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Reading: Une illustre pionnière, la reine Christine (1636–1689)

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Research

Une illustre pionnière, la reine Christine (1636–1689)

Author:

Jean-François Battail

Sorbonne Université, FR
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Abstract

There are many publications about Queen Christina of Sweden, but only a few about her literary talents. However, her letters, her autobiography and her aphorisms, written in an elegant French, give her a special place in the francophone literature.

 

Résumé

La reine Christine de Suède a fait l’objet de nombreuses publications, mais ses talents littéraires ont rarement été mis en lumière. Pourtant, sa correspondance, son autobiographie et ses recueils d’aphorismes, écrits dans un élégant français, lui confèrent une place singulière dans l’histoire de la littérature francophone.

 

Mots-clés : Reine Christine de Suède; littérature francophone; correspondance; autobiographie; aphorismes

How to Cite: Battail, J.-F. (2022). Une illustre pionnière, la reine Christine (1636–1689). Nordic Journal of Francophone Studies/ Revue Nordique Des Études Francophones, 5(1), 166–176. DOI: http://doi.org/10.16993/rnef.83
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  Published on 03 Nov 2022
 Accepted on 01 Jul 2022            Submitted on 26 Apr 2022

Peu de souverains ont suscité autant de jugements contradictoires que cette reine à la personnalité énigmatique, complexe et, à bien des égards, paradoxale. Sa situation même dans l’histoire de la Suède ne pouvait laisser indifférents ni ses contemporains, ni la postérité. Dans son Histoire de Charles XII (1731), Voltaire, après avoir évoqué Gustave-Adolphe, présente l’héritière du « Lion du Nord » en ces termes :

Sa fille Christine, née avec un génie rare, aima mieux converser avec des savants que de régner sur un peuple qui ne connaissait que les armes. Elle se rendit aussi illustre en quittant le trône, que ses ancêtres l’étaient pour l’avoir conquis ou affirmé. Les protestants l’ont déchirée, comme si on ne pouvait pas avoir de grandes vertus sans croire à Luther ; et les papes triomphèrent trop de la conversion d’une femme qui n’était que philosophe. Elle se retira à Rome, où elle passa le reste de ses jours dans le centre des arts qu’elle aimait, et pour lesquels elle avait renoncé à un empire à l’âge de vingt-sept ans. (Voltaire, 2001 : 26)

Une destinée aussi singulière suffit en elle-même à appeler des commentaires passionnés, d’autant que le comportement hors norme de la reine avait de quoi alimenter bien des fantasmes. La reine Christine n’a cessé de faire l’objet d’une abondante littérature, de qualité très inégale. Si l’on s’en tient aux études tenues pour sérieuses, très peu sont de caractère littéraire. Outre de nombreuses biographies plus ou moins romancées, on trouve surtout des analyses historiques et politiques, des réflexions sur l’éducation de la reine et ses convictions intellectuelles, sur la vie à la cour de Stockholm, sur les raisons réelles ou supposées de sa conversion au catholicisme, sur l’exil à Rome et les intrigues dans la cité des papes. Aujourd’hui encore, les querelles d’interprétation ne manquent pas tant subsistent des zones d’ombre que les sources existantes ne suffisent pas à dissiper.

Nous n’entrerons pas dans ces débats, le but du présent article étant autre. Parmi ses nombreux talents, Christine s’est illustrée par sa production littéraire d’expression française. L’objet de notre réflexion étant « la langue française des écrivaines suédoises », il paraît opportun de rendre hommage à celle qui a ouvert la voie – et qui à ce titre mérite le qualificatif de pionnière.

Le choix du français doit être replacé dans le contexte de l’époque. Le suédois n’étant guère utilisable hors des frontières du royaume, il a fallu de tous temps recourir à des idiomes étrangers pour assurer les relations extérieures. Au début des temps modernes et jusqu’au début du règne de Gustave-Adolphe, l’allemand est la langue étrangère dominante ; par ailleurs, le latin sert aux échanges intellectuels et aux tractations diplomatiques, avec l’avantage évident de n’être la langue maternelle de personne et ainsi d’appartenir à tout le monde. Mais au début du XVIIe siècle, l’influence française et italienne se fait de plus en plus sentir dans les hautes classes. Un poste de maître de langues est créé à l’université d’Uppsala dès 1637 à destination des jeunes nobles éduqués sous le double signe des arts et des lettres – arte et marte; il s’agit en l’occurrence de langues romanes, principalement du français.

C’est sous le règne de Christine (1644–1654) que s’opère une gallicisation marquée de la cour de Stockholm. On sait que l’influence française en Suède connaîtra son âge d’or au siècle suivant, dans un contexte largement européen, avec notamment de très nombreux emprunts lexicaux (Battail, 2000). Mais le processus est déjà largement amorcé au milieu du XVIIe siècle, sans qu’il ne soit jamais question d’hégémonie. Le clergé n’a cessé de combattre cette influence jugée pernicieuse. Même dans l’entourage de Christine, certains n’acceptent pas sans réserve une culture par trop synonyme de luxe et de frivolité. Un puissant courant qui exalte les vieilles vertus scandinaves de courage et de simplicité des mœurs, le göticisme, traverse tout le siècle, et l’on en trouve à la cour un des plus brillants représentants, Georg Stiernhielm, le « père de la poésie suédoise » ; il est d’ailleurs remarquable que l’avènement de l’idiome national comme langue de culture aille de pair avec la percée du français !

