices pour lesquelles on peut établir le sexe de l’auteur, « 27 % sont des femmes, proportion surtout influencée par la masse des auteurs vivants » (Glorieux 2017) (ce qui suppose une évolution en faveur de l’égalité dans la période contemporaine).

Au Québec

Une étude menée par Rosaire Garon (1986) du Ministère des Affaires culturelles du Québec en 2006, déterminait que la proportion des femmes n’était alors que de 37 % au Québec. Garon constatait que c’était alors aussi le cas pour d’autres cultures occidentales : « Cette sous-représentation féminine n›est pas particulière au Québec : elle est confirmée par plusieurs enquêtes, tant au Canada qu’en France et aux États-Unis. » (1986 : 2) Une étude plus récente et portant sur le milieu littéraire du Québec estimait que, au cours de l’année 2006, 45 % des écrivains sont des femmes au Québec19. Cs deux études permettent de voir une hausse de la présence des femmes : de 37 % en 1986 à 45 % vingt ans plus tard.

Cette évolution doit cependant être mise en perspective plus large. Ainsi, selon une recherche menée par Charlotte Comtois sous la direction d’Isabelle Boisclair pour le compte de l’Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ), publiée en 2019 sous le titre Quelle place pour les femmes dans le champ littéraire et dans le monde du livre au Québec ?, on ne peut pas se fier au seul nombre de femmes parmi les auteurs pour comprendre le rôle de ces dernières dans l’ensemble de l’institution littéraire. L’autrice constate que la proportion de femmes parmi les membres de l’UNEQ est passée de 40 % à la fin des années 1990 à 48 % en 2008, puis à 57 % en 2019 (Comtois, 2019 : 5). Pourtant, Comtois constate que ce chiffre est trompeur, puisqu’il faudrait également considérer d’autres indicateurs du champ littéraire pour conclure à l’égalité des hommes et des femmes en littérature. Elle mesure ainsi non seulement la proportion des femmes parmi les auteurs, mais aussi celles parmi les textes soumis aux éditeurs, les textes publiés, la production globale de livre, les bourses reçues de la part des conseils des arts, le montant global des bourses obtenues, les prix littéraires obtenus, la réception critique, les recenseurs, ainsi que le sexe des auteurs des articles écrits dans les périodiques sur les œuvres écrites par des femmes20. L’ensemble de ces statistiques permet d’obtenir un tableau nuancé, qui démontre l’égalité pour certains aspects (par exemple, le montant global des bourses attribuées par les conseils des arts), mais des déséquilibres dans d’autres (par exemple, la réception critique des œuvres écrites par des femmes).

Dans les pays nordiques

Une correspondance avec les associations d’autrices et d’auteurs des pays nordiques a permis d’obtenir d’autres éléments de comparaison pour la période contemporaine, et qui remontent parfois dans le temps : cela permet à tout de moins de vérifier si l’image d’égalité de la Scandinavie se reflète dans les statistiques, du point de vue littéraire. Ainsi l’Association des écrivains suédois (Sveriges Författarförbund) nous écrivait le 12 janvier 2022 que 55 % de leurs membres étaient des femmes ; des statistiques pluriannuelles n’étaient pas disponible, mais on précisait : « Dans les dernières années, la proportion des femmes a augmenté. »21. Du côté de la Norvège, l’Association norvégienne des écrivains (Den norske Forfatterforening) nous écrivait le 6 janvier 2022 que 42 % de leurs membres étaient des femmes, sans indication de l’évolution dans le temps22. L’association des écrivains du Danemark (Dansk Forfatterforening) n’a pas donné suite à notre requête. Enfin, l’Association des écrivains islandais (Rithöfundasamband islands) nous a répondu avec un portrait statistique beaucoup plus précis, puisqu’elle avait des chiffres depuis le début de la fondation de l’association, en 1974. La proportion de femmes parmi leurs membres a été en hausse constante depuis 50 ans : de 11 % en 1974 ; 32 % en 1996 ; 36 % en 2006 ; 42 % en 2016 et finalement, 46 % en 202123.

Cette évolution statistique, comme nous l’avons constaté dans le cas de la France et du Québec, ne doit pas masquer la persistance d’une différence de traitement entre les hommes et les femmes dans la société en général, y compris dans les pays nordiques, ce qui finit aussi par se refléter chez les auteurs et dans la littérature. Une étude danoise en humanités numériques, relatée dans un article intitulé « Dans la littérature, “les femmes sont belles et les hommes rationnels”, conclut une étude danoise » (G. 2019), qui portait sur un immense corpus de 3,5 millions de livres comprenant 11 milliards de mots, illustre assez bien la présence et la continuité de lieux communs dans les œuvres littéraires.

Proportion actuelle de femmes parmi les écrivains selon les cultures.


Suède (2021) 55 %

Norvège (2021) 42 %

Islande (2021) 46 %

France (2015) 43 %

Québec (2019) 59 %

Bien que les chiffres soient parcellaires et les comparaisons hasardeuses, ils permettent tout de même de suggérer que la proportion du nombre de femmes parmi les écrivains est généralement inférieure à celle des hommes, mais que cette proportion tend, tant dans les pays nordiques, en France et au Québec, à augmenter dans le temps. Enfin, toutes ces cultures ont atteint la zone de parité (40 %) et même, dans le cas de la Suède et du Québec, dépassé le seuil d’égalité (50 %). On ne constate pas de différence signifiante entre les pays nordiques et les cultures francophones.

