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Research

La promotion d’un Nord francophile et moderne dans la France de l’entre-deux guerres – Le cas de Marika Stiernstedt (1875–1954)

Author:

Mickaëlle Cedergren

Université de Stockholm, SE
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Abstract

The Swedish writer Marika Stiernstedt (1875–1954) is remembered in Swedish literary historiography and French Scandinavian studies, yet her literary works in French have never been studied. However, not only did Stiernstedt establish herself as a writer in France, but she also made a name for herself as a journalist in the French press between the two World Wars. From a sociological perspective on literature and translations, this contribution offers us a commentary on Stiernstedt’s publications in French. In light of the unpublished correspondence between Marika Stiernstedt, Lucien Maury and Stiernstedts editor Albin Michel, this study examines the positioning of this Swedish author in France. The results of this research underline on the one hand the role of ambassador and mediator that Stiernstedt played between Sweden and France during the interwar period, and leads on the other hand to reflect on the imagined North of this translingual writer. For Stiernstedt, promoting a modern, Francophile North, became a crucial issue during a time when Sweden was still percieved under the mists of the North.

 

Résumé

L’écrivaine suédoise, Marika Stiernstedt (1875–1954), est restée inscrite dans la mémoire de l’historiographie littéraire suédoise et dans les études scandinaves françaises mais sa production littéraire de langue française n’a fait l’objet d’aucune étude. Or, non seulement Stiernstedt s’est imposée comme écrivaine en France mais elle s’est aussi fait remarquer comme journaliste dans la presse française de l’entre-deux-guerres. À partir d’une perspective sociologique de la littérature et de la traduction, cette contribution offre un commentaire des publications de langue française de Stiernstedt. À la lumière des correspondances inédites que l’écrivaine a entretenues avec Lucien Maury et avec son éditeur Albin Michel, cette étude discute le positionnement de cette auteure suédoise en France. Les résultats de cette recherche soulignent d’une part le rôle de médiatrice et d’ambassadrice que Stiernstedt a joué entre la Suède et la France pendant l’entre-deux-guerres et aboutissent d’autre part à réfléchir sur l’imaginaire du Nord d’une écrivaine translingue. Pour Stiernstedt, le fait de promouvoir un Nord francophile et moderne était devenu un enjeu crucial à l’heure où la Suède était encore perçue sous les brumes du Nord.

 

Mots-clefs : Marika Stiernstedt; littérature suédoise de langue française; transfert culturel; translinguisme; imaginaire du Nord; France de l’entre-deuxguerres; Suède; modernisme

How to Cite: Cedergren, M. (2022). La promotion d’un Nord francophile et moderne dans la France de l’entre-deux guerres – Le cas de Marika Stiernstedt (1875–1954). Nordic Journal of Francophone Studies/ Revue Nordique Des Études Francophones, 5(1), 137–154. DOI: http://doi.org/10.16993/rnef.82
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  Published on 02 Nov 2022
 Accepted on 17 Oct 2022            Submitted on 14 Apr 2022

Marika Stiernstedt dans l’histoire littéraire de la Suède et de la France

Dans son anthologie Femmes écrivains d’aujourd’hui parue en 1912, la critique littéraire Louise Cruppi fait le portrait de nombreuses écrivaines suédoises en général et use d’élogieux qualificatifs en particulier pour dépeindre l’écrivaine, Marika Stiernstedt1, encore inconnue, doit-on préciser, dans le paysage éditorial français. C’est pourtant sous des termes admiratifs qu’est présentée et décrite la jeune écrivaine suédoise :

« Mme Marika Stjernstedt s’est fait, dans ces dernières années, un nom brillant dans la jeune littérature. Lucide observatrice, écrivant d’un style clair et vif, elle a produit de nombreux romans dont les derniers surtout ont attiré l’attention. Ce sont trois volumes qui portent le titre général de ʼVägarneʽ » (les Routes). (…). (Cruppi 1912 : 284)

Il est certain que Stiernstedt eût été flattée par ces propos, elle qui s’est évertuée – comme nous le verrons dans cette contribution – à publier activement ses textes en France mais aussi à l’étranger. Les trois volumes dont Cruppi fait mention ne paraîtront en réalité jamais en français et il faudra attendre 1926 pour voir apparaître chez son éditeur attitré, Albin Michel, le premier roman traduit en français de Marika Stiernstedt, à savoir Ullabella (paru en Suède en 1922) si l’on exclut son reportage de guerre, L’Âme de la France publié en 1917.

Cruppi est sensible aux « qualités de clarté, de rapidité, de sûreté » de Stiernstedt et va même jusqu’à la classer dans « la branche latine des romancières de Suède » (1912 : 291) comme pour mieux souligner peut-être l’appartenance de Stiernstedt à l’horizon littéraire français. Le commentaire de Cruppi suscite à cet égard quelques questionnements.

En effet, même si Stiernstedt détient une place dans les manuels d’histoire littéraire suédoise en France, peu d’informations lui sont en réalité concédées. Or, sa présence sur la scène éditoriale française ne fait pas défaut et le positionnement de Stiernstedt dans le champ littéraire français demande donc à être défini. Pour y procéder, nous établirons le bilan de la production en langue française de Stiernstedt pour retracer sa percée littéraire et saisir son rayonnement. S’il existe certaines listes de publications en langue française de Stiernstedt, celles-ci demeurent lacunaires et n’ont pas fait l’objet, à notre connaissance, d’analyse approfondie. Une fois dressé l’inventaire de la production de langue française de l’auteure, nous commenterons exclusivement la nature des publications puis le contenu des préfaces et des articles de presse sous l’éclairage de sa correspondance. Cette étude n’étudie pas la réception des œuvres de Stiernstedt, travail accompli partiellement par Brouillet (2022). Nous avons aussi choisi de prendre en compte deux œuvres françaises préfacées et/ou traduites en suédois par l’auteure : Colette Baudoche de Barrès et Le Nœud de vipères de Mauriac. En étudiant ces documents, nous dégagerons les motivations majeures qui ont animé l’auteure à écrire en français. Si les compétences linguistiques de Stiernstedt, de par ses origines aristocratiques maternelles d’origine polonaise et de par son éducation partiellement vécue en France, peuvent expliquer sa propension à écrire dans la langue de Molière, il existe sans aucun doute d’autres motifs pour qu’une écrivaine prenne part à la vie littéraire française2.

En tant qu’auteure translingue et de surcroît « autotraductrice » de quatre de ses œuvres3, l’écrivaine s’est investie pour faire paraître ses œuvres sur le marché éditorial français. Cette auteure aurait pu être traitée dans le champ des études translingues comme le proposent en particulier Kellman (2020), Ferraro & Grutman (2016), Grutman (2020) et récemment Duhan (2021) mais nous avons opté pour une perspective sociologique de la littérature et de la traduction pour analyser la production française de Stiernstedt.

Une fois défini le projet d’écriture transnational de l’auteure suédoise, nous réfléchirons aux implications que cela engendre pour le domaine lié à l’imaginaire du Nord (au sens défini par Chartier 2018 et Mohnike 2020)4. Dans le cas de Stiernstedt, dont le positionnement apparaît à l’intersection de deux cultures vu son translinguisme, il semble opportun de s’interroger sur les représentations du Nord convoquées par l’auteure pour appréhender les enjeux de l’écriture translingue et contribuer à « ʽrecomplexifierʼ » l’imaginaire du Nord selon l’acception de Chartier (2018).

Cet article s’appuie sur des sources aussi bien imprimées qu’inédites : les archives du Fonds Marika Stiernstedt de la bibliothèque d’Uppsala, la correspondance inédite de Marika Stiernstedt avec Lucien Maury conservée à la Bibliothèque royale de Stockholm (Kungliga biblioteket)5 et celle de l’écrivaine avec Albin Michel et ses successeurs (1926–1948), conservée à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine de Caen, les catalogues nationaux de Libris et de la Bibliothèque nationale de France, y compris la recherche dans le catalogue numérisé de Gallica.

Les lacunes de l’historiographie littéraire franco-suédoise

Comme le signale Stenborg (2002; 2009: 74–80), l’historiographie littéraire suédoise a considérablement négligé l’œuvre littéraire de Stiernstedt pour ne lui consacrer finalement que bien peu de place ; ce qui peut surprendre d’aucuns si l’on se reporte d’une part aux pages élogieuses que lui consacrent Cruppi dans son anthologie (1912 : 284–291) et d’autre part, au portrait long de deux pages que dresse Maury de Stiernstedt dans Panorama des littératures contemporaines – Littérature suédoise (1940 : 186–188). Si cette personnalité littéraire est largement connue du public suédois, elle est encore restée dans l’ombre de la recherche des études scandinaves françaises alors que son nom est loin d’être passé inaperçu dans la presse de l’époque (Brouillet 2022).