La reine, elle, est résolument cosmopolite. Dès l’âge de quatorze ans, elle a appris à maîtriser les principales langues européennes, avec une prédilection pour le français. Désireuse que Stockholm devienne une nouvelle Athènes, elle a fait venir à grands frais artistes, érudits, et savants de toute l’Europe. La cour de Stockholm devient une véritable institution culturelle au sein de laquelle Français et francophones se taillent la part belle. Reine de la paix – c’est sous son règne que s’achève la guerre de Trente Ans avec le traité de Westphalie – elle promeut une culture humaniste qui tranche sur les vieux idéaux martiaux et se donne pour devise « la sagesse est le pilier du royaume » (« visheten är rikes grundpelare »). Et le français est sa langue de communication, y compris à l’adresse de ses compatriotes, comme l’atteste sa correspondance.

Christine a été une épistolière infatigable. Elle a écrit en français à Louis XIV, à Mazarin, aux princes européens, à leurs ambassadeurs et autres dignitaires comme le prince de Condé ou le duc d’Orléans. Si la correspondance politique et diplomatique de la reine occupe une place importante, Christine a aussi entretenu des relations épistolaires plus personnelles avec diverses personnalités de son temps. Il n’existe pas d’édition regroupant l’ensemble de cette production, mais des lettres choisies ont été publiées au fil du temps, tantôt en langue originale, tantôt en traduction suédoise. Les premières publications de ce genre ont vu le jour quelques décennies après la mort de Christine, d’une part sous forme de « Lettres choisies » (Christine, 1759),1 d’autre part dans la monumentale édition des textes disponibles de la reine Christine procurée par Arckenholtz (1751–1760). À la fin du XIXe siècle, le baron de Bildt publiait un document remarquable, l’échange épistolaire entre Christine et celui dont elle avait fait son légataire universel, le cardinal Azzolino.2 D’autres publications plus récentes ont révélé au public suédois les talents épistolaires de la reine.3

Une partie de la correspondance de Christine témoigne de son insatiable curiosité intellectuelle. Elle s’est ainsi entretenue avec quelques-uns des meilleurs esprits du temps : Gassendi, Pascal, Bayle, et surtout Descartes, dont la correspondance avec la reine a fait récemment l’objet d’une nouvelle édition critique.4 On sait qu’après ces échanges épistolaires amorcés en 1646, Descartes a déféré à l’invitation qui lui était faite et a passé les quatre derniers mois de sa vie à Stockholm où il est mort en février 1650. Une telle rencontre a de quoi frapper les esprits. Elle a suscité de nombreux commentaires, parfois aventureux. La conjonction de la puissance publique et de la philosophie, condition requise selon Platon pour l’avènement de la cité idéale (République, Livre V) a de quoi faire rêver, mais la réalité est tout autre, même si la jeune reine avait placé son règne sous le signe de la sagesse.

Qu’il y ait eu appréciation mutuelle ne fait aucun doute. Arrivé début octobre 1649 dans la capitale suédoise, Descartes lui-même, dans une lettre du 4 décembre 1649 adressée de Stockholm à Constantin Huygens, rendait hommage sans ambiguïté à « l’admirable reine de ce pays » (Dibon, 1950 : 75).5 Y a-t-il pour autant influence du philosophe, ou simplement affinités avec la reine sur certains points ? Spécialiste français de la reine Christine, Jean-François de Raymond s’est livré à des enquêtes minutieuses sur leurs relations à partir des sources existantes, y compris sur le rôle d’intercesseur joué par Chanut, diplomate en poste à Stockholm et ami de Descartes (de Raymond, 1993; 1999). Certes, la rencontre entre deux personnalités culturelles de cette importance ne peut laisser indifférent, mais l’intérêt d’une telle confrontation semble être d’ordre biographique plus que philosophique. Christine attendait de Descartes une vérité morale qui rende l’homme plus sage et plus heureux, et les questions débattues entre eux concernaient le Souverain bien, le primat de la volonté, le fondement de l’action, la liberté humaine. C’est le Descartes du Traité des passions de l’âme (1649) qui l’intéressait au premier chef. La vision mécaniste de l’univers, objet de controverses dans toute l’Europe, lui était étrangère. Son goût pour l’étude des grands auteurs de l’Antiquité classique et sa passion pour les livres expliquent que bibliothécaires, érudits et chasseurs de manuscrits aient joué le premier rôle à la cour (Battail, 1991). Le cartésianisme, indépendamment de la personne de Descartes, a certes revêtu une grande importance dans l’histoire du savoir en Suède, mais bien après la mort du philosophe. Venue de Hollande et précédée d’une réputation sulfureuse, la nouvelle doctrine a commencé à s’implanter à l’université d’Uppsala une dizaine d’années après l’abdication de la reine, au grand dam des théologiens qui jugeaient la scolastique irremplaçable et condamnaient cette philosophia experimentalis anti-aristotélicienne ; le nouveau paradigme ne s’imposera enfin qu’après quelque trente ans de controverses acharnées (Battail, 1982).