Proportion de femmes dans les œuvres de l’imaginaire du Nord

Lorsqu’il est question d’imaginaire du Nord et de l’Arctique, plusieurs questions et définitions se bousculent pour définir les frontières du corpus et les critères pour en déterminer l’appartenance. Aussi, ce n’est pas parce qu’un auteur est « nordique » qu’il (ou elle) situe nécessairement ses œuvres dans le registre sémiotique de l’imaginaire du monde froid. Aussi, les chiffres que nous avons présenté dans la partie précédente donnent le contexte général des cultures du Nord (y compris celle du Québec) en comparaison avec la France, mais ne permettent pas d’évaluer le rôle spécifique des femmes dans la construction d’un imaginaire du Nord. S’agit-il, du point de vue cette fois des œuvres et non plus des auteurs, un système de signes genré ?

En interrogeant la base de données BIRHNA du Laboratoire international de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique, nous pouvons avoir une idée de la proportion de femmes parmi les œuvres qui forment l’imaginaire du Nord, écrites par des auteurs qui proviennent des cultures nordiques bien sûr, mais aussi (et à certaines époques de manière majoritaire) des autres littératures (nommément, française, anglaise et allemande). Nous inversons ainsi le point de vue par rapport à l’enquête démographique de la partie précédente, en posant la question suivante : qui écrit cet imaginaire du Nord ?

Si l’on considère l’ensemble des œuvres inscrites (qui comprend des essais et articles), la proportion des textes écrits par des femmes atteint 25,6 %. Ce chiffre cache toutefois des variations importantes, notamment une évolution temporelle : si on ne considère que les documents publiés après 1900, la proportion monte à 27,2 % ; après 1950, à 29,4 % et enfin, après 2000, à 37,5 %. Il y a donc, de manière générale, de plus en plus de femmes qui écrivent des œuvres qui construisent et étudient l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique à mesure que l’on avance dans le temps, mais même pour la période contemporaine, leur proportion est sous le seuil de parité. Nous pouvons donc conclure, déjà avec ces données générales, que l’imaginaire du Nord est en effet pensé d’abord et encore d’un point de vue masculin. Bien sûr, tout n’est pas présent dans cette base, mais l’ampleur de celle-ci permet tout de même d’avoir une idée globale de la situation.

Un examen des types de documents ou des genres littéraires dévoile aussi des variations, qu’il faudrait interpréter par une analyse des œuvres et un affinage des données numériques : on peut dire que les femmes sont à peu près absentes (12,7 %) dans l’écriture des relations (récits de voyage, biographies, etc.) : peut-être s’agit-il d’un genre plus ancien, peut-être s’agit-il plutôt d’un point névralgique de la construction de l’éthos du héros nordique masculin. Quoiqu’il en soit, cela ouvre la porte à une analyse plus fine. Dans les romans et en poésie, la proportion des femmes est plus élevée : respectivement de 28,9 % et de 28,7 %, mais encore une fois relativement faible. Du côté de l’étude de l’imaginaire du Nord, 26,2 % des articles (critiques, analyses, etc.) ont été écrits par des femmes et seulement 20,1 % des essais littéraires.

Ces chiffres sont à prendre avec nuance : la base de données n’est pas exhaustive, les proportions ne tiennent compte que des textes pour lesquels nous savons le sexe de l’auteur, etc. etc. La tendance est cependant suffisamment lourde pour ne pas empêcher de conclure que cet imaginaire du Nord est d’abord et avant tout écrit par des hommes, même aujourd’hui, et que ce sont aussi majoritairement des hommes qui écrivent à son propos.

Figures, personnages et typologie des représentations

L’imaginaire du Nord est un système de signes : un ensemble « vivant », toujours changeant, qui se métamorphose selon les nouvelles œuvres qui sont produites, reçues et consacrées — à la manière de l’institution littéraire elle-même — un système influencé par des courants idéologiques, esthétiques, formels, mais qui demeure dans le temps dans une certaine constance. Comme tout système de signes, il peut être décomposé en éléments — ou « mythèmes » —, figures, lieux communs, schémas narratifs, couleurs, etc. Pensons par exemple à la neige, à la glace, au froid, à l’éloignement, à la solidarité, aux ressources, à la forêt, au gel, à la couleur blanche, à l’alcool, aux phénomènes lumineux (comme les aurores boréales), au rapport différencié à la loi, à la paix, au silence, et bien d’autres. Pour chacun de ces éléments, nous pourrions lancer un chantier de recherche, ce qui a été fait pour certains d’entre eux (le froid, la forêt, la noirceur, etc.) pour ainsi dégager l’imaginaire du froid, l’imaginaire de la forêt nordique, l’imaginaire de la noirceur nordique, etc. Chaque étude de ces composantes du système de signe permet de mieux comprendre le tout, et on peut ainsi le « recomplexifier » selon les époques, les cultures, les genres littéraires… et très certainement selon une perspective genrée, comme nous le démontrent les études en ce sens.

Les composantes sémiotiques genrées de l’imaginaire du Nord

Dans une étude parue en anglais en 2008, je tentais de voir, à partir d’un corpus large d’œuvres romanesques et poétiques liées à l’imaginaire du Nord, y compris des textes écrits en français, si le territoire circumpolaire et certaines de ces caractéristiques seraient ainsi sexuellement déterminés et renverraient à une opposition binaire entre des paradigmes stéréotypés masculin et féminin, mais également dans certains cas à des oppositions stéréotypées et rudimentaires concernant la femme (maternelle ou hystérique). Certaines études antérieures suggéraient que tout le système discursif du Nord et de l’Arctique puisse être sexuellement qualifié de « gendered »24; en faisant porter notre regard non sur l’ensemble, mais sur les caractéristiques et les éléments qui composent et façonnent ce système discursif, nous constatons, à l’instar de Heidi Hansson, que nous avons affaire à un système de signes lourdement sexué, et que les combinaisons entre ses éléments laissent de larges zones d’ambiguïté sexuelle.