En Suède, il faut attendre le tournant du siècle pour voir un renouveau de l’historiographie littéraire où Marika Stiernstedt semble renaître de ses cendres. Les biographies de Margaretha Fahlgren (1998), de Lisbeth Larsson (2001) et de Sofie Qvarnström (2009) ont tenté, par exemple, de corriger ces lacunes mais la production écrite en français de Stiernstedt n’y est que très peu évoquée. Certaines études ont entr’aperçu le rayonnement de Stiernstedt à l’extérieur des frontières scandinaves comme par exemple Magnus Nyman (1990 : 116) qui fera le parallèle entre la thématique religieuse de Von Sneckenströms alias Les meules du Seigneur et la recherche spirituelle qu’on retrouve essentiellement dans la littérature russe. Il rappelle la coïncidence et sous-entend aussi l’impulsion de Stiernstedt en soulignant la publication du célèbre livre de Bernanos Sous le soleil de Satan, survenu seulement deux ans après la publication de Von Sneckenströms mais aucune étude antérieure ne s’est penchée sur la production française de Marika Stiernstedt. Dans le collectif dirigé par Leffler (2019), Swedish women’s writing on export: tracing transnational reception in the nineteenth century, consacré à la réception de quelques écrivaines suédoises à l’étranger du 19e siècle, Stiernstedt en est naturellement absente.

En France, excepté les lointaines références retrouvées dans l’histoire littéraire scandinave de Cruppi (1912) et de Maury (1940), signalées plus haut, la récente étude de réception effectuée sur Marika Stiernstedt dans la presse française (Brouillet 2022) présente l’engouement des journalistes français autour de l’écrivaine6. Les ouvrages collectifs de scandinavistique française portant sur les relations franco-suédoises (tels ceux de Battail (1993), von Proschwitz (1988), Briens et alii (2012) pour n’en citer que quelques-uns) ne font pas non plus référence à l’œuvre et au rayonnement de Stiernstedt.

Quant au recensement de Östman (2012 : 164) dont l’ambition est de cataloguer tous les écrits en langue française entre 1550 et 2006, seuls la préface dans Témoignages suédois 1914–1918 et ses trois livres (L’Âme de la France, Les Meules du Seigneur et Les quatre bâtons de maréchal) y sont signalés passant sous silence sa production journalistique. C’est l’inventaire de Ballu (2016 : 840–841) qui sera le plus exhaustif en la matière en faisant mention des trois œuvres mentionnées plus haut et traduites par Stiernstedt en français, en citant aussi les deux œuvres traduites par des traducteurs (Ullabella et Un attentat dans Paris) et finalement en indiquant la préface écrite en français dans Témoignages suédois 1914–1918 tout en mentionnant six articles écrits par Stiernstedt dans la presse française. Ce précieux état des lieux ne recouvre pas encore l’ensemble de la production écrite en français de Stiernstedt7. Excepté ces informations d’ordre bibliographique, la production française de Stiernstedt n’est pas commentée d’un point de vue littéraire, linguistique ou sociologique.

Au moment où prend fin la Belle époque, la presse française n’a pas encore fait mention du nom de Stiernstedt, excepté la présence d’un extrait de Stiernstedt dans La Revue scandinave (Guémy 2012 : 210), et ne semble pas encore connaître cette écrivaine suédoise dont le nom surgira beaucoup plus fréquemment dans les journaux et revues dès 1914 à l’occasion de la Grande guerre (Brouillet 2022)8. Ceci n’a rien de surprenant vu que Stiernstedt n’a pas encore publié d’œuvres ni d’articles de presse en France. Comme l’a indiqué Brouillet (2022 : 11), c’est l’engagement de Stiernstedt en Suède et son article du Dagens Nyheter qui, en retentissant en France sera à l’origine des deux premiers articles de presse publiés par L’Humanité et Le Gaulois où l’auteure suédoise traite du soldat français pour en faire « un adversaire sérieux face à son homonyme allemand. » (Ibid.).

En Suède, Marika Stiernstedt assure une position importante dans le champ littéraire suédois à l’époque. Elle détient une renommée établie grâce en particulier à la publication d’Ullabella en 1922, une œuvre devenue maintenant classique même si elle est de nos jours tombée dans l’oubli. C’est avec l’arrivée de la Première guerre mondiale que Stiernstedt se présente comme une femme engagée participant activement à de nouveaux débats sociétaux. Ce positionnement la distingue vite dans le paysage sociétal suédois (Qvarnström 2009) : elle est alors sollicitée de toutes parts pour donner des conférences en Suède et reçoit une commande pour écrire un reportage de guerre sur le front en France.

De plus, Stiernstedt est une femme écrivaine productive (21 romans au total), engagée aussi bien dans le droit de vote des femmes que pour favoriser le pacifisme suite à la Première guerre mondiale. Comme le souligne Lisbeth Larsson, « Marika Stiernstedt était un des écrivains les plus lus et les plus plébiscités pendant l’entre-deux-guerres. À ses soixante ans, les éditions d’Albert Bonnier font paraître ses œuvres en douze volumes. » (notre trad.)9.

Outre ses engagements socio-politiques, Stiernstedt est restée dans la mémoire littéraire en devenant la première femme Présidente de l’Association des écrivains en Suède (Sveriges Författarförening) en 1931 (Qvarnström, 2009 : 263) avant d’assurer le poste de présidence de L’Académie des neuf (de Nios akademi)10 en 1936.

À l’heure où la guerre éclate, Stiernstedt vit alors de sa plume et écrit déjà pour un large public afin de subvenir à ses besoins mais aussi à ceux de son époux, Ludvig Nordström (Ibid.). Englund & Kåreland (2008 : 373) ont souligné, à ce sujet, le fait que Stiernstedt est une représentante typique de la femme nouvelle du début du XXe siècle. Comme de nombreuses femmes de cette période qui veulent s’imposer dans le cercle littéraire, Stiernstedt a à son actif différentes occupations professionnelles (Ibid. : 104). La critique littéraire constitue une partie infime de leur activité littéraire, le domaine pédagogique ou socio-philanthropique deux autres. L’opportunité d’exploiter différents canaux de diffusion pour ses idées et d’écrire dans différents genres littéraires contribue à accroître non seulement la réputation de Stiernstedt mais à lui concéder également un revenu non négligeable pour subvenir aux besoins de sa famille. Selon Ingrid Elam, Stiernstedt manque d’intérêt pour l’esthétique littéraire et utilise « la forme littéraire du roman de divertissement dans un but littéraire spécifique, celui de transmettre un message sérieux » (1983 : 123; notre traduction). Elam explique la position décentrée et marginale de Marika Stiernstedt par l’absence de littérarité dans sa production d’un côté et par la portée trop contextuelle de son œuvre de l’autre. Quoique les avis semblent avoir été partagés sur la question, nous sommes frappée par le peu d’attention et d’intérêt accordé au rayonnement de l’auteure suédoise à l’étranger, en particulier en France, alors que la critique connaît la relation intime qui rattache Stiernstedt à la France.

La production française de Stiernstedt

À plusieurs égards, il est instructif de parcourir le relevé des œuvres « transnationales » de langue française que Stiernstedt a produites dès 1915 à un niveau aussi bien quantitatif que qualitatif puisque cet inventaire nous renseigne sur le rayonnement interculturel de l’écrivaine. D’une part, la quantité et la variété des livres publiés en France nous informe sur la volonté de l’auteure de s’imposer sur le marché de l’édition en France et d’autre part, le nombre d’articles, le type de revues de presse et le nom des maisons d’édition nous donne une idée du prestige acquis par l’auteure.

Stiernstedt est connue en Suède pour s’impliquer dans la vie socio-culturelle de son pays et écrit dans différents journaux français. Or, son engagement en France constitue un aspect beaucoup moins connu, voire ignoré, des biographes de Stiernstedt. La reconstitution de sa production en langue française renferme une vingtaine de documents que nous avons classés par période et genres textuels en indiquant le lieu de publication et le nom de l’imprimeur ainsi que la mention des traducteurs/réviseurs. Stiernstedt réussit à publier entre 1916 et 1940 cinq livres (dont 4 romans) chez des éditeurs français et suisse (cf. Tableau 1) ainsi que onze articles dans la presse en France (cf. Tableau 2)

Tableau 1

Publication des ouvrages en français de Marika Stiernstedt (abrégé ci-dessous par MS).


PÉRIODE REPORTAGE DE GUERRE ROMANS (AUTO-) TRADUITS OU ADAPTÉS EN FRANÇAIS PRÉFACE DE STIERNSTEDT ÉCRITE EN FRANÇAIS

1914–1918 L’Âme de la France (1917) // Frankrikes själ (1916)
Livre « traduit par Marika Stiernstedt et revu par Gabriel Ledos »
Nancy : Berger-Levrault

1919–1938 Ullabella (Paris 1926)
Livre « traduit par Kate Hörnell et Juliette Julia »
Paris : Albin Michel
&
Les Meules du Seigneur (1928b) // Von Sneckenströms (1924)
Livre « remanié d’après le texte original suédois, par l’auteur elle-même »
Paris : Albin Michel
&
Les quatre bâtons de maréchal (1935) //De fyra marskalkstavarna (1933)
« ROMAN traduit du suédois par Etienne AVENARD en collaboration avec l’auteur »
Paris : Albin Michel
Préface en français de Témoignages suédois (Lindhagen 1919)
Stockholm : Ernst Westerberg

1939–1945 Un attentat dans Paris (Lausanne 1944)
Traduit par Jean Verger
Lausanne : Marguerat
&
Ullabella(1954)
« traduit par Marguerite Gay et Gerd de Mautort »
Paris : Générale Publicité, Bibliothèque Rouge et or
Illustrations de Marcel Bloch

Tableau 2

Répertoire des articles de presse écrits par Stiernstedt et publiés dans la presse française.