Quoi qu’il en soit, les lettres de Christine à Descartes (et plus généralement sa correspondance à caractère culturel) suffiraient à lui assurer une place dans la République des Lettres du XVIIe siècle, tant par la maîtrise de la forme que par la sagacité du propos, mais sa production littéraire ne se limite pas à cela.

Après son abdication le 6 juin 1654, la reine Christine quitte la Suède et s’établit à Rome à partir de 1655. C’est au cours de cet exil volontaire qu’elle rédige les textes qui lui valent une place dans l’histoire de la littérature francophone : une substantielle autobiographie intitulée La vie de la reine Christine, faite par elle-même, dédiée à Dieu, deux recueils de sentences, L’ouvrage du loisir et Les sentiments, et deux essais historiques, Réflexions sur la vie et les actions du grand Alexandre, et Réflexions sur la vie et les actions de César. Ces textes n’ont été connus et publiés que quelque soixante ans après la mort de la reine. Une première édition, aujourd’hui encore irremplaçable, a été procurée au milieu du XVIIIe siècle par Johan Arckenholtz.6 Par la suite, plusieurs traductions en suédois d’une partie de ces textes ont vu le jour. Côté français, on saura gré à Jean-François de Raymond d’avoir récemment fourni sous le titre d’Apologies une belle édition critique de l’autobiographie de la reine et de ses recueils de sentences (Christine, reine de Suède, 1994). Les citations qui suivent sont toutes tirées de ce volume. Elles sont référencées ainsi : Apologies, vie de la reine (1994), renvoie à l’autobiographie de Christine ; Apologies, Ouvrage du loisir (1994) et Apologies, Sentiments (1994), aux deux recueils d’aphorismes, avec mention de la numérotation qui figure dans l’édition de Raymond.

Les mémoires de Christine ressortissent à un genre alors en vogue au XVIIe siècle. En France, nombre de grands dignitaires se sont fait mémorialistes. Si l’ex-reine de Suède apparaît tributaire de la tradition française et de divers modèles antiques, l’originalité de son autobiographie écrite à l’âge de cinquante-quatre ans réside plutôt dans la liberté de ton et l’absence d’afféterie. Les éléments autobiographiques permettent de mieux comprendre les choix apparemment paradoxaux d’une souveraine qui a surpris toute l’Europe. Il offre aussi un éclairage intéressant sur la Suède à l’ère de grande puissance, même en faisant la part de la subjectivité. Dès la publication des mémoires de Christine par Arckenholtz, des voix critiques se sont élevées (cf. Heidner, 1988). Comme le souligne Peter Englund (2006),7 la valeur de ce document comme source historique doit être relativisée, mais ses qualités littéraires sont incontestables. C’est aussi ce que met en lumière l’étude d’Eva Hættner-Aurelius (1996) consacrée aux autobiographies de femmes suédoises depuis Agneta Horn (contemporaine de la reine Christine) jusqu’à Fredrika Bremer.8 Les mémoires de Christine se présentent au lecteur sous diverses facettes. On peut y déceler un itinéraire spirituel, l’histoire d’une âme. On peut y puiser de nombreuses observations sur l’esprit et les travers du temps, sur le mode de vie des hautes classes (duels, guerre, chasse, etc.), sur les stéréotypes en usage à l’époque. On y trouve aussi de nombreuses informations de l’ordre de l’histoire des idées (influences livresques reçues, importance des auteurs latins, vision stoïcienne, culte de la vertu au sens latin (virtus). Et l’on peut prendre la mesure de la maîtrise stylistique et l’art de la formule dont fait preuve l’ex-reine, comme en témoignent les quelques extraits qui suivent. S’adressant au Seigneur, Christine présente en ces mots le but de ses mémoires :

Mon unique soin sera de rendre un sincère et véritable témoignage à la vérité, de vous laisser le soin du reste. Vous savez que les histoires, dans le siècle où je suis, ne sont plus que des panégyriques perpétuels, ou des satires sanglantes de ceux dont elles portent les noms. L’envie, la bassesse et l’injustice des hommes est toujours prête à déchirer le mérite malheureux et à flatter les défauts et les crimes qui règnent. (Apologies, vie de la reine, 1994 : 76)

Évoquant sa naissance (Apologies, vie de la reine : 91), elle note que « les devins et les astrologues, qui sont toujours prêts à flatter les princes, les assurèrent que la reine était enceinte d’un mâle ». Lors de l’accouchement, même les sages-femmes le crurent un instant. Mais ce fut une fausse joie, du moins pour la mère. Le roi lui-même, en revanche, fit bonne figure et accueillit l’enfant en ces termes : « Elle va être habile car elle nous a tous trompés. » (Hon kommer att vara slug, ty hon har lurat oss alla). Pour sa part, Christine accepte volontiers son sexe tout en prenant ses distances avec les faiblesses qu’on lui prête :