Sans revenir sur l’ensemble des résultats de cette analyse, retenons que pour chacun des signes étudiés de l’imaginaire du Nord, une dimension genrée, souvent même anthropomorphisée, permettait de rattacher à l’iceberg (« masculinité nordique »), à la glace (« un traître guerrier »), au gel (« un dieu chasseur ») et à la neige (« douce et hystérique ») des caractéristiques propres, qui les inscrivaient à la fois dans le registre nordique d’une personnification des éléments inertes et dans celui d’un système de signes à valeur genrée qui ne soit pas neutre. Des études semblables sur d’autres composantes de cet imaginaire seraient bien sûr les bienvenues, en ce sens qu’elles permettraient de confirmer, d’infirmer ou de nuancer ces conclusions.

Femmes invisibilisées sur un territoire nordique féminisé

Faisant écho à de nombreux autres analystes, qui avaient constaté la même tendance dans des corpus plurinationaux qui portent sur le Nord et l’Arctique, Sherrill E. Grace écrit dans son essai sur la littérature canadienne-anglaise, Canada and the Idea of North, paru en 2001, que la représentation de la figure des femmes dans les œuvres littéraires qui se déroulent dans le Nord pose problème, à tel point que leur présence dans les récits n’apparaît jamais entièrement normale et qu’elle semble même en certaines occasions, saugrenue. Cette invisibilité des personnages féminins accompagne dans les mêmes œuvres une autre grande absence du Nord canadien, du moins jusqu’à récemment, alors que des œuvres écrites par des Autochtones commencent à émerger et à renverser le discours traditionnel sur l’Arctique, soit l’absence des personnages des Premières Nations et des Inuits. Grace écrit :

Two general groups of human beings are either excluded from or at least marginalized by this discourse [celui qui porte sur le Nord canadien dans la littérature Canadienne de langue anglaise] – First Nations peoples, who have been living in the North (and norths) for thousands of years, and the women who have been here all this time, who frequently helped white explorers, or who came with Euro-Canadian men to prospect, farm, settle, and so on. (Grace, 2001 : 73)

Grace remarque cependant que cette absence dans les représentations littéraires ne signifie pas pourtant que les femmes et les personnages autochtones aient été absents de ces territoires, bien au contraire : dès la fondation du pays, les femmes étaient les alliées des explorateurs, des colons, des fermiers venus de partout dans le monde vers le Canada nordique ; quant aux peuples premiers leur présence millénaire dans les Amériques a longtemps été minorée : femmes et Autochtones ne sont ainsi donc pas absents, mais invisibles ou même invisibilisés dans la littérature par les auteurs.

Grace constate par ailleurs que, si les personnages de femmes (ou d’Autochtones) sont imperceptibles dans les récits qu’elle étudie, en revanche le contexte féminin du Nord et de l’Arctique s’y manifeste tout de même et d’une autre manière. C’est ainsi bien souvent par la représentation du territoire, dans ces récits féminisé, stéréotypé et décrit selon les paramètres du lieu commun d’une étendue vierge que le héros, viril, doit conquérir. Grace écrit : « the North has been constructed and represented as a feminized space in which to test white male identity, virility, and competence. » (Grace, 2001 : 73) Ainsi, la présence féminine dans l’espace nordique exclurait les personnages féminins (sauf pour les exceptions, nous y viendront) au profit d’une instrumentalisation du territoire féminisé, servant pour l’essentiel à valoriser la conquête héroïque du héros masculin. Des contre-exemples existent cependant, comme le remarque le Norvégien Henning Howlid Wærp dans son essai sur L’Arctique de la littérature norvégienne (2021) : Wærp découvre chez l’écrivain états-unien Bayard Taylor un Nord frustre, dangereux et demandant, ce qui le rapproche plutôt d’une figure stéréotypée de l’homme, et ce qui finit aussi par poser problèmes aux personnages masculins des récits et à leur éthos héroïque. Cependant, l’exemple de Taylor, plutôt que de contredire l’analyse de Grace, confirme que le territoire nordique n’est masculin que dans quelques œuvres romanesques, qui confirment la tendance générale d’une féminisation du territoire et d’une représentation faible (ou problématique) de la figure de la femme.

Figures stéréotypées de la femme dans le Nord, et renversements

L’aspect genré de l’imaginaire du Nord se dévoile dans une série de stéréotypes (ou de lieux communs, au sens où l’a défini Ruth Amossy [1991 et 1997)]) qui prennent notamment forme dans différentes figures du personnage féminin, dont on peut tenter de dresser une typologie. Cette dernière ne vise pas à donner les clés d’une grammaire du Nord imaginé, bien au contraire, mais plutôt à permettre de poser un regard critique sur certaines figures récurrentes, qui confirment les propositions mises de l’avant par Grace et Hansson, à l’effet que le Nord, surtout à mesure qu’on monte vers l’Arctique, est régi selon les règles d’un système de représentation tourné vers la valorisation du héros masculin. En fonction de cet usage, le personnage féminin a principalement pour rôle de singulariser positivement le personnage de l’homme. On peut se poser la question, à tel point cette figure est parfois réduite : dans ces récits, est-ce que le personnage de la femme joue le rôle de sujet ou une simple fonction de valorisation ?