DATE JOURNAL ET REVUE PÉRIODICITÉ TITRE

14 juin 1916 Le journal des débats littéraires Revue quotidienne Lettre de Suède - Quelques notes sur la propagande française

8 juillet 1916 La Renaissance Revue hebdomadaire L’Âme de la France jugée par une Suédoise

Août 1916 La Revue des revues Revue bi-mensuelle Trois jours sur le front

Mars 1919 La grande Revue Revue mensuelle Enquête mondiale sur l’avenir de la littérature

15 nov 1927 La Revue des Deux Mondes Revue bi-mensuelle Dans la Suède d’aujourd’hui

10 oct. 1928 L’union nationale des femmes Revue mensuelle et trimestrielle Sans titre

Mars 1931 Revue Nord-Sud Revue mensuelle Marika Stiernstedt président de la société des gens de lettres

Mai 1931 Revue Nord-Sud Revue mensuelle Mme Stjernstedt nous écrit…

15 nov 1935 La Pologne littéraire Revue mensuelle Marika Stiernstedt

11 janv. 1940 La gazette de Biarritz Revue quotidienne Premières impressions d’un retour au pays

3 mars 1940 Le Figaro Quotidien L’opinion suédoise est de plus en plus favorable à une intervention en Finlande (correspondante du Figaro)

Il est aussi important de préciser que la production de Stiernstedt contient d’un côté des œuvres traduites en français, dans la plupart du temps par l’auteure elle-même en collaboration avec des traducteurs/réviseurs (cf. Tableau 1) et de l’autre côté des articles de presse originaux, écrits directement en français (cf. Tableau 2). Dans la majorité des traductions de ses œuvres, l’écrivaine a en effet collaboré activement à leur traduction et ce, à différents degrés comme le montre Cedergren en observant « différents types de traduction collaborative, qu’il s’agisse de collaboration traductive ou d’autotraduction assistée » (à paraître). A travers l’étude des paratextes de ces traductions, Cedergren constate ainsi que Stiernstedt adopte différentes postures auctoriales. Dans un seul cas repéré jusqu’à maintenant, Stiernstedt aurait laissé le traducteur, Jean Verger, traduire en français sa pièce Attentatet i Paris (1944) pour la faire paraître en Suisse vu que ce livre, selon les propos de Stiernstedt, « prenait vivement à partie la mentalité et l’activité nazi [sic !]. »11 et ne pouvait être publié en France sous l’occupation.

D’après la datation de toute cette production, c’est au cours de la période de l’entre-deux-guerres que Stiernstedt est la plus active puisqu’à côté des trois romans publiés chez Albin Michel (cf. Tableau 1), six de ses articles paraîtront au même moment (cf. Tableau 2). Dans les archives où est conservée la correspondance de Stiernstedt avec les éditions Albin Michel, on apprend également que Stiernstedt a assuré le poste de correspondante à l’étranger : elle a selon toutes évidences conclu un accord avec Le Figaro pour lui envoyer une lettre tous les quinze jours contre une somme de 400 francs par article. Pourtant, cet arrangement a très rapidement pris fin puisque son article publié en mars 1940 lui avait déplu. Il semble qu’il y ait eu une coupure de phrases dans l’article publié ; ce qui a conduit à son tour à une mauvaise compréhension des idées de Stiernstedt. Mécontente du résultat et craignant fortement d’entacher sa réputation en Suède, l’auteure se résout à donner un terme à cet accord car elle ne veut pas « être citée comme propagatrice de renseignements peu exacts. »12.

Pendant la Première guerre mondiale, Stiernstedt traduit en français son reportage de guerre Frankrikes själ (1916) sous le nom de L’Âme de la France pour le faire publier chez l’éditeur alsacien Berger-Levrault. S’il n’existe aucune trace de transaction entre elle et Berger-Levrault, on apprend néanmoins à la lecture de son journal intime que Stiernstedt et Levrault se sont rencontrés au sujet de son livre le 17 novembre 191713. Cet éditeur était bien connu dans le paysage éditorial français vu ses activités de propagande antiallemande (Histoire d’un imprimeur Berger-Levrault 1676–1976 : 114 ; 116) et avait donc acquis une notoriété à l’époque. La parution du reportage de Stiernstedt chez cet éditeur français semble donc stratégiquement bien pensée par l’auteure vu la thématique de l’ouvrage consacrée non seulement à faire l’éloge du soldat français mais aussi à fustiger son homologue allemand.

Neuf ans plus tard, son célèbre roman de jeunesse, Ullabella (paru en Suède en 1922) est traduit rapidement en français et paraît cette fois-ci chez Albin Michel en 1926. Ce sera l’occasion pour Stiernstedt de décrocher une victoire en signant un contrat de quinze ans avec cet éditeur14. Albin Michel est encore un jeune éditeur dans les années 1920 mais il acquiert vite du prestige. Comme le rappelle Parinet (1986 : 199) au sujet de cet éditeur, son répertoire éditorial s’élargit et s’enrichit :

« Aussi rachète-t-il, en 1924 le fonds Olledorf qui lui apporte Maupassant, Hugo mais aussi Colette, Feydeau, Mirbeau, Ohnet…Puis il ouvre sa maison à la littérature étrangère (…). Enfin, soucieux de diversifier sa production, il s’intéresse au livre de luxe, au livre d’histoire, au livre pratique ou scientifique (…), sans oublier la littérature enfantine dont Arnould Galopin est la vedette. »

À la suite de son premier roman Ullabella publié en France, Stiernstedt fait publier deux autres traductions de romans chez le même éditeur : Les Meules du Seigneur en 1928 (paru en Suède en 1924 sous le nom de Von Sneckenströms) et Les quatre bâtons de maréchal en 1935 (publié en Suède en 1933 sous le titre de De fyra marskalkstavarna). En 1954, l’année du décès de Stiernstedt, Ullabella sera de nouveau publié dans une nouvelle édition prestigieuse de la Bibliothèque Rouge et Or, collection fondée en 1947 pour la littérature de jeunesse. Le roman apparaîtra dans une traduction de Marguerite Gay et Gerd de Mautort. Le rôle de Gay en France a été déterminant pour traduire la littérature nordique, aussi bien la littérature de jeunesse que la littérature canonisée (Hedberg, 2022 : 50–51).

Dans le Tableau 2 ci-dessous figurent les informations détaillées des articles de Stiernstedt publiés dans la presse française.

À partir de ces éléments bibliographiques, on constate que Stiernstedt a multiplié ses efforts pour faire paraître ses articles dans différentes revues de l’époque puisqu’on dénombre non moins de dix titres de revues différents. Ces revues n’ont certes pas le même prestige ni le même lectorat mais certaines d’entre elles se distinguent d’un côté par leur renommée et de l’autre, par leur contenu si l’on considère la circulation des articles consacrés aux Scandinaves dans la presse française du tournant du 20e siècle selon Rogations (2017). Nous nous arrêterons sur deux d’entre elles, à savoir La Revue des Deux Mondes et La Revue des revues, ainsi que sur deux quotidiens, Le Figaro et Le Journal des Débats, pour apporter quelques commentaires.

Comme l’a montré Rogations (2017 : 28), Le Figaro, fondé en 1826, fait partie des journaux de qualité les plus anciens et constitue un des canaux de circulation les plus prisés pour traiter de sujets liés aux Scandinaves aux côtés du quotidien, Le Journal des Débats. Tout comme ces journaux, une des plus grandes revues de l’époque, La Revue des Deux Mondes, s’est aussi démarquée et « a joué un rôle primordial dans l’importation des cultures étrangères en France. » (Rogations, 2017 : 32). Cette ancienne revue fondée en 1829 constitue le canal le plus prestigieux à l’époque comme le présente Rogations (2017) en précisant qu’il s’agit de « la revue par excellence, véritable institution culturelle, à destination d’un auditoire curieux et instruit, caractéristique de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie française et étrangère. » (Ibid. : 8). L’écrivaine est souvent très fière d’être nommée ou publiée dans les revues françaises15. Elle en était d’autant plus enchantée qu’elle était consciente de la difficulté pour un écrivain étranger de percer dans le champ littéraire et culturel français au risque même d’être perdue « dans la foule des livres » publiée en France16. Comme le suggère l’étude de Cedergren (à paraître), Stiernstedt aspire même à devenir une écrivaine et une auteure française. Parmi les huit revues les plus importantes dans la transmission de la culture scandinave, La Revue des Deux Mondes et La Revue des revues détiennent respectivement les cinquième et sixième places du palmarès (Rogations, 2017: 33). Bien entendu, nombreuses sont aussi les « petites » revues qui ont contribué à propager la culture scandinave parmi lesquelles La Gazette de Biarritz-Bayonne et St Jean-de Luz qui est un « journal républicain indépendant littéraire, mondain et d’intérêt local »17.