Car moi, Seigneur, je vous rends grâces de m’avoir fait naître fille, d’autant plus que vous m’avez fait la grâce de n’avoir fait passer aucune faiblesse de mon sexe jusque dans mon âme, que vous avez rendue par votre grâce toute virile, aussi bien que le reste de mon corps. Vous vous êtes servi de mon sexe pour me préserver des vices et des débauches du pays où je suis née ; et après m’avoir condamnée au sexe plus faible, vous avez voulu m’exempter de toutes ses faiblesses ordinaires. (Apologies, vie de la reine, 1994 : 93)

À deux ans, la petite fille accompagne son père à Kalmar où le gouverneur de la place hésite à déclencher salves et canonnades pour saluer le roi. Mais Gustave Adolphe insiste pour que l’usage soit respecté : « Elle est la fille d’un soldat, il faut qu’elle s’habitue « (Hon är dotter till en soldat, hon måste vänja sig). Toute sa vie, Christine a voué un culte à son père, le plus grand homme de son siècle selon elle :

À Charles IX a succédé Gustave Adolphe, mon père, qui était celui qu’on appelait le Grand. Ce prince mérite ce nom par ses soins, par ses travaux, par son sang et enfin par sa vie, au prix de laquelle il acheta la gloire de ce nom, qu’on a donné souvent à d’autres à meilleur marché. (Apologies, vie de la reine, 1994 : 85)

Cette dénonciation de la fausse gloire est une allusion à peine voilée à Louis XIV, absent des champs de bataille. Christine critique aussi la prétention de la France à être dominante en Europe :

Ici il faut désabuser ceux, qui sont mal informés des affaires du monde, de l’erreur commune des auteurs de notre siècle qui, ou ignorants des affaires ou intéressés ou vendus à la France, laquelle toute glorieuse qu’elle est par elle-même, sait encore par un art qui lui est tout particulier, se parer de la gloire des autres nations ; si bien qu’elle ne manque jamais de paraître dans ces auteurs le premier mobile de tout ce qui se fait dans notre Europe, et les autre nations, qui souvent ne font que recopier ses livres prennent pour argent comptant tout ce qu’ils disent, sans se donner la peine de l’examiner. (Apologies, vie de la reine, 1994 : 86)

Ce jugement peut paraître sévère, mais après tout, Voltaire, dans son Histoire de Charles XII, oppose dans le même esprit la vraie gloire à la fausse : évoquant Gustave-Adolphe, il écrit ceci : « Ce fut lui qui, par ses victoires, contribua alors en effet à l’abaissement de la maison d’Autriche ; entreprise dont on attribue toute la gloire au cardinal de Richelieu, qui savait l’art de se faire une réputation, tandis que Gustave se bornait à faire de grandes choses. » (Voltaire, 2011 : 25–26). Et l’ex-reine n’est pas toujours tendre avec les Français dont elle critique les promesses hâtives, l’inconstance, le goût immodéré du changement, voire la poltronnerie. Comme quoi on peut utiliser le français comme langue de culture sans faire preuve d’admiration béate pour le pays dont elle est le berceau !

Parmi les talents de Christine, celui de portraitiste est patent. Elle excelle à camper un personnage en quelques phrases. Ainsi, quand elle dépeint ainsi ce père aimé non comme chef de guerre, mais sous les traits du quotidien :

Il était beau prince, mais trop gros et trop replet ; ce qui commençait à l’incommoder. Il était trop colère et trop prompt, aimant trop les femmes. Il n’aimait pas le vin, mais buvait ; défaut commun du Nord : mais cela ne l’empêchait pas de vaquer, ni à sa gloire, ni à son devoir. (Apologies, vie de la reine, 1994 : 89)

C’est un tout autre regard qu’elle porte sur sa mère Maria Eleonora. Christine avait six ans à la mort de son père, et la reine, inconsolable, s’était retranchée dans son château de Nyköping, gardant la petite fille enfermée avec elle. L’ambiance, sinistre, était préjudiciable à l’épanouissement de l’enfant ; à son retour d’Allemagne en 1636, le grand chancelier Oxenstierna l’avait fort heureusement arrachée à cette pesante tutelle. Quand elle évoque dans ses mémoires la relation mère-fille, Christine se montre assez ambivalente :

La reine, ma mère, qui avait toutes les faiblesses, aussi bien que toutes les vertus de son sexe, était inconsolable. Elle ne pouvait me souffrir. […] La reine ne pouvait me souffrir parce qu’elle disait que j’étais laide et elle n’avait pas grand tort, car j’étais basanée comme un petit Maure. Mais après que je fus devenue un peu plus grande, je commençai peu à peu à ressembler si fort à mon père qu’elle commença aussi de m’aimer. (Apologies, vie de la reine, 1994 : 94)

Sur le plan politique, elle se réjouit que sa mère ait été privée de tout pouvoir :