Un sujet exceptionnel, dangeureux et à maîtriser

Le premier lieu commun de la figure du personnage féminin que l’on retrouve dans le corpus de l’imaginaire du Nord25 est celui d’une figure de l’exception (séductrice ou dangereuse), façonnée non comme sujet autonome, mais en fonction de son rapport avec les hommes. Ainsi, certaines figures serviraient à attiser le désir de domination des hommes. C’est évidemment le cas des prostituées dans les récits du Nord-Ouest américain (notamment ceux de la ruée vers l’or) ou même ceux des « impératrices » du Nord dans les romans utopiques, pensons ici au roman d’Alexandre Huot, L’impératrice de l’Ungava (2012) dans lequel le héros masculin ingénieur découvre la puissance d’une impératrice nordique et n’a de désir que de s’unir à elle.

D’un point de vue symbolique, la femme du Nord représente parfois la mort, comme dans les nombreuses itérations de la figure de la Dame et de la Sorcière blanches, dont la plus connue serait celle des Chroniques de Narnia26. Selon Amélie Nadeau, ce type de personnage suscite un désir de vaincre et pour le héros masculin, il doit être dominé, comme le démontre l’analyse du personnage de la comtesse Dakini, personnage funeste du roman Le gardien des glaces, d’Alain Gagnon (1984), que propose Nadeau :

La Mort devenue femme est la parfaite incarnation de ce que le gardien doit dominer et réaffirmer. Les pulsions vitales masculines du héros de Gagnon sont réinscrites dans la quête initiatique et identitaire — le séjour au Nord —, laquelle passe par la domination du territoire et des figures féminines qui y sont présentes, aussi puissantes et irréelles soient elles. (2005 : 85)

Une figure passive et en harmonie avec la nature

Autre lieu commun dans cet imaginaire, la figure de la femme passive, proche de la nature, qui permet de faire ressortir les caractéristiques opposées des personnages masculins, au contraire occupés à s’activer pour dominer la nature nordique. Dans ce registre, on retrouve par exemple le personnage de l’intellectuelle française qui s’aventure en forêt, héroïne du roman Hélier, fils des bois, de Marie Le Franc (2011), qui s’inscrit en faux du héros masculin. Nadeau écrit à son sujet : « L’exil en forêt n’est pas pour Julienne l’occasion de se mesurer à elle-même ou de prouver sa suprématie sur la nature. Sa quête s’inscrit plutôt dans un processus de réflexion où la nature lui permet de trouver des réponses à ses questions existentielles. » (2005 : 80)

Le roman de Le Franc opère un début de renversement de ce stéréotype, puisqu’il induit également l’idée que le rapport plus intime à la nature des personnages féminins peut permettre une rencontre plus riche. C’est dans cette même perspective qu’on retrouve, chez des autrices contemporaines, une valorisation de cette passivité, dans le but de démontrer qu’elle ne sert pas uniquement à construire l’héroïsme des personnages masculins, mais également à défendre un autre rapport au monde, plus subtil et peut-être aussi, plus puissant. Ainsi l’autrice canadienne-anglaise Aritha van Herk mise sur cette harmonie avec la nature pour créer un nouveau type de personnage féminin, comme le remarque Danielle Schaub :

Dans sa volonté d’établir un lien symbiotique entre ses personnages féminins et ce qui les entoure, van Herk remet en question les normes de perceptions. […] dans The Tent Peg, J.L. est le seul membre de l’équipe capable d’entrer en communion avec la nature et donc de percevoir un glissement de terrain qui a lieu pendant que les hommes dorment, inconscients du changement et du danger. Par ailleurs, elle est aussi la seule à vivre une rencontre signifiante avec une ourse polaire. Ce vis-à-vis n’implique pas une épreuve de virilité où il s’agit de mesurer et d’affirmer sa force physique, comme c’est le cas dans les romans d’initiation masculine, au contraire, il symbolise la force de l’immersion de J.L. dans la sphère féminine de la nature, signifiant que J. L. s’identifie à l’espace du Grand Nord et ne doit pas le conquérir. L’ours, pour elle, n’est pas une bête sauvage à mater mais bien un être à son image, une créature traquée que l’homme cherche à dominer. (2008 : 330–331)

Ainsi, le stéréotype de la passivité des personnages féminins peut être renversé pour devenir une force dans les récits nordiques. Cela se vérifie notamment dans les cas où un glissement de perspective suggère que le fait de vivre au Nord serait aussi difficile pour les femmes que pour les hommes, sauf que pour l’un, la souffrance est physique et pour l’autre, psychologique. C’est du moins ce que suggère l’autrice canadienne-anglaise Betty Jane Wylie, qui écrit :

They often endure a greater psychic pain because their struggles are internal, not to be vented or released in bodily conflict. Still, I maintain that Northern women display the same heroic traits inspired by the sagas and forced by the climate, though qualities of honesty, courage, and endurance, coupled with a pragmatic spirit that enables them to accept the inevitable. (1993 : 179–180)

Une femme « forte » comme un homme

Troisième figure de cette typologie des personnages féminins des récits du Nord, celle du personnage qui, au contraire des héroïnes de Marie Le Franc ou d’Aritha van Herk, réfute la passivité et refuse d’être un objet de domination, mais adopte en retour des caractéristiques masculines. On en retrouve de nombreux exemples dans les récits canadiens du Nord, dont la plupart relèvent du roman d’aventure. Selon l’essayiste Renée Hulan, qui a étudié les grands mythes qui parcourent la littérature canadienne-anglaise du point de vue du Nord, les personnages féminins adoptent parfois le point de vue des hommes. Elle écrit : « [a]dventure, which has played such a decisive part as a training ground for gender roles, often requires women to either adopt a passive role or take on the same “masculine” caracteristics ». (Hulan, 2002 : 134)