Ces remarques liminaires tendent donc à souligner au moins trois éléments : primo, Stiernstedt veille à se faire publier dans les revues de presse les plus anciennes et prestigieuses sans pour autant s’y limiter puisqu’elle fait paraître ses articles dans d’autres revues mineures ; secondo, l’écrivaine s’efforce d’atteindre les revues qui se sont historiquement intéressées à propager la culture scandinave et tertio, Stiernstedt réussit à publier un nombre non négligeable de ses œuvres (cinq titres et deux éditions) entre 1917 et 1954. L’écrivaine détient donc un capital culturel certain dans le champ littéraire français et semble avoir choisi différents canaux de publication stratégiques pour transmettre et diffuser la littérature et la culture suédoise.

À côté de ces informations, signalons également le fait que Stiernstedt a tenu une conférence en Sorbonne à l’Institut d’études scandinaves le 12 mars 1927. Son discours, publié sous forme d’article et conservé dans les archives de l’auteure18, est paru le 15 novembre 1927 dans La Revue des Deux Mondes.

Lucien Maury, un précieux porte-parole

C’est incontestablement par la publication de ses articles, préfaces et de ses œuvres en France que Marika Stiernstedt prend place dans le paysage éditorial français et arrive à percer sur la scène parisienne. Mais, pour y parvenir, elle se fera épauler par de nombreux collaborateurs dont en particulier son confident, ami et bienfaiteur Lucien Maury. Pendant la première moitié du 20e siècle, Maury est en réalité le médiateur et introducteur par excellence de la littérature scandinave (cf. Tegelberg, 2021 : 23–37; Hedberg, 2022 : 23). Entre 1900 et 1906, il assure le poste de maître de conférences en français à l’université d’Uppsala et il est fort probable que Stiernstedt et Maury aient alors fait connaissance. Maury est une personne reconnue dans les milieux littéraires en France ; il est critique littéraire pour La Revue Bleue et est le fondateur de La Bibliothèque Scandinave en 1919 chez les éditions Stock. Comme le fait remarquer Tegelberg (2021 : 24), le réseau de contacts de Maury est « impressionnant aussi bien avec des écrivains français que suédois » (notre trad.) et son influence auprès des maisons d’édition est forte et lui permet de sélectionner la littérature suédoise à traduire en français. Dans l’étude sociologique d’Hedberg, Maury est considéré comme une personne extrêmement prestigieuse et puissante dans le champ littéraire français de traductions (2022 : 49)19.

L’échange épistolier de Stiernstedt avec ce dernier s’étend sur une durée exceptionnelle de 35 ans (1917–1952) et renferme uniquement, à quelques exceptions près, les lettres de Stiernstedt adressées à Maury. Cette correspondance commence concrètement au lendemain de la Grande Guerre en 1919 même s’il n’est pas impossible que d’autres lettres existent et se soient égarées. Au fur et à mesure que les années passent, la nature de cette relation évolue et devient de plus en plus amicale, voire chaleureuse comme en témoignent l’évolution des formules utilisées par Stiernstedt en s’adressant à son destinataire20. Rapidement, son interlocuteur va lui servir de conseiller et d’intermédiaire pour lui trouver un traducteur/réviseur de qualité pour Les Meules du Seigneur mais également pour lui donner son avis personnel concernant le contenu du texte suédois de Les quatre bâtons de maréchal [De fyra marskalkstavarna]. Maury la soutient dans ses démarches auprès de son éditeur Albin Michel et l’aide à trouver des traducteurs de qualité. Pour la conseiller dans le choix des traductions à opérer, Maury sait aussi être son précieux interlocuteur comme par exemple pour la guider quant à la production théâtrale d’une pièce de théâtre21 ou pour l’éventuelle traduction de Spegling i en skärva. Le rôle de Maury apparaît donc fondamental à cette époque et l’auto-traduction à laquelle Stiernstedt s’adonne apparaît comme le moyen le plus sûr pour prendre place sur le marché de l’édition français – qu’elle sait difficile à conquérir - et pour s’assurer de la qualité de son texte, apparemment souvent insatisfaite de son écriture mais aussi des services de ses collaborateurs français. Dans une de ses lettres envoyées à Maury le 11 janvier 1937, Stiernstedt demande à Maury de lui donner son avis concernant la qualité de son livre Spegling i en skärva :

« Je m’excuse là-dessus, de vous demander un service, cher Monsieur ! Je vous adresse mon roman récent, Spegling i en skärva, qui a eu cet automne, un vrai succès de presse. […]. Voudriez-vous le parcourir, et me faire savoir si vous pensez qu’il vaut la peine d’en faire une traduction ? Le marché français est très encombré, je le sais. Peut-être le sujet de mon livre n’a-t-il guère de chances d’intéresser suffisamment, en France, avant de savoir ce que vous en pensez, en toute sincérité, je n’en parlerais pas à mon éditeur Albin Michel. Si au contraire vous pensez qu’il faut activer, je lui proposerai de faire ou de faire faire une traduction première, au courant de la plume, qu’il fera ensuite mettre au point, par qui de droit. »

Sans l’aide de Maury ni l’ardente activité menée par l’écrivaine auprès de son éditeur, ses romans n’auraient peut-être jamais vu le jour en France. La correspondance suivie avec les éditions Albin Michel entre le 21 avril 1926 et le 14 janvier 1948, date à laquelle Stiernstedt informe A. Sabatier de l’envoi de deux de ses livres22, révèle aussi la fidélité de cette relation entre Stiernstedt et son éditeur.

Dans sa correspondance avec Maury, on saisit les difficultés linguistiques avec lesquelles Stiernstedt se débat. Malgré le nombre tout à fait honorable de traductions françaises de ses œuvres, elle regrette d’avoir publié peu de livres et s’en explique (ou s’en excuse) par le fait qu’elle voulait « coopérer aux traductions »23; un exercice qu’elle jugeait ennuyant24 et chronophage mais qui lui a peut-être permis de publier quelques-unes de ses œuvres. Vu leur amitié et la position de Maury au sein des éditions Stock, on peut aussi être surpris et se demander si Stiernstedt n’a pas voulu25 ou n’a pas été à même de publier ses traductions dans La Bibliothèque scandinave que Maury avait fondée.

Au-delà d’un projet personnel, Stiernstedt est une médiatrice qui aspire à transmettre des idées et des convictions au service de la Suède mais aussi de la France ; ce pays que Stiernstedt « exaltait » comme une « seconde patrie » aux dires de Maury (1951 : 145).

Au service de la France et de la Suède

A) La promotion du nationalisme français en Suède

À peine la guerre achevée, Marika Stiernstedt essaye de propager la pensée nationaliste qui germe et prospère en France à cette époque et opère un travail préparatoire qui peut expliquer la position où elle va se placer dans le paysage aussi bien français que suédois pendant la grande guerre. Elle se met au service de la France de manière singulière ; elle introduit en réalité la pensée du nationalisme français en traduisant en suédois en 1915 le roman Colette Baudoche de Maurice Barrès pour montrer en exemple le patriotisme d’une jeune femme lorraine et parallèlement pour stimuler le patriotisme chez les Suédois. Barrès est resté l’un des maîtres à penser de la droite nationaliste durant l’entre-deux-guerres sur lequel Stiernstedt va s’appuyer pour construire son discours de propagande francophile et anti-germanophile en Suède. Comme le souligne Qvarnström (2009 : 317), « Stiernstedt énonçait souvent un but spécifique lors de ses conférences ; il s’agissait pour la plupart du temps d’engager les Suédois dans des campagnes pour soutenir les pays en guerre et d’attirer leur attention pour la France et les alliés ». (notre trad.).

Le roman Colette Baudoche constitue ainsi une pierre dans cet édifice de propagande francophile ; il retrace l’histoire d’une jeune femme amoureuse d’un Allemand qui sacrifie son amour pour l’amour patriotique qu’elle attache à son pays. Qui plus est, Marika Stiernstedt introduit l’œuvre d’un célèbre Académicien français au capital culturel symbolique très élevé. Cet acte signale un positionnement particulier : en faisant la promotion de la pensée nationaliste d’un écrivain engagé, politicien et figure de proue du nationalisme français, elle s’engage à faire de la propagande francophile auprès des Suédois. Stiernstedt se fait donc le porte-parole d’une pensée patriotique ; ce que le dernier paragraphe de la préface de sa traduction laisse émerger :

« C’est à son nom [Maurice Barrès] que se nouent ardemment une pensée de revanche avec l’espérance de voir s’élever les traditions françaises. Dans ce petit roman écrit en 1908 et publié dans la série Les Bastions de l’Est, (Les Bastions contre l’Ouest), il développe le problème de race et de nationalité de son pays d’enfance, l’Alsace, et le laisse se refléter poétiquement au travers de quelques conflits quotidiens et sans prétention. Sans violence et sans haine contre l’ennemi, l’ennemi du pays, de la région et des souvenirs, et désireux de rendre justice, il nous montre surtout aussi bien la beauté magnifique de l’amour envers ses propriétés les plus chères, selon son entendement, dans le soin de son développement et dans le sacrifice du petit bonheur individuel au nom de valeurs plus hautes. » (Préface de Marika Stiernstedt, Barrès, 1915; notre traduction)

À travers ces lignes, c’est une France forte, synonyme d’espérance que Stiernstedt brandit comme exemple et c’est aussi l’esprit de sacrifice qu’elle veut mobiliser chez ses compatriotes suédois en faisant la traduction de l’histoire édifiante d’un couple franco-prussien puisque la jeune femme alsacienne délaisse son amant d’outre-rhin au nom du patriotisme français auquel elle veut rattacher l’Alsace.