La régence a eu raison de ne donner aucune part à la reine ma mère. Mon sentiment est que les femmes ne devraient jamais régner (…) L’ignorance des femmes, la faiblesse de leur âme, de leur corps et de leur esprit, les rendent incapables de régner. (Apologies, vie de la reine, 1994 : 135)

Ailleurs, on trouve sous sa plume des portraits sympathiques et souvent malicieux des principaux dignitaires du royaume, avec au passage la dénonciation des travers du temps, à commencer par l’intempérance. Ainsi, le grand chancelier Oxenstierna — grand homme, sage et prudent, infatigable — est ainsi caractérisé :

Il fait une assiduité et une application incomparable aux affaires. Il en faisait son plaisir et son unique occupation ; et quand il prenait quelque relâche, ses propres divertissements étaient des affaires. Il était sobre autant qu’on peut l’être en un pays et en un siècle où cette vertu était inconnue. (Apologies, vie de la reine, 1994 : 114)

Le ton se fait plus âpre pour dénoncer des vices plus pernicieux que l’ivrognerie ou la manie de jurer à tout propos. Christine s’en prend particulièrement aux menteurs et aux flatteurs qui tentent de manipuler les princes, y compris dans leur plus jeune âge :

Ceux qui croient que l’unique temps, dans lequel la vérité approche des princes, est leur enfance, se trompent. La vérité entre rarement dans la cour. Le mensonge y règne, il y est trop puissant. On craint et on flatte les princes jusque dans leur berceau. (Apologies, vie de la reine, 1994 : 118)

Tout ce qui touche à l’éducation de la jeune héritière du trône permet de mieux comprendre ses choix ultérieurs et certains traits de son comportement. Il ne s’agissait rien moins que de la préparer à gouverner, selon les directives données à ses précepteurs par son père Gustave-Adolphe :

Le roi avait ordonné à toutes ces personnes de me donner une éducation toute virile, et de m’apprendre tout ce qu’un jeune prince doit savoir. Il déclara positivement qu’il ne voulait pas qu’on m’inspirât aucun des sentiments de mon sexe, que les seuls de l’honnêteté. (Apologies, vie de la reine, 1994 : 120)

Et Christine d’assurer que cette orientation correspondait à sa propre inclination. Petite fille, elle ne manifestait aucune coquetterie et jouait non avec des poupées mais avec des soldats de plomb. « Je méprisais fort l’apanage de mon sexe, à l’honnêteté et à la propreté près », confie-t-elle (Apologies, vie de la reine, 1994 : 121) ; et elle ajoute : « J’eus de plus une telle inhabileté pour les ouvrages des femmes, qu’on ne trouva jamais moyen de m’en rien apprendre ; mais, en revanche, j’appris avec une merveilleuse facilité les sciences, les langues et les exercices dans lesquels on voulut m’instruire à l’âge de quatorze ans. » (Apologies, vie de la reine, 1994 : 121–122). Les idéaux antiques et classiques ont présidé à cette éducation masculine très poussée mais tempérée du néo-humanisme alors en vogue (Åslund, 2005). Parmi ses maîtres, Christine a eu une prédilection particulière pour Johannes Matthiae qu’elle considérait comme son second père. Cet ecclésiastique lui a inculqué l’amour de la littérature latine, de l’héritage humaniste classique ; sans doute aussi une forme de tolérance religieuse, lui qui a été accusé de syncrétisme, on dirait aujourd’hui d’œcuménisme, à une époque où l’Église luthérienne suédoise, ecclesia militans, excluait toute forme de rapprochement avec les autres confessions chrétiennes. Toute sa vie, la reine Christine a manifesté une aversion marquée pour les dogmatismes religieux, les prêches interminables et les faux-semblants de la dévotion.

L’éducation virile reçue la pousse à exalter la grandeur et à condamner la faiblesse. Elle admire les grands conquérants de jadis comme César et Alexandre, elle n’hésite pas à se masculiniser en refusant le titre de reine au profit de celui de roi de Suède.9 Pourtant, malgré cet ego affirmé, elle confesse divers travers dans son autobiographie. Elle rend grâce à Dieu des qualités qu’elle a reçues mais ajoute qu’à ces dons, la « nature corrompue avait mêlé des défauts » qu’elle n’entend pas dissimuler : « J’étais méfiante, soupçonneuse, de plus ambitieuse jusqu’à l’excès. J’étais colère et emportée, superbe et impatiente, méprisante et railleuse. » (Apologies, vie de la reine, 1994 : 124). Et elle confesse aussi avoir enfreint les codes de la féminité : « J’ai encore un défaut dont j’oubliais presque de m’accuser, c’est celui d’avoir trop méprisé les bienséances de mon sexe, et c’est ce qui m’a fait paraître souvent plus criminelle que je ne suis ; mais j’ai reconnu trop tard ce défaut pour pouvoir le corriger, et je n’ai pas voulu m’en donner la peine. » (Apologies, vie de la reine, 1994 : 127). Il est vrai que son comportement, ses habitudes vestimentaires et sa propension à jurer pouvaient faire tache à l’époque, mais avec le recul, elle ne semble pas s’en émouvoir outre mesure.