Ce renversement n’est pas exclusif à la littérature canadienne ou même au roman d’aventure. On le retrouve par exemple dans Le livre de Dina, best-seller de l’autrice norvégienne Herbjørg Wasmmo (2003), où le personnage principal mise sur un travestissement des rôles pour s’adapter au contexte nordique. Dans ce roman, ce sont des femmes qui gèrent le comptoir commercial, épicentre des petites communautés du Nord de la Norvège. Henning Howlig Wærp, qui a étudié l’image de l’Arctique dans la littérature norvégienne, y voit un cas intéressant de renversement du stéréotype de la figure de la femme dans le Nord. Wærp écrit à propos de ce roman :

Wassmo entre dans un milieu connu et qu’on peut considérer comme un décor suranné, à la seule différence que la figure masculine du pouvoir qu’on connaît dans plusieurs romans — et dans l’histoire — est maintenant une femme […] le patriarcat avec ses structures de pouvoir est aboli et trois femmes, dont deux domestiques, font tourner la propriété et le comptoir. (2021 : 389 et 391)

L’exception de la femme scandinave

L’image de la femme scandinave, grandement modelé par la littérature, offre aussi un cas intéressant de modèle à la fois régi par le lieu commun et le contre-exemple. Dès le Moyen Âge, sagas et eddas avaient contribués à l’édification d’un mythe de la walkyrie vengeresse, femme de puissance et d’action à l’opposé des figures précédentes. Ce que véhiculaient ces textes perdure dans le temps, signifiant l’exception de la femme scandinave. En examinant les lois et les sagas des contemporains, Régis Boyer en concluait que les sociétés scandinaves du Moyen Âge étaient égalitaires :

mari et femme étaient de bons associés, dans une parfaite répartition des rôles, comme nous l’avons entrevu, et d’ailleurs, s’il faut le redire, sans exclusives : il arrive que la femme intervienne dans les affaires extérieures, et l’homme ne dédaigne pas de l’assister dans ses travaux domestiques. Je dirai qu’il y a réelle complémentarité sans hiérarchisation humiliante pour l’un et pour l’autre. (1991 : 28)

La littérature contemporaine contribue aussi à cette exception de la figure de la femme scandinave, en la présentant comme libre, insoumise et intelligente. Par exemple, la réception française des pièces de Henrik Ibsen permet de mesurer à quel point ce dernier proposait une tout autre image de la femme. Selon Marthe Segrestin, alors que le milieu théâtral français « avait une prédilection pour la femme adultère à l’esprit limité, Ibsen remplace l’infidélité par l’insoumission, et la stupidité par l’intelligence, ce qui apparaît tout à fait scandaleux et effrayant » (2000 : 196).

À la fin du 20e siècle, cette figure se renforce sous l’effet du féminisme scandinave, comme le constate Éric Eydoux pour la littérature norvégienne, notamment dans une volonté systémique de renverser les stéréotypes sociaux par une prise en charge, par les femmes, de la production littéraire les concernant. Eydoux constate ainsi :

C’est ainsi qu’apparaît alors la notion de kvinnelitteratur ou « littérature des femmes ». Et par là il faut entendre des œuvres écrites par des femmes à l’intention des femmes et consacrées aux problèmes des femmes. Car est alors posée la règle que seule une femme peut véritablement ressentir et faire comprendre ce que la condition féminine peut avoir d’aliénant et, partant, provoquer une prise de conscience susceptible d’entraîner une véritable résorption des inégalités. (2007 : 377)

L’utopie de la femme autochtone

L’apport autochtone à la construction de l’imaginaire du Nord et de l’Arctique a longtemps été ignoré, mais un mouvement contemporain permet une relecture des textes pour tenter de le mettre en valeur. Dans bien des cas, que ce soit dans la société innue ou chez les Sâmes, la figure de la femme autochtone s’appuie sur un lieu commun selon lequel les sociétés autochtones seraient plus égalitaires. Il s’agit toutefois, comme le suggère l’essayiste Rauna Kuokkanen dans sa contribution à l’ouvrage Making Space for Indigenous Feminism, paru en 2007, d’un mythe qui masque une réalité plus complexe dans la société sâme. Elle écrit :

notions of powerful Sami women and traditional Sami society as matriarchal are myths created by the Sami ethnopolitical movement in the 1970s, which needed to distinguish the Sami people from the surrounding Nordic peoples and cultures. Until the late 1980s, it was common in the Sami movement to stress that Sami women were not as oppressed as Nordic women and that in Sami society, women were equal with men. Besides as a marker of distinctiveness, the notion of strong Sami women also had to do with a desired ideal of Sami society rather than the everyday reality of Sami women. (Kuokkanen, 2007 : 73)

En fait, depuis la colonisation, les femmes auraient plutôt une difficulté à concilier les rôles traditionnels et ceux de la modernité (Kuokkanen 2007 : 79). C’est pourquoi leur lutte se devait d’être, selon Kuokkanen, intersectorielle.