Cependant, c’est sans aucun doute la parution de son livre Frankrikes själ en 1916 à Stockholm et sa propre traduction, L’Âme de la France, publiée l’année suivante à Paris qui lui vaut les louanges des intellectuels français dans la presse (Brouillet 2022), ce qui peut expliquer qu’elle soit très vite remarquée et décorée de la prestigieuse légion d’honneur pour couronner sa propagande en faveur des troupes françaises. Ce projet d’écriture est une commande venue d’un diplomate suédois, ancien ministre de l’Intérieur, Albert Ehrensvärd et dont la finalité est de rassembler de la documentation pour faire contrepoids à la perspective germanophile de la presse suédoise (Qvarnström, 2009 : 266). Outre son reportage Frankrikes själ (1916) composé d’un ensemble d’articles publiés dans les quotidiens suédois Dagens Nyheter et Social-Demokraten et qu’elle a réécrits (Qvarnström, 2009 : 268), Stiernstedt fait une exposition de photos, assure une conférence « Ensam kvinnan på fronten » en 1916 et s’impose, à ses propres dires, comme « la première femme suédoise reporter de guerre » (Qvarnström, 2009 : 266).

Précisons également que son livre, L’Âme de la France, auto-traduit en français, est publié en France chez le célèbre éditeur de l’époque Berger-Levrault et s’inscrit donc dans ce même esprit de propagande puisque cette maison d’édition renommée de l’Alsace œuvre « presque exclusivement pendant quatre ans à l’impression d’affiches, de proclamations, de tracts et de documents divers à l’usage de l’armée et de la nation » (Histoire d’un imprimeur Berger-Levrault 1676-1976, 1976 : 114). Dans son reportage de guerre, L’Âme de France, Stiernstedt rapporte ses impressions de voyage en tant que première femme étrangère sur le front et fait l’éloge des vertus du soldat français au désavantage de son homologue allemand. Cet essai contient de longues descriptions du courage de l’armée française, non exemptes de romantisme (Qvarnström, 2009 : 267) et constitue aussi une écriture de style authentique (Qvarnström, 2009 : 304) apte à sensibiliser les Suédois, jugés trop germanophiles. Stiernstedt fait publier une série d’articles dans la presse suédoise autour de Colette Baudoche et en discute le contenu en invoquant la perspective française sur la guerre (Qvarnström, 2009 : 313).

La préface de L’Âme de la France écrite par le célèbre écrivain symboliste, Victor Margueritte, présente la jeune écrivaine suédoise de manière très laudative alors que les Français ne la connaissent que très peu. Il se réjouit de reconnaître dans ce reportage le « tranquille héroïsme » qui caractérise la France, « cette espèce de sublime insouciance avec laquelle la France pacifique est redevenue la Gaule guerrière » (Stiernstedt, 1917 : VI). Margueritte semble être tombé sous le charme de cette suédoise patriotique et rappelle, tout d’abord, la sensibilité scandinave de l’écrivaine puis sa notoriété en Suède sans oublier sa filiation avec la France avant de louer finalement son reportage en soulignant son intention de propagande auprès de ses compatriotes suédois :

« Le plus véridique témoignage y est rendu à l’endurance, à la bonne humeur et à la magnanimité françaises. On méditera à l’étranger, cette visite à nos camps de prisonniers allemands, si différents des sinistres pourrissoirs où l’Allemagne eût achevé de déshonorer son nom, si le meurtre, le vol et l’incendie, par quoi elle a déshonoré la guerre, lui avaient laissé quelque chose à déshonorer… […].

Car Mme Marika Stiernstedt n’est point seulement venue en France en journaliste curieuse d’impressions fortes et d’avance décidée à tout louer. Elle est venue en observatrice amicale, mais sincère. Et sa déposition n’en a que plus de poids. Puisse-t-elle chever d’ouvrir les yeux de ses compatriotes, par ces temps où ce qui reste du socialisme international vient de se tourner du côté de Stockholm »

L’aspiration de Stiernstedt à chanter les prouesses de la France ne manque pas de clarté. Cette détermination prend aussi forme dans son engagement en Suède lorsqu’elle dépeint les atrocités de la guerre tant dans la presse qu’au travers de ses conférences. C’est avec le début de la Grande Guerre que Stiernstedt se démarque en délaissant l’écriture romanesque entre 1914 et 1920 (excepté quelques nouvelles) et en s’engageant au service de la guerre pour former l’opinion publique. Elle mobilise ainsi l’opinion en menant des débats de société, en écrivant dans la presse suédoise pour soutenir les victimes de guerre (Qvarnström, 2009 : 262–264). C’est une des conférencières suédoises les plus sollicitées à l’époque (Qvarnström, 2009 : 300). En parallèle, ses actions s’accompagnent d’un autre effort de propagande, cette fois-ci, au service de la Suède auprès du public français.

B) La promotion d’un Nord francophile

Si, avec son livre, L’Âme de la France, Stiernstedt cherche à contrecarrer cette ferveur grandissante que porte la Suède pour l’Allemagne pendant la Grande Guerre en apportant son témoignage de terrain, c’est très probablement dans cet esprit qu’il faut aussi inscrire la préface du roman Colette Baudoche de Barrès en soulignant la nécessité de rompre avec cet individualisme pour privilégier en revanche un humanisme plus élevé. Mais, l’écrivaine suédoise va plus loin et mobilise ses forces pour faire circuler un autre discours en France autour de la Suède. C’est en déployant différentes actions que Stiernstedt œuvre dans le champ littéraire français. À commencer par l’avant-propos de l’ouvrage rédigé en français par elle-même et Anna Lindhagen, Témoignages suédois, qu’elle publie, curieusement peut-être à Stockholm juste à la fin de la Grande Guerre en 1919 et dans lequel elle aspire à faire la promotion de la France face à l’Allemagne en laissant connaître le témoignage de personnalités suédoises. Pourtant, cet ouvrage a de quoi surprendre puisqu’il est publié à Stockholm, est écrit en français et s’adresse donc manifestement à un lectorat français. À bien y regarder, l’intention de Stiernstedt apparaît sans ambiguïté et consiste à rectifier, auprès des Français, l’image d’une Suède devenue trop germanophile. Pour cela, Stiernstedt s’allie à Anna Lindhagen pour souligner la présence du soutien de non moins de 17 personnalités suédoises envers la France en traduisant leurs textes respectifs. Dans l’avant-propos d’une longueur de quatre pages, l’écrivaine confirme avant tout la reconnaissance dont elle jouit en France et met en avant son soutien pour une cause bien précise : « montrer que les points de vue allemands étaient vraiment fort loin d’avoir gagné tous les esprits qui comptent. ». D’une certaine manière, elle se fait le porte-parole des humanistes suédois parmi lesquels elle s’inclut. Les premières phrases de cette préface sont éloquentes pour insister sur la position non germanophile de la Suède :

                    Avant-propos au lecteur français

Sans beaucoup d’esprit français, pendant la guerre, la Suède, prise en bloc, a passé pour être absolument germanophile. Rien n’est moins exact. La Suède, comme tous les pays neutres, sans exception, a vu se partager l’opinion publique du pays, selon, soit les influences prédominantes [sic !] de tel ou de tel des camps belligérants sur tel ou tel milieu de la nation, soit les courants de la politique intérieure, soit encore d’autres causes plus complexes à d’terminer. La violation de la neutralité de la Belgique provoqua chez nous, dès 1914, une forte indignation parmi les masses populaires, qui contribua à fixer leurs sympathies. On peut affirmer, j’ose le prétendre, que dans la totalité des Suédois, le plus grand nombre fut décidément contraire à la politique, à la guerre allemandes. (Lindhagen & Stiernstedt, 1919 : 5)

Visiblement, Marika Stiernstedt cherche à montrer qu’il existe des francophiles déterminés en Suède et, comme elle l’écrit, elle espère ainsi « prouver à nos amis de France, que leur belle patrie, dans son âpre lutte pour la liberté et la vie, ne manqua jamais, chez nous, d’admirateurs, d’enthousiastes, ou d’affirmateurs de la justesse de sa cause. ». La France est présentée ici comme un modèle des droits de l’homme et « le fervent défendeur de la liberté et de la vie » alors que la Suède est introduite comme une nation admirative des valeurs prônées par la France cherchant à défendre la cause de la France. Le positionnement de Stiernstedt ne comporte aucune ambivalence. Parmi tous les défenseurs d’une Suède francophile, elle n’oublie pas de se citer en faisant référence à son propre ouvrage, L’Âme de la France, comme « modeste effort de propagande » (Stiernstedt & Lindhagen, 1919 : 6).