On ne s’ennuie jamais en parcourant cette autobiographie substantielle, restée malheureusement inachevée. Le lecteur ressent souvent une proximité, une immédiateté, qui tranchent avec les conventions du genre et confèrent au texte un surcroît d’humanité. Mais c’est peut-être dans un autre registre que les qualités littéraires de la reine Christine apparaissent le plus clairement. Son entourage a souvent témoigné de son goût de la formule et d’un humour acéré. Ainsi, tout en appréciant l’érudition d’une des fleurons de sa cour, Claude Saumaise, elle aurait dit de lui qu’il pouvait nommer une chaise dans une douzaine de langues mais ne savait s’asseoir sur aucune — une jolie manière de camper un personnage en peu de mots ! La forme concise et ramassée de l’aphorisme ne pouvait que s’accorder avec son tempérament.

On lui doit deux recueils de ce type, L’ouvrage du loisir (plus de 1000 maximes et sentences) et Les sentiments [héroïques] (quelque 400), où l’on retrouve nombre de thèmes présents dans l’autobiographie, exprimés cette fois dans le style des moralistes du Grand Siècle. En France, La Rochefoucauld (1613–1680) était le représentant le plus illustre de ce genre moderne et mondain. La première édition de ses Sentences et Maximes morales date de 1664. La reine en exil en a eu très vite connaissance et s’en est inspirée. En fait, elle a établi un véritable dialogue à distance avec ce maître de la forme, comme en témoignent ses annotations et commentaires (La Rochefoucauld, 1967). En dépit des affinités qui sont indéniables, Christine n’est pas une simple épigone de La Rochefoucauld. Plutôt que mettre à nu les ruses de l’amour-propre et formuler des vérités plus ou moins immuables, elle s’efforce dans ses sentences de définir des principes de vie et d’action. Elle esquisse les contours d’une morale aristocratique basée sur la grandeur d’âme, l’exigence de rectitude et la passion de l’indépendance. Dans son exil, elle pense toujours comme reine : appelée aux plus hautes destinées, elle estime n’avoir de comptes à rendre qu’à Dieu. Fille de Gustave Adolphe, elle aspire à l’héroïsme, mais autrement que le « Lion du Nord ». La faiblesse, « le plus grand des malheurs et le plus grand des défauts », lui fait horreur, et elle note : « Les hommes ne seraient ni traitres, ni menteurs, s’ils n’étaient faibles. » (Apologies, Ouvrage du loisir, n° 47).

Avouons-le : les nombreuses sentences qui exaltent la grandeur et la gloire paraissent parfois convenues, et pesantes par leur répétition. Mais elles témoignent aussi de la culture de l’époque. C’est là peut-être qu’on peut déceler des réminiscences de la philosophie cartésienne de la volonté et plus encore un écho du caractère héroïque incarné par le héros cornélien. Ernst Cassirer, dans un ouvrage d’abord publié en suédois et devenu classique, a mis en lumière les affinités électives qui existent entre la reine, le philosophe et le dramaturge.10 Le culte de la maîtrise de soi, de la volonté ferme et constante dans l’action comme dans le renoncement appartient sans doute à l’air du temps.

Néanmoins, Christine apparaît avant tout comme tributaire de l’héritage des grands auteurs de l’antiquité classique, notamment des stoïciens. « Bien vivre et bien mourir, c’est la science des sciences (Apologies, Ouvrage du loisir : n° 92) ; ou encore sur le même thème : « La plus grande de toutes les sciences est celle de savoir bien vivre et bien mourir : toutes les autres sont inutiles, si elles n’y contribuent pas. » (Apologies, Ouvrage du loisir : n° 430) ; « L’homme est un abîme de misères et d’ignorance ; il ne connaît ni son corps, ni son âme, cependant il connaît qu’il est un vrai néant revêtu d’un peu de vie, et cette connaissance ne sert qu’à le rendre malheureux plutôt que sage, car toute la philosophie ni [ne] le change, ni ne le corrige. » (Apologies, Ouvrage du loisir : n ° 429). C’est dans les livres qu’elle cherche un remède à cette carence existentielle : « La lecture charme les maux, elle console des malheurs » (Apologies, Ouvrage du loisir : n° 575) ; ou encore : « Il faut lire pour s’instruire, pour se corriger et pour se consoler. » (Apologies, Ouvrage du loisir : n°152). Et la sagesse antique transparaît dans sa dénonciation de la foire aux vanités, dans sa conviction que le mérite vaut mieux que la naissance, voire dans sa soumission à ce Dieu qu’elle invoque souvent et dont la nature demeure énigmatique. Si Christine, consciente de sa position, se drape volontiers dans la grandeur, elle sait aussi faire preuve d’humilité : « On est toujours apprenti dans le métier de régner », reconnaît-elle (Apologies, Ouvrage du loisir : n° 609).