Bernard Saladin d’Anglure constate lui aussi un décalage entre l’image des sociétés matriarcales autochtones du Nord et la réalité sociale, qui révèle une inégalité entre les hommes et les femmes basée sur les mythes anciens, notamment dans la culture inuite. Il écrit :

Il fallait transposer dans la vie pratique la domination masculine établie au niveau des mythes, il fallait confier à des spécialistes l’interprétation des mythes et de la réalité empirique, il fallait instaurer des médiateurs entre le visible et l’invisible, entre les morts et les vivants, entre les gibiers et les chasseurs, entre les hommes et les femmes… Ce sera la fonction de l’angakkuq (chamane), fonction principale masculine à laquelle les femmes auront difficilement accès, si ce n’est dans leur vieillesse. Les grands chamanes furent toujours des hommes. (Saladin d’Anglure, 1977 : 79)

Selon Ruth Amossy, les lieux communs et les stéréotypes ne sont pas toujours négatifs, ni nécessairement dépourvus de liens avec la réalité sociale : ils agissent cependant comme des instruments de « pré-connaissance » sous la forme de figures contestables et contestées, souvent renversées et remises en question, mais toujours au cœur des représentations. Leur usage et leur analyse agit comme une arme à double tranchant, rappelant à la surface des représentations culturelles dérangeantes et parfois, peu subtiles, mais traversant également les imaginaires. Ce qu’on peut conclure de cette typologie sommaire de la figure des femmes dans le contexte circumpolaire, c’est que si certains genres s’appuient sur ces figures, la plupart des productions contemporaines, et plus particulièrement celles écrites par des femmes, s’en servent au contraire pour opérer des déplacements de perception. Ce faisant, elles n’évacuent toutefois pas les lieux communs, qui font toujours partie du discours, même à titre négatif.

Perspectives et conclusions

À la question générale posée au début de cet article : « L’imaginaire du Nord est-il genré ? », les données statistiques sur les auteurs, les œuvres, les genres littéraires ; les discours critiques et d’analyse des œuvres ; la recherche de figures stéréotypées reprises dans la littérature, ainsi que l’étude des éléments qui composent cet imaginaire, indiquent tous que le rapport sexué doit être considéré pour lire, interpréter et comprendre les œuvres. Cette perspective devrait donc être prise en compte dans l’étude tant des cultures du Nord et de l’Arctique que dans celle des représentations qui les concernent. Des mouvements de renversements s’opèrent, surtout dans la période contemporaine, et déplacent les enjeux de certaines figures, mais le poids de l’histoire demeure : cet imaginaire du Nord est politique, genré et largement déterminé en fonction des hommes.

Notes

1Je remercie et je salue Yannick Legault et Diane Gauthier qui, grâce à leurs recherches documentaires et d’analyse, ont permis la rédaction du présent article. 

2Les recherches de Heidi Hansson (par exemple, en anglais : 2006 et 2007) ont surtout porté sur les récits de voyage de langue anglaise et en langues nordiques vers l’Arctique, ce qui lui a permis d’en révéler la nature politique et genrée et parfois, les renversements tentés par les autrices. 

3Ce travail collectif, réalisé au sein du Laboratoire international de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique à l’Université du Québec à Montréal (nord.uqam.ca) a sollicité la contribution d’une centaine de chercheurs depuis 2003. Les éléments, localisations, schémas narratifs, perspectives et figures issues de ce corpus ont été identifiées et compilées au sein d’une base de données en trois parties interreliés : concernant d’abord les œuvres et les études ; ensuite les extraits littéraires et discursifs ; et enfin, les illustrations. Le corpus, multilingue avec une proportion significative d’œuvres écrites en langue française (du Québec et de la France), concerne surtout les 19e, 20e et 21e siècles, mais avec aussi des œuvres représentatives des périodes antérieures. Une recherche au sein de cette base de données, nommée « Imaginaire | Nord », permet d’isoler les citations qui concernent un ou plusieurs des éléments qui composent l’imaginaire du Nord, ici les phénomènes optiques et les variations de la lumière dans le Nord et l’Arctique. Un projet de recherche d’humanité numérique est en cours, ce qui permettra d’obtenir de nouvelles données à ce sujet dans les années à venir. 

4Ces travaux se basent sur la définition suivante de l’imaginaire du Nord : « L’ensemble des discours énoncés sur le Nord, l’hiver et l’Arctique, que l’on peut retracer à la fois synchroniquement — pour une période donnée — ou diachroniquement — pour une culture déterminée —, issus de différentes cultures et formes, accumulés au cours des siècles selon un double principe de synthèse de concurrence, forment ce qu’on peut appeler “l’imaginaire du Nord”. Il s’agit d’un système de signes pluriel et mouvant, qui fonctionne de manière variable selon les contextes d’énonciation et de réception. » (Chartier, 2018 : 12) 

5Les travaux de l’Université de Lille dès le tournant du 21e siècle proposaient cette notion, entre l’esthétisme et l’histoire. Voir par exemple Dubar & Moura (2000). 

6C’est le terme parfois utilisé par les chercheurs norvégiens, dont Henning Howlid Wærp et ses collègues. Voir par exemple Ryall, Schimanski & Wærp (2010). 

7Selon la formule utilisée par le musicien canadien Glenn Gould dans son essai musical et radiophonique Solitude Triology amorcé dès 1967 par un volet sur « The Idea of North », et reprise à de nombreuses reprises par la suite, notamment dans le célèbre essai pour la littérature canadienne-anglaise de Sherill E. Grace, Canada and the Idea of North (2001). 

8La formule est utilisée en 2007 par l’essayiste norvégien Kjartan Fløgstad dans son essai socio-esthétique sur le Svalbard intitulé Pyramiden (traduit en français sous le titre : Pyramiden. Portrait d’une utopie abandonnée, 2009), mais transformée en une réflexion sur l’esthétique des représentations européennes sur le Nord par Sylvain Briens, notamment dans l’excellent numéro qu’il a dirigé sur cette question en 2016 des Études germaniques. 

9C’est sur cette notion que se base cet article ; notion notamment exposée dans Daniel Chartier, Qu’est-ce que l’imaginaire du Nord ? Principes éthiques (2018). Ce livre a fait l’objet d’éditions et de traductions en 15 des langues du Nord : voir https://nord.uqam.ca/projet/traduire-publier-et-diffuser-en-15-langues-du-nord-quest-ce-que-limaginaire-du-nord. 