C’est aussi dans cette veine qu’il faut interpréter ses tout premiers articles parus dans les revues françaises de l’époque comme par exemple sa toute première contribution à La Revue des revues en août 1916 où paraît un extrait de son livre L’Âme de la France, plus précisément, son chapitre « Trois jours sur le front ». En tant que Suédoise, Stiernstedt incarne les couleurs de son pays et défend ses intérêts en montrant sa ferveur, et indirectement celle de ses compatriotes, pour soutenir les valeurs de la France. Ce premier article introduit par une note éditoriale a un autre intérêt car il présente Stiernstedt comme une écrivaine suédoise ayant acquis une grande notoriété dans son pays. On la lance donc comme une auteure reconnue dans son pays et on explique sa sympathie envers la France dès le commencement :

« Mme Maria [sic !] Stiernstedt est un écrivain suédois, qui s’est acquis dans son pays, par ses ouvrages, une grande notoriété. Elle professe pour la France et notre peuple une vive sympathie qu’elle a tenu à affirmer en venant se mêler à notre vie de guerre, en suivant l’âme française sur le front, dans les tranchées et, à l’arrière, dans le recueillement des familles et l’activité généreuse des œuvres de solidarité. »

Le fait que l’écrivaine soit connue en Suède n’est pas insignifiant et lui sert de carte de crédit auprès des lecteurs en France. Stiernstedt adresse le même message propagandiste dans son article du 8 juillet 1916 paru dans La Renaissance dans lequel elle aspire à montrer le courage de ces soldats français estropiés dont le courage ne défaille pas grâce bien souvent à l’attention de leur famille. Mais, son action va s’étendre au-delà des intérêts politiques : Stiernstedt va essayer de promouvoir un autre visage de son pays en mettant en avant sa modernité.

C) La promotion d’un Nord moderne

Parallèlement, Stiernstedt va œuvrer pour introduire le visage d’une Suède moderniste. Comme le montre Kylhammar (2017), les récits de voyages des Français, élogieux mais idylliques, sont encore très romantiques pendant l’entre-deux-guerres et idéalisent la Suède rurale : le triomphe du romantisme national de la fin du 19e siècle est encore en vigueur. La perception de la Suède à la sortie de la Première guerre mondiale s’inscrit dans le prolongement de cette septentriomanie qui s’est abattue sur la France au tournant du siècle où l’image brumeuse de la Suède se fait encore persistante (Rogations 2017). Ce n’est pas si surprenant de lire sous la plume de Lehman comment Victor Vinde, important passeur de la culture scandinave en France à cette époque, est fatigué d’observer l’état de la situation :

« Il en a assez de retrouver sans cesse les mêmes poncifs dans leurs récits et se moque de ces auteurs en résumant leurs propos avec un certain humour. Leur perception de la Scandinavie se réduirait ainsi à l’énumération suivante : « […] téléphone, amour libre, hôpitaux, renne fumé, skaal ». Victor Vinde s’en prend particulièrement à Christian de Caters pour son livre Visages de la Suède (1930). En effet, cet auteur a beau se montrer admiratif vis-à-vis de ce pays, il serait « allé là-bas avec les préjugés héréditaires de ses compatriotes ». (2011 : 741)

À partir de ce contexte, il est intéressant de voir comment la France de l’entre-deux-guerres baigne dans une perception encore très stéréotypée de la Scandinavie contre laquelle Victor Vinde tente de s’insurger. Ce sont encore les brumes scandinaves qui dominent, ce qui rejoint les remarques auxquelles aboutit Alexandra Brouillet dans son étude de réception en soulignant que : « Finalement la représentation du Nord dans la presse, que ce soit en général ou en lien avec Marika Stiernstedt est majoritairement répétitive et très stéréotypée. Elle semble dénoter, pour ne pas dire d’une ignorance, tout du moins d’une connaissance très partielle de ces pays éloignés. » (2022 : 20). Ce n’est donc pas un hasard si Stiernstedt a pour ambition de propager une autre Suède comme elle le fait dans son article du 15 novembre 1927 paru dans La Revue des Deux Mondes et portant sur l’évolution de la Suède depuis la seconde moitié du 19e siècle. L’auteure suédoise y souligne ce qui fait de la Suède un pays moderne. Elle donne un aperçu rétrospectif historique sur les événements socio-culturels les plus importants de son pays et évoque à tour de rôle la lutte contre l’alcoolisme, la gymnastique, l’instruction populaire et l’émancipation de la femme. La Suède, comme elle le souligne, profite d’un « bien-être croissant ». Cette modernité nordique, elle la défend avec fierté, surtout dans le domaine littéraire. Elle soutient en effet cette cause de multiples manières en s’investissant dans des revues françaises.

Lors d’une interview publiée en mars 1919 dans La grande Revue, Stiernstedt répond à une « enquête mondiale sur l’avenir de la littérature » et y souligne l’arrivée d’une nouvelle littérature psychologique, une littérature avec « un vif sens profond des choses ». Elle annonce une « littérature de vastes idées, à forme nette et claire, aux exemples, éclatants symboles, puisées dans la Vie même, sans hypocrisie et sans bravade. ». L’écrivaine suédoise vante donc l’écriture des romans psychologiques et va se prêter à cet exercice dans l’auto-traduction de ses deux romans Les Meules du Seigneur (1928b) et Les quatre bâtons de maréchal (1935) en essayant d’adopter ce style concret qu’elle associe à la littérature française. Rappelons également qu’en écrivant la préface en suédois du célèbre roman Le Nœud de vipères de Mauriac, lui aussi académicien devenu Prix Nobel en 1952 et dont l’œuvre est traduite par Axel Claëson en suédois en 1932, elle introduit cette fois-ci le roman psychologique catholique.

La réponse qu’apporte Stiernstedt à cette enquête mondiale suscite par ailleurs l’intérêt. L’éditeur présente en effet l’écrivaine suédoise et commence par rappeler son reportage de guerre (L’Âme de la France) avant de présager de la future prospérité de Stiernstedt en France si l’on traduisait toutes ses œuvres en français, à commencer par « cette Réputation d’Alma Wittfogel surtout. ». L’éditeur va alors aussi insister sur ce qui fait de Marika Stiernstedt une figure littéraire remarquable :

« Mme Stiernstedt a rompu avec la tradition romantique et touffue, avec le goût moyenâgeux qui menaçait de boursoufler l’art suédois. Ses récits d’un réalisme délicat et poignant, son talent sobre, précis, nuancé et plein de charme, font d’elle le véritable écrivain représentatif de son pays. » (Stiernstedt, 1919 : 89)

Stiernstedt, selon la critique, fait donc rupture et se place en retrait de ces brumes qui ont longtemps caractérisé le Nord (Fournier 1989; Rogations 2017) ; elle est perçue comme une représentante de cette nouvelle vague moderne de la littérature suédoise des années 1910 qui entre alors en concurrence avec l’ancienne génération des écrivains des années 1890. Ce sont, par ailleurs, les caractéristiques de clarté et de netteté que Stiernstedt fait ressortir de ses réponses lorsqu’elle se prononce sur l’avenir de la littérature en voyant dans cette nouvelle école littéraire à venir « un vrai renouvellement » où jailliront :

« Du nouveau, Du grand, très humain, peut-être très chrétien, mais dans l’acceptation la plus pure de ce mot. Une littérature de vastes idées, à forme nette et claire, aux exemples, éclatants symboles, puisés dans la Vie même, sans hypocrisie et sans bravade. » (nous soulignons).

De nouveau, ce sont encore une fois les mêmes éléments de sobriété et de nudité qui retiennent l’attention de l’écrivain Victor Margueritte, lorsque ce dernier dépeint dans sa préface de L’Âme de la France les caractéristiques de l’écriture de l’auteure suédoise en soulignant son « esprit vif, net, délié ». Néanmoins, il associe paradoxalement ces qualités littéraires à « cette faculté d’abstraction qui donne aux écrivains du Nord une hauteur un peu nuageuse de vues » (Stiernstedt, 1917 : V). Pour Margueritte, ces traits stylistiques de « talent très suédois » sont en réalité chez l’écrivaine « très français » car les origines de Stiernstedt la rapprochent de la France comme il le souligne :

« [A]ussi bien la pouvons-nous un peu revendiquer comme Française, voire comme Parisienne, cette Scandinave alliée à des familles de chez nous, et qui, jadis, vécut à Versailles et y subit notre empreinte historique, là plus marquante sans doute que partout ailleurs… Et voilà pourquoi, dans le simple miroir de cette œuvre, l’Âme de la France apparaît avec la pure nudité de sa ligne, sa beauté sobre. » (Stiernstedt, 1917 : VI)

Outre son engagement dans la presse, Stiernstedt mobilise aussi ses forces pour transmettre des connaissances sur la littérature suédoise en intervenant entre autres à la Sorbonne sur le thème de « La vie en Suède » et en s’entretenant de littérature avec Lucien Maury.