Mais elle n’est jamais aussi divertissante que quand elle sort ses griffes pour fustiger les hypocrites, les traitres, les bigots, les faiseurs d’apparence… On retrouve dans les maximes son agacement face à la prétendue grandeur de Louis XIV. Elle ironise sur l’appellation de roi-soleil et fustige à nouveau les faux semblants, comme elle l’avait fait dans ses mémoires : « La fausse gloire est à bon marché, mais la véritable coûte cher aux hommes. » (Apologies, Sentiments : n° 170). Et elle va encore plus loin dans le sarcasme à l’adresse du roi de France : « Si Alexandre pouvait ressusciter, le surnom de Grand, qu’il avait si bien mérité, lui ferait honte. » (Apologies, Sentiments : n° 799).

Autre travers qui irrite particulièrement Christine, la bigoterie est la cible de nombreuses flèches. « L’hypocrisie », écrit-elle, « déguise mieux que tous les masques de carnaval. » (Apologies, Sentiments : n° 1082). « Les bigots ont un jargon et des grimaces qu’ils apprennent par cœur ; ils y ajoutent la réforme des habits, et ils jouent si bien leur rôle, qu’ils persuadent aux sots qu’ils sont plus saints que le reste des hommes. » (Apologies, Sentiments : n° 1071) ; « Les bigots s’inquiètent fort des péchés du prochain et ne se mettent guère en peine des leurs. » (Apologies, Sentiments : n° 1085) ; « Les bigots haïssent tous ceux qui ne sont pas leur dupe. » (Apologies, Sentiments : n° 1088) ; « Les bigots haïssent moins leurs péchés qu’ils n’envient les plaisirs des hommes. Ils enragent de l’engagement qu’ils ont pris de s’en priver. » (Apologies, Sentiments : n° 1091). La reine en exil a-t-elle eu connaissance du Tartuffe dont les différentes versions datent de 1664 à 1669 ? En tout cas, elle rejoint Molière quand elle note : « Les bigots ne manquent jamais ni d’argent ni de femmes. » (Apologies, Sentiments : n° 1086), ou encore : « Fier son argent et sa femme aux bigots, c’est s’en défaire. » (Apologies, Sentiments : n° 1087). Elle aurait certainement applaudi cette pièce jugée sulfureuse, elle qui affirme que « « peu de plaisirs sont plus utiles qu’une bonne comédie. » (Apologies, Sentiments : n° 564).

Cette ironie souvent cinglante et ce sens de la formule assassine se retrouvent dans bon nombre des maximes de Christine et leur donnent une saveur particulière. Ainsi lorsqu’elle s’en prend à la sottise, présente dans tous les milieux. « Les sots sont faits pour être méprisés en quelque état que la fortune les mette. » (Apologies, Sentiments : n° 39). « Il ne faut souffrir, si l’on peut, ni un sot pour maître, ni un sot pour valet. » (Apologies, Sentiments : n° 850). La sottise fait le lit de la fourberie — « Les fourbes ne sauraient se passer des sots. » (Apologies, Sentiments : n° 525) ; « Les fourbes forgent de faux miracles et les sots les croient. » (Apologies, Sentiments : n° 526) —, et en définitive, « les scélérats et les tyrans sont moins à craindre que les sots. » (Apologies, Sentiments : n° 932). Il est assez amusant de lire sous sa plume qu’« il n’y a point au monde d’animal plus sot, ni plus orgueilleux qu’un pédant » (Apologies, Sentiments : n° 121) alors qu’une telle faune peuplait sa cour, mais sa lucidité n’est pas prise en défaut. « La flatterie n’empoisonne que ceux qui sont d’intelligence avec elle. » (Apologies, Sentiments : n° 641), note-t-elle, et faux savants et les charlatans ne l’impressionnent pas : « Il faut savoir assez de la médecine et de l’astrologie pour n’être pas la dupe des médecins et des astrologues. » (Apologies, Sentiments : n° 514).

On pourrait multiplier de tels exemples. Mais ce qui frappe le plus, c’est l’apparente misogynie dont fait preuve Christine de Suède. Nous en avons vu l’illustration dans ses mémoires, et ses maximes ne sont pas plus tendres à l’égard de son sexe. Ce qui ressort clairement, c’est son hostilité au gouvernement des femmes. En témoigne ce tir groupé : « Les femmes ne devraient pas régner. » (Apologies, Sentiments : n° 628) ; « Le sexe est un grand obstacle pour bien régner. » (Apologies, Sentiments : n° 629) ; « S’il y a eu autrefois des reines qui ont régné glorieusement, ces exemples sont si rares, qu’il ne faut pas compter sur ces prodiges. » (Apologies, Sentiments : n° 630) ; « Rien n’est plus ridicule que le gouvernement des femmes. J’en ai connu qui faisaient et font encore pitié. » (Apologies, Sentiments : n° 631) ; « Je ne trouve rien de plus sot, ni de plus ridicule, que la République des Amazones. Cette fable est mal inventée. » (Apologies, Sentiments : n° 632). Ailleurs, Christine évoque la condition féminine en termes de handicap : « Le sexe féminin est d’un grand embarras, et d’un grand obstacle à la vertu et au mérite. Ce défaut de la nature est le plus grand qu’on saurait avoir ; il est presque incorrigible et peu de personnes se sont tirées avec honneur de cet embarras. » (Apologies, Sentiments : n° 340). Et selon ses propos, elle avait développé une aversion insurmontable pour tout ce que les femmes disent et font, allant jusqu’à prétendre que l’histoire n’offrait aucun exemple de grandeur au féminin.