10C’est là l’un des nombreux néologismes inventés par le géographe et linguiste québécois Louis-Edmond Hamelin pour enrichir la langue française d’un vocabulaire qui puisse lui permettre de comprendre la complexité du monde froid. Selon Hamelin, la nordicité renvoie tant au Nord, à la haute montagne et à l’Arctique. Pour la saison hivernale, conçue comme une « nordicité temporaire », il a forgé le terme d’« hivernité ». De nombreux mots inventés par Hamelin font aujourd’hui partie du vocabulaire courant, et plusieurs ont été traduits dans les principales langues de l’espace circumpolaire. Voir notamment son testament intellectuel : La nordicité du Québec (2014). 

11Comme l’a brillamment démontré Odile Parsis-Barubé dans son article « “Il y a tant de nords dans ce Nord!” Problématiques de la délimitation et de l’indélimitation dans l’étude de l’imaginaire septentrional » (2017). 

12Je pense ici aux recherches numériques sur les « mythèmes du Nord » que réalise à l’Université de Strasbourg Thomas Monhike, et qui vont dans le sens d’une analyse par co-occurrences des corpus nordiques pour en dégager une représentation visuelle statistique, qui peut ensuite accompagner les études littéraires. Un tel projet sur l’ensemble de l’espace circumpolaire, plurilingue et pluriculturel, est également en cours d’élaboration à l’Université du Québec à Montréal. 

13Pour une étude plus générale sur la place des femmes dans le monde du livre, voir par exemple l’article co-écrit par Pierrette Dionne et Chantal Théry, « Le monde du livre : des femmes entre parenthèses » (1989). 

14Les auteurs de cette étude, Patrick Faure, Brigitte Mulette et Marie-Josette Perrat, sentent en introduction le besoin de justifier l’utilité d’une telle analyse, et écrivent qu’« à notre connaissance, ce sujet n’a jamais été traité » (1975 : 2). 

15L’étude est rapportée dans Kloetzli (2016). 

1611 004 œuvres publiées par des femmes, contre 17 138 par des hommes en littérature jeunesse. 

1724 220 romans publiés par des femmes, contre 17 138 par des hommes. 

18Sur ces questions de hausse et de baisse, ou de « dé-féminisation » du champ littéraire selon des événements externes, voir par exemple le billet de Pierre-Carl Langlais, « Les femmes ont-elles disparu de la littérature en 1830 ? » (2017). 

19L’étude révèle que la « profession littéraire » est estimée à 1 510 écrivains au Québec, dont 825 hommes (55 %) et 685 femmes (45 %). La proportion de femmes est inférieure à celle qu’on observe dans la population active (47 %) et les professions culturelles au Québec (52 %) (Allaire, Cloutier & Fortier, 2010 : 9). 

20Voir le tableau éclairant qu’elle publie en annexe à son étude (Comtois, 2019 : 31). 

21Correspondance avec Irma Håkansson Eiritz de la Sveriges Författarförbund par courriel du 12 janvier 2022. Je traduis. La réponse, obtenue en anglais, se lisait ainsi : « The Swedish Writers’ Union has today 3 323 members of which 1 837 are women. In recent years, the percentage of women has increased. » 

22La correspondance en anglais avec Jeanette Hansen de la Den norske Forfatterforening par courriel du 6 janvier 2022 se lisait ainsi : « Out of the 700 members we have at this point, there are 294 women and 406 men. Unfortunately we do not have statistics for the previous years. » [Je traduis : « Des 700 membres que nous avons aujourd’hui, 294 sont des femmes et 406, des hommes. Malheureusement, nous ne disposons pas de statistiques pour les années précédentes. »] 

23Correspondance avec Tinna Ásgeirsdóttir de la Rithöfundasamband islands par courriel entre le 5 et le 10 janvier 2022. 

24Parmi les études qui portent sur la sexualisation de l’imaginaire du Nord ou de ses parties, notons : Hulan (1996), Atwood (1995), Grace (1997), Marcel (2000), Bloom (1993), Hill (2000), en plus des articles de Hansson déjà cités (2006 et 2007). 

25Ce corpus, comme il a été précisé ci-haut (et à la note 5), est celui, imparfait, mais considérable (près de 2 000 œuvres) lu et analysé par l’équipe de recherche du Laboratoire sur le Nord. 

26Andrew Adamson en a fait un film en 2005, intitulé The Chronicles of Narnia. The Lion, the Witch and the Wardrobe. 

Déclaration de conflit d’intérêts

L’auteur n’a aucun intérêt concurrentiel à déclarer.

Références

  1. Adamson, A. (réalisateur) (2005). The Chronicles of Narnia. The Lion, the Witch and the Wardrobe [film cinématographique]. Walden Media et Walt Disney Pictures. 

  2. Allaire, B., Cloutier, A., & Fortier, C. (2010). Les professions de la culture et des communications au Québec en 2006. Statistiques en bref, 66, Québec : Institut de la statistique du Québec, Observatoire de la culture et des communications du Québec. 

  3. Amossy, R. (1991). Les idées reçues. Sémiologie du stéréotype. Paris : Nathan. 

  4. Amossy, R. (1997). Stéréotypes et clichés. Langue, discours, société. Paris : Nathan. 

  5. Atwood, M. (1995). Strange things. The Malevolent North in Canadian literature. Oxford : Oxford University Press et Clarendon Press. 

  6. Bloom, L. (1993). Gender on ice. American ideologies of polar expeditions. Minneapolis : University of Minnesota Press. 

  7. Bourguignon, A., & Herrer, K. (2019). Writing the North of the North / L’écriture du Nord du Nord / Den Norden des Nordens (be-)schreiben. Berlin : Frank & Time. 