Incontestablement, par le remaniement de ses romans et par ses auto-traductions, elle cherche en même temps à transmettre une autre littérature suédoise en France. Ses deux premiers succès consistent à faire paraître son reportage de guerre, Frankrike själ (1916) et la traduction de son roman de jeunesse, Ullabella. À la suite de ces deux triomphes, Stiernstedt poursuit son projet d’écrivaine en remaniant, et en réécrivant en partie, cette fois-ci deux romans suédois en français, à savoir Les Meules du Seigneur (1928b) [Von Sneckenströms 1924] et Les quatre bâtons de maréchal (1935) [De fyra marskalkstavarna 1933]. Son projet est certes personnel mais aussi d’ordre national : Stiernstedt veut introduire la littérature scandinave en France.

Stiernstedt s’adresse à Lucien Maury au sujet de son roman suédois De fyra marskalkstavarna qu’elle lui a demandé de lire et le remercie de sa réponse encourageante (envoyée le 8 du même mois). C’est dans sa lettre du 15 février 1934, que Stiernstedt se confie alors à Maury et lui parle de son travail sur l’écriture : « J’ai tâché aussi de serrer le langage même, d’éviter le ʽtouffuʼ qui gâte tant d’œuvres scandinaves, d’arriver à un parler très direct. En somme, c’est une façon de se moderniser tout simplement. ». Si Stiernstedt semble hantée par le désir d’écrire avec clarté et limpidité, c’est probablement parce qu’elle ne veut pas être cataloguée dans ces représentations littéraires « brumeuses » liées à la Scandinavie et qu’elle recherche à imiter ce style clair et sobre qu’elle associe, comme tant d’autres à l’époque, à l’écriture romanesque française. Le caractère idiomatique, la tonalité et l’élégance de la langue française doivent être conservés à tout prix, selon elle, d’où la nécessité de trouver un bon traducteur26. Trois ans plus tard, elle demande de nouveau à Maury son avis sur son roman Spegling i en skärva qu’elle souhaite voir paraître en français et qui, comme elle lui confie, a eu un grand succès en Suède au cours de l’automne 1936. Et, pour encore mieux convaincre son ami, elle lui précise que « Fagelqvist [sic !] l’a proclamé le meilleur de tous ceux que j’ai jamais écrits. »27.

Mais, Marika Stiernstedt, aussi ambitieuse soit-elle, ne pense pas seulement à ses propres intérêts. L’écrivaine semble avoir joué un autre rôle et agit comme une confidente précieuse auprès de Maury : elle lui donne des renseignements très riches sur la littérature suédoise de l’époque, un aspect essentiel pour l’activité professionnelle de ce dernier. Dans sa lettre du 11 janvier 1937, Stiernstedt informe Maury des tendances littéraires du moment et lui recommande quelques œuvres dont Nässlorna blomma de Harry Martinson28. Dans cette même lettre, elle confirme Lucien Maury dans ses intuitions et loue – avec quelques réserves toutefois - le talent d’Eyvind Johnson :

« Je pense comme vous que Eyvind Johnson est le plus intelligent du groupe entier. Il a eu bien de la peine à se dépêtrer de ses maîtres (Hamsun par exemple) et de certains préjugés littéraires… et prolétariens. Avec 1914 (Så var det 1914) [sic], il est enfin dégagé. Toutefois, ce qui nuit à Johnson, c’est qu’il est peut-être un peu… « ennuyeux ». De nos jours où la vie bat d’un pouls rapide, et où les spectacles de la vie se succèdent si vite, et si pleins de pittoresque, (le cinéma, je pense, a eu son influence marquée !), Johnson reste un peu auteur pour lettrés – et seuls lettrés. Sans pourtant être du rang des tout grands… Peut-être y arrivera-t-il, je le souhaite : il a été lauréat du prix des ʺneufʺ (samfundet De Nio), dont je suis membre et secrétaire, et nous avons bien senti le poids de son talent, mais peut-être encore plus, le souffle de son ambition louable de faire de mieux en mieux. Son livre de l’année, reste, comme celui de Martinson, au-dessous du précédent : une nuance très explicable.

Comme on est content de savoir chez nous que vous vous intéressez si vivement, et si activement, à nos lettres ! Comme c’est heureux ! »

Cette lettre a l’intérêt de montrer le rôle de conseillère que joue aussi Stiernstedt auprès de Maury à cette époque où la littérature suédoise prolétarienne commence à percer en Suède. L’écrivaine suédoise discute avec lui de littérature et, en tant que membre et secrétaire de l’Académie des Neuf, elle est évidemment très bien placée pour connaître les écrivains de talent de son temps pour en informer Maury.

Faire la promotion d’un Nord francophile et moderne

Au travers de cette contribution, les enjeux étaient doubles : nous avons eu pour ambition d’un côté de faire un inventaire de la production française de Marika Stiernstedt et de l’autre, de faire apparaître le rôle de cette écrivaine dans l’histoire littéraire interculturelle franco-suédoise. Cette auteure suédoise francophone s’est imposée sur le marché éditorial français tant dans la presse française que dans diverses publications en France sans que cela ne soit étudié dans les études scandinavistes françaises ni dans l’historiographie suédoise. Notre recherche a voulu apporter un nouvel éclairage sur une personnalité fascinante de par ses engagements au service de la France et de la Suède.

À partir d’un commentaire des sources et grâce à l’éclairage apporté par les correspondances entretenues entre Stiernstedt et Lucien Maury d’une part ou avec l’éditeur Albin Michel d’autre part, nous avons saisi le double projet à la fois de nature collective et personnelle auquel Stiernstedt s’est adonné. Ainsi, nous avons découvert le double positionnement de Marika Stiernstedt, tantôt ambassadrice des valeurs nationalistes de la France en Suède tantôt ambassadrice d’un Nord francophile et moderne. À travers aussi bien ses œuvres en français que sa production journalistique et épistolière, Marika Stiernstedt s’est positionnée comme une médiatrice insoupçonnée aspirant à faire la promotion d’une nouvelle littérature scandinave en France, plus précisément d’une littérature moderne à laquelle elle veut appartenir. Aux côtés des plus grands médiateurs de littérature scandinave, tels Lucien Maury et Victor Vinde29, Stiernstedt s’inscrit elle aussi comme une pionnière dans l’espace parisien et s’apprête à déconstruire ces images stéréotypées du Nord encore si foisonnantes pendant l’entre-deux-guerres. En ouvrant ce champ d’investigation, notre recherche a ouvert un domaine d’étude dont il reste encore beaucoup à découvrir. L’étude approfondie de ses auto-traductions permettrait sans aucun doute de saisir les modalités de l’imaginaire du Nord. Plus précisément, il serait intéressant d’appréhender le projet de l’écrivaine suédoise en le mettant en relation avec l’imaginaire du Nord selon l’acception de Chartier qui le définit comme :

« l’ensemble des discours énoncés sur le Nord, l’hiver et l’arctique, que l’on peut retracer à la fois synchroniquement – pour une culture donnée – ou diachroniquement – pour une culture déterminée -, issus de différentes cultures et formes, accumulés au cours des siècles selon un double principe de synthèse et de concurrence. » (Chartier, 2018 : 12)

Chartier précise et distingue deux types de représentations du Nord et entrevoit celles venant de l’extérieur – qu’il identifie comme des constructions généralement occidentales en provenance essentiellement de France, d’Allemagne, d’Angleterre et des États-Unis – et celles de l’intérieur, définies comme étant présentes dans le patrimoine culturel nordique (cf. Chartier, 2018 : 10). Dans le cas de Stiernstedt, dont le positionnement se situe à la frontière entre deux cultures, on peut s’interroger sur le contenu de l’imaginaire du Nord qui habite ses œuvres traduites. Les représentations du Nord qu’elle introduit dans ses romans puisent-elles dans un réservoir d’images commun aux écrivains suédois ou, au contraire, sont-elles plutôt simplifiées pour n’en être que plus attrayantes à la manière des représentations de l’imaginaire du Nord stéréotypées en vigueur à l’époque en Occident ? Ces deux catégories ne conviennent peut-être pas dans le cas des auteures translingues. En proposant un troisième ensemble où l’imaginaire du Nord est cette fois-ci de nature transnationale et interactive, entrecroisant les perspectives nord-sud, il serait peut-être envisageable de percevoir un imaginaire du Nord composé de discours exogènes transnordiques30 où l’énonciateur nordique, en l’occurrence l’écrivain translingue, délocaliserait cette fois-ci son discours en empruntant une langue étrangère (le français), un lexique et des thèmes appropriés à cet imaginaire translingue en y convoquant le transculturel. La position de médiatrice et d’ambassadrice qu’endosse Stiernstedt tendrait à faire entrevoir cette hypothèse qu’une étude textuelle et informatique des mythèmes du Nord31 pourrait, par exemple, tester à partir d’un corpus de plusieurs romans de cette auteure.