Tout cela semble témoigner d’une misogynie sans frein, mais il faut y regarder de plus près. Avouons-le, la position de Christine n’est pas toujours très claire. Certaines de ses formulations semblent rejoindre les préjugés ordinaires, ceux qui s’appuient sur des arguments pseudo-scientifiques, d’ordre biologique, pour affirmer l’infériorité de la femme. Quelle est la part de la nature et celle de la culture ? « Le tempérament et l’éducation font toute la différence qui se remarque entre les sexes », écrit-elle (Apologies, Sentiments : n° 638). Sa propension à dénoncer les préjugés suggère qu’elle attribue une influence prépondérante aux facteurs culturels. Un temps fiancée à son cousin Charles Gustave (son successeur sur le trône), elle avait ensuite résolument opté pour le célibat. Elle aurait même confié à Chanut qu’elle eût préféré la mort à un mari. Sur ce point, ses aphorismes ne laissent planer aucun doute. En voici quelques échantillons : « les religieuses et les femmes mariées sont malheureuses d’une différente manière. » (Apologies, Sentiments : n° 660) ; « Il faut plus de courage pour le mariage que pour la guerre. » (Apologies, Sentiments : n° 672) ; « Les hommes se marient parce qu’ils ne savent ce qu’ils font. » (Apologies, Sentiments : n° 674) ; « Les plaisirs du mariage n’en valent pas les peines. » (Apologies, Sentiments : n° 675) ; « S’il y a des gens assez heureux pour ne se repentir pas de s’être mariés, ils sont rares. » (Apologies, Sentiments : n° 676).

Cette revendication de liberté permet de mieux comprendre les propos de Christine. Ce n’est pas tant les femmes qu’elle critique que la hiérarchie des sexes imposée par la domination masculine. Soumission au père, carcan du mariage, grossesse obligatoire ou relégation au convent, tout cela contribue à maintenir les femmes en esclavage. Leur complexion naturelle est dépréciée, et il ne leur est concédé que des occupations et des rôles subalternes. Elle s’était acceptée fille, mais s’était refusée femme. Adulte, elle avait adopté un comportement masculin par ses gestes et son habillement, ce qui était une forme de protestation contre les rôles sociaux convenus (cf. Cavaillé, 2010; Steinberg, 2000). La raison est commune au genre humain, et l’âme n’a point de sexe, souligne Christine à l’instar de Descartes, tout en montrant aussi la part d’indétermination qu’il peut y avoir entre sexe et genre : « Il y a des hommes qui sont aussi femmes que leur mère, et des femmes qui sont autant hommes que leur père, car l’âme n’a point de sexe. » (Apologies, Ouvrage du loisir : n° 634). Elle relève toutefois une différence : « Il n’est pas rare de voir des hommes qui soient femmes, mais il est rare de voir des femmes qui soient hommes. » (Apologies, Ouvrage du loisir : n° 635).

Première Suédoise à inscrire son nom dans les annales de la littérature francophone, Christine a ouvert une voie. Son œuvre s’inscrit dans la tradition littéraire du XVIIe siècle tout en faisant entendre un ton très personnel. Et si l’on admet qu’elle a su en son temps problématiser les notions de sexe et de genre, et qu’elle a remis en question à sa manière les vieilles normes du patriarcat, cela fait d’elle doublement une pionnière.

Remarques

1Ces lettres n’ont pas de nom d’éditeur. Parmi les correspondants mentionnés : Condé, Salvius, Gassendi, Hensius, le pape Alexandre. VII, Oxenstierna… 

3Mentionnons particulièrement Kristina. Brev från sex decennier, Sven Stolpe (ed.), Stockholm, 1960, et Kristina : Brev och skrifter, Marie Louise Renata Rodén (ed.), Stockholm, 2006. 

4Correspondance avec Elisabeth de Bohême et Christine de Suède, édition de Jean-Robert Armogathe, Paris, Plon 2018. 

5Cette lettre sera reprise dans Regards sur la Hollande au siècle d’or (Dibon, 1990). 

6Voir note 1. 

7Ce volume, rédigé et commenté par Marie Louise Renata Rodén, fait partie de la série « Svenska klassiker » publiée sous l’égide de l’Académie suédoise. 

8Voir aussi « Roller på livets och historiens scen » (Hættner-Aurelius 2013). 

9Un de ses biographes français, Bernard Quilliet, n’a pas hésité à intituler son ouvrage Christine de Suède, un roi exceptionnel (1982). La deuxième édition porte le titre plus sobre de Christine de Suède (2003). 

10Voir la traduction française : Descartes, Corneille, Christine de Suède (Cassirer, 1942). 

Déclaration de conflit d’intérêts

L’auteur n’a aucun intérêt concurrentiel à déclarer.

Orientation Bibliographique

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