  8. Boyer, R. (1991). La femme dans les sagas islandaises. Boréales, (46–49), 17–28. 

  9. Briens, S. (éd., 2016). Études germaniques, 71(2). 

  10. Chartier, D. (2008). The gender of ice and snow. Journal of Northern Studies, 2, 29–49. 

  11. Chartier, D. (2018). Qu’est-ce que l’imaginaire du Nord ? Principes éthiques. Montréal et Harstad : Imaginaire | Nord et Arctic Arts Summit. 

  12. Comtois, C. (2019). Quelle place pour les femmes dans le champ littéraire et dans le monde du livre au Québec ?. Récupéré de https://www.uneq.qc.ca/wp-content/uploads/2019/11/Rapport_Egalité-hommes-femmes_novembre2019.pdf. 

  13. Dionne, P., & Théry, C. (1989). Le monde du livre : des femmes entre parenthèses. Recherches féministes, 2(2). DOI: https://doi.org/10.7202/057565ar 

  14. Dubar, M., & Moura, J.-M. (éds., 2000). Le Nord, latitudes imaginaires. Villeneuve-d’Ascq : Presses de l’Université Charles-de-Gaulle-Lille 3. 

  15. Eydoux, É. (2007). Histoire de la littérature norvégienne. Caen : Presses universitaires de Caen. 

  16. Faure, P., Mulette, B., & Perrat, M.-J. (1975). La place de la femme auteur dans la production de livres en France aujourd’hui. Villeurbanne : École nationale supérieure de bibliothécaires. 

  17. Fløgstad, K. (2009 [2007]). Pyramiden. Portrait d’une utopie abandonnée (traduit par C. Romand-Monnier). Arles : Actes Sud. 

  18. G. V. (2019). Dans la littérature, « les femmes sont belles et les hommes rationnels », conclut une étude danoise. RTBF. Récupéré le 29 août 2022 de https://www.rtbf.be/article/dans-la-litterature-les-femmes-sont-%20belles-et-les-hommes-rationnels-conclu-une-etude-%20danoise-10302208?fbclid%20=IwAR1DH4vpJAMOvK8vcA3j766y8FCRWvIcuVTUXkSUsRFTVunszpJJp20LFX8&id=10302208. 

  19. Gagnon, A. (1984). Le gardien des glaces. Montréal : Pierre Tisseyre. 

  20. Garon, R. (1986). Auteur : pleinement ou à demi ?. Chiffres à l’appui, 3(2). 

  21. Glorieux, F. (2017). Femmes de lettres, démographie (data.bnf.fr 2017). J’attends des résultats. https://resultats.hypotheses.org/1048. 

  22. Grace, S. E. (1997). Gendering northern narrative. In : J. Moss (éd.), Echoing silence. Essays on Arctic narrative. Ottawa : University of Ottawa Press, pp. 163–181. 

  23. Grace, S. E. (2001). Canada and the idea of North. Montréal et Kingston : McGill-Queen’s University Press. 

  24. Hamelin, L.-E. (2014). La nordicité du Québec. Québec : Presses de l’Université du Québec. 

  25. Hansson, H. (2006). Bayard Taylor’s Northern Travel and the genders of the North. Edda. Nordisk Tidsskrift for Litteraturforskning. Scandinavian Journal of Literary Research, 106, 18–33. DOI: https://doi.org/10.18261/ISSN1500-1989-2006-01-03 

  26. Hansson, H. (2007). Henrietta Kent and the feminised North. Nordlit, 22, 71–96. DOI: https://doi.org/10.7557/13.1572 

  27. Hill, J. M. (2000). Unspotted snow. Arctic space, gender, and nation in the nineteenth-century British imaginary (Thomas Southey, John Franklin) (thèse de doctorat, Ithaca, Cornell University). 

  28. Hulan, R. (1996). Representing the Canadian North. Stories of gender, race, and nation (thèse de doctorat, Montréal, Université McGill). 

  29. Hulan, R. (2002). Northern experience and the myths of Canadian culture. Montréal et Kingston : McGill-Queen’s University Press. DOI: https://doi.org/10.2307/j.ctt7zmw2 

  30. Huot, A. (2012 [1927]). L’impératrice de l’Ungava. Montréal et Québec : Imaginaire | Nord et Presses de l’Université du Québec. 

  31. Kloetzli, S. (2016). Les auteurs français en une infographie. Actualitté. Les univers du livre. https://actualitte.com/article/32632/auteurs/les-auteurs-francais-en-une-infographie. 

  32. Kuokkanen, R. (2007). Politics of gendered violence in Indigenous communities. In: J. Green (éd.), Making space for Indigenous feminism imaginaires. Black Point : Fernwood. 

  33. Langlais, P.-C. (2017). Les femmes ont-elles disparu de la littérature en 1830 ?. Sciences communes. Récupéré le 6 juillet 2022 de https://scoms.hypotheses.org/824. 

  34. Le Franc, M. (2011 [1930]). Hélier, fils des bois. Québec : Presses de l’Université du Québec. DOI: https://doi.org/10.2307/j.ctv18pgwz6 

  35. Lepage, P. (1988). Un portrait sociologique des romanciers de la rentrée. Le Monde, 23 septembre, pp. 1 et 18. 

  36. Marcel, R.-M. (2000). Deux dames du Nord. La reine des neiges et la dame de Frösö. In : Dubar, M., & Moura, J.-M. (éds.). Le Nord, latitudes imaginaires. Villeneuve-d’Ascq : Presses de l’Université Charles-de-Gaulle-Lille 3, pp. 423–430. 

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