Notes

1L’écriture du nom de famille de Marika Stiernstedt change en fonction des sources utilisées dans cette contribution et apparaît parfois avec la graphie suivante Stjernstedt. 

2Comme Wittrock (1959) le rappelle, les Stiernstedt conversaient en français à la maison et avaient à leur service une gouvernante suisse pour éduquer leurs enfants. Le français, Wittrock le note dès la première page de sa biographie sur Stiernstedt, était considéré par l’écrivaine elle-même comme une langue à demi-maternelle après le suédois et le polonais. Dès la mort de sa mère, Stiernstedt très jeune s’est alors rapprochée de sa tante Hedvige de Forsanz résidant à Paris. Âgée alors de six ans, elle y passa une année entière et y séjourna aussi régulièrement pendant les grandes vacances d’été. Pour parfaire son éducation, Marika Stiernstedt sera envoyée à l’âge de 13 ans dans un pensionnat catholique, le couvent du Roule, 29 avenue Hoche à Paris où elle vivra pendant deux ans avec les sœurs augustines, « une des périodes les plus heureuses de [s]a vie » selon elle (Stiernstedt 1928a : 312). Plus tard, alors que son deuxième mariage avec Ludvig Nordström traverse une crise, elle entame une relation amoureuse avec un Français au cours de son voyage en France en 1917 (Stenborg 2009 : 89). 

3Le procédé de l’auto-traduction est particulièrement fascinant dans le cas de Marika Stiernstedt et ne semble pas avoir été traité à notre connaissance. Cet aspect ne sera pas développé dans cette contribution car il demanderait, en effet, une analyse textuelle approfondie des paratextes des publications en prenant appui sur la riche correspondance de l’auteure avec son éditeur Albin Michel. Une étude ciblée sur le translinguisme de Stiernstedt écrite par l’auteure du présent article va paraître dans un collectif dirigé par Maxime del Fiol (Cedergren, à paraître). 

4La question de l’imaginaire du Nord des œuvres de l’auteure ne sera évoquée et abordée que dans la fin de cette contribution pour être traitée plus tard en exhaustivité. 

512 volumes de correspondances (1917–1953) du Fonds Lucien Maury sont conservés à Kungliga biblioteket (Tegelberg 2021 : 26). 

6Notre étude s’inscrit dans le domaine exploré par le collectif dirigé par Leffler, Swedish women’s writing on export: tracing transnational reception in the nineteenth century (2019) consacré à la réception de quelques écrivaines suédoises à l’étranger. 

7Notons aussi que la liste des articles de recension signalée par Ballu demeure incomplète si l’on compare avec celle de Brouillet (2022). L’inventaire de Brouillet a permis de recenser 85 articles de recension à partir de la base de données Gallica alors que Ballu n’en mentionne que 13 (2016 : 841). 

8Comme le présente l’étude de réception d’Alexandra Brouillet portant sur Marika Stiernstedt dans la presse française, la première période (1914–1920) « correspond à une période où la critique s’est focalisée sur la Première guerre mondiale. (…). Notre corpus en témoigne : il fait état de six articles parus entre 1914 et 1920. Il faut signaler qu’au cours de cette période, Stjernstedt a écrit trois articles de sa main dont le contenu est aussi en lien avec la guerre de 1914. Durant ces sept premières années, les articles ont presque tous pour sujet la grande guerre, la traitant sous des angles et formes différentes. ». 

9Maria (Marika) Alexandra Sofia Stiernstedt, www.skbl.se/sv/artikel/MarikaStiernstedt, Svenskt kvinnobiografiskt lexikon (artikel av Lisbeth Larsson), page visitée le 7 mars 2022. 

10Cette académie littéraire prestigieuse, fondée en 1913 par Lotten von Kraemer, est composée de neuf membres permanents. Chaque année, l’académie distribue plusieurs prix littéraires au début de l’automne (cf. https://samfundetdenio.se/). 

11Lettre de Stiernstedt à Sabatier le 20 décembre 1947. 

12Lettre de Stiernstedt à Pierre Brisson le 12 mars 1940. 

13Dagbok: almanack 1916 (cote : Marika Stiernstedt 31) dans les archives du Fonds Marika Stiernstedt. 

14Le contrat d’édition a été établi le 21 avril 1926 entre Stiernstedt, les deux traductrices d’Ullabella et l’éditeur pour que ces dernières cèdent leurs droits d’auteur et de traducteurs (Fonds Albin Michel, manuscrit, cote : 273 ALM 2636/21, Correspondance de Marika Stiernstedt avec Albin Michel). 

15Par exemple, consulter les lettres de Stiernstedt à Maury du 6 août 1931 et du 14 septembre 1935. 

16Lettre de Stiernstedt à Maury le 3 février 1937. 

17Selon les informations du catalogue de la Bibliothèque nationale de France, consulté le 3 octobre 2022. 

18Cet article imprimé se retrouve sans annotations aussi dans les archives de Stiernstedt (kartong 126 – Egna tryckta arbeten, småtryck). 

19Grâce à Maury, les œuvres de Selma Lagerlöf et Pär Lagerkvist sont parues en France (Hedberg, 2022 : 48). 

20Par exemple, Stiernstedt s’adresse à Maury avec les épithètes suivants : « excellent ami » (3/2/37), « grand ami » (21/3/40), « vieil ami » (27/12/48) ou encore « mon très cher ami » (5/12/52). 

21Le nom de la pièce ne figure pas dans la lettre mais on présume qu’il s’agit de Attentatet, une pièce dont la traduction française ne verra finalement jamais le jour en France. La pièce sera traduite et publiée en Suisse, à Lausanne, en 1944 à cause de la guerre. À ce sujet, Stiernstedt reçoit une lettre de Robert Esménard, gendre d’Albin Michel, et en charge de la maison d’édition Albin Michel, lui confiant sa résolution de ne pas publier son livre, Un Attentat à Paris, en France, bien que la guerre soit terminée, vu que la pièce a été publiée en Suisse. (cf. Lettre du 29 mars 1946 d’Esménard à Marika Stiernstedt). 

22D’après la lettre de Stiernstedt aux éditions Albin Michel le 14 janvier 1948, elle aurait envoyé les manuscrits de « REFLET DANS UNE PARCELLE (ou DÉBRIS) DE MIROIR et BELLE FIN D’ÉTÉ 39 ») pour qu’ils soient évalués par une lectrice en vue d’une publication en France. La correspondance s’arrête à ce moment sans aucune information supplémentaire. Ces deux ouvrages ne paraîtront pas. 

23Lettre de Stiernstedt à Maury le 21 mars 1940. 

24Lettre de Stiernstedt à Maury le 5 février 1934. 

25Selon les résultats de Cedergren (à paraître), Stiernstedt aurait refusé de faire publier son roman Les Meules du Seigneur dans la « Bibliothèque des Maîtres de la littérature étrangère » chez les éditions Albin Michel espérant être assimilée à une auteure française. 

26Lettre de Stiernstedt à Maury le 5 février 1934. 

27Lettre de Stiernstedt à Maury le 11 janvier 1937. 

28Notons que Stiernstedt indique dans sa lettre à Lucien Maury le nom de Moa Martinson comme auteur de Nässlorna blomma et se trompe par conséquent puisque Harry Martinson en est l’auteur. 

29Cf. L’étude de Lehman (2012) précise la différence entre ces deux médiateurs par le fait que Victor Vinde se chargeait surtout de traduire les œuvres suédoises à la différence de Lucien Maury qui agissait surtout comme critique littéraire, écrivain, médiateur et préfacier de par ses nombreux contacts. 

30Ce terme avait été forgé par Cedergren (2019) en étudiant les modalités de l’imaginaire du Nord dans le discours journalistique suédois à partir d’un corpus de réception littéraire francophone. 

31Cette étude utiliserait dans ce cas la banque de données du Laboratoire des mythèmes construite par Thomas Mohlnike à l’université de Strasbourg : https://mythemes.u-strasbg.fr/w/index.php/Accueil 

Déclaration de conflit d’intérêts

Mickaëlle Cedergren n’a aucun intérêt concurrentiel à déclarer. Cet article est l’aboutissement d’une recherche financée par une bourse de la fondation Birgit Bonnier. Cedergren est co-rédactrice en chef du Nordic Journal of Francophone Studies. L’article a été soumis en double évaluation à l’aveugle.

Références


    Archives

    1. Correspondance de Lucien Maury. Lettres de Marika Stiernstedt à Lucien Maury, 41 lettres, Dep 238.1, Kungliga biblioteket. 

    2. Correspondance de Marika Stiernstedt avec Albin Michel : côte : 273 ALM 2636 / 21, Institut des archives contemporaines de l’édition (IMEC). 

    3. Archives de Marika Stiernstedt. Korrektur, andras manuskript, andras tryckta arbeten, övrigt : côte : Marika Stiernstedt 126. Bibliothèque d’Uppsla. 

    4. Archives de Marika Stiernstedt. Dagbok: almanack 1916. Cote : Marika Stiernstedt 31. Bibliothèque d’Uppsala. 


    Articles de presse cités

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