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Reading: La langue française et les écrivaines suédoises – Langue, réception, imaginaire

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Editorial

La langue française et les écrivaines suédoises – Langue, réception, imaginaire

Authors:

Mickaëlle Cedergren ,

Université de Stockholm, SE
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Jean-François Battail

Sorbonne Université, FR
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Abstract

In this volume dedicated to Swedish women writers and French, the editors of this special issue have gathered thirteen original contributions whose aim is to re-examine Swedish cultural and literary history through the prism of French language and culture. Adopting the perspective of cultural transfer studies, this project explores the language, reception and imagination of nine Swedish authors of French expression (Harriet Löwenhjelm, Princess Eugenie of Sweden, Marie-Louise Karadja, Jane Gernandt-Claine, Queen Christina of Sweden, Greta Knutson, Marika Stiernstedt, Émily Tanimura et Bodil Malmsten). The text analysis are mostly linguistic, literary, historical and socio-cultural and address different theoretical approaches.

This introduction presents the novelty of this project and the main outcomes of these studies as well it gives a retrospective of the Swedish-French intercultural history.

 

Résumé

En consacrant ce volume aux femmes écrivaines suédoises et à la langue française, les rédacteurs de ce numéro spécial ont rassemblé treize contributions originales pour revisiter l’histoire culturelle et littéraire suédoise sous le prisme de la langue et de la culture française. Cette recherche s’inscrit dans le domaine des transferts culturels et explore la langue, la réception et l’imaginaire de neuf écrivaines suédoises d’expression française (Harriet Löwenhjelm, la princesse Eugénie de Suède, Marie-Louise Karadja, Jane Gernandt-Claine, la reine Christine, Greta Knutson, Marika Stiernstedt, Émily Tanimura et Bodil Malmsten). Les analyses de texte sont principalement linguistiques, littéraires, historiques et socio-culturelles et adoptent différentes approches théoriques.

Dans cette introduction, les rédacteurs présentent les nouveaux axes de ce projet et les résultats majeurs de ces études tout en offrant une rétrospective de l’histoire interculturelle franco-suédoise.

 

Mots-clefs : Femmes écrivaines suédoises; écriture française; transfert culturel;  historiographie; réception; imaginaire; translinguisme

How to Cite: Cedergren, M., & Battail, J.-F. (2022). La langue française et les écrivaines suédoises – Langue, réception, imaginaire. Nordic Journal of Francophone Studies/ Revue Nordique Des Études Francophones, 5(1), 177–190. DOI: http://doi.org/10.16993/rnef.93
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  Published on 16 Nov 2022
 Accepted on 29 Oct 2022            Submitted on 29 Oct 2022

1. Une nouvelle perspective d’exploration

En proposant de réunir les chercheurs romanistes suédois et scandinavistes français autour d’un nouveau programme de recherche intitulé La langue française et les écrivaines suédoises – langue, réception, imaginaire, les rédacteurs de ce volume ont porté le désir d’explorer un terrain laissé en friche, voire totalement ou presqu’inexploré. C’est par une conférence tenue les 27 et 28 janvier 2022 dans les locaux de l’Académie royale suédoise des belles-lettres, de l’histoire et des antiquités, Vitterhetsakademien, à Stockholm que ce programme d’études allait voir le jour et ce, grâce au soutien généreux tant financier que logistique de l’Académie.

Mais, pourquoi vouloir mettre à l’ordre du jour les femmes écrivaines suédoises et la langue française ? Cet apport semblait nécessaire pour envisager autrement l’historiographie littéraire de la France et de la Suède et contribuer à la construction d’une nouvelle histoire interculturelle. Il est en effet assez rare d’entendre parler d’historiographie littéraire suédoise francophone et pourtant, il y a lieu de s’interroger sur la pertinence de cette catégorie au vu des rapports étroits qui ont lié la France et la Suède depuis plus d’un millénaire, surtout si notre perspective se tourne vers la littérature et, spécifiquement, vers la langue. Récemment, la conférence tenue en Sorbonne en février 2022 ayant pour thème Selma Lagerlöf et la francophonie n’a fait que rappeler la nécessité d’explorer l’histoire littéraire au-delà de ses frontières strictement nationales pour construire une historiographie transnationale. En voulant étudier plus spécifiquement la question de la littérature suédoise écrite par des femmes à partir de la langue et de la culture française, nous voulions relever un défi, celui de combler de nombreuses lacunes dans l’historiographie nationale, aussi bien française que suédoise.

Nombre d’ouvrages se sont pourtant consacrés à l’étude des relations franco-suédoises et à cette « amitié millénaire »1 qui unit ces deux pays en s’efforçant de brosser un état des lieux des contacts franco-suédois, certes différents à chaque fois, en fonction des époques, des disciplines, des auteurs traités2 et des perspectives adoptées. Depuis l’ouvrage de Blanck (1947), ces efforts ont perduré avec les apports de Gunnar von Proschwitz (1988), de Battail (1993), de Faramond (2007), de Molander Beyer & Favier (2015), de Briens et alii (2012), de Briens et Kylhammar (2013) ou encore de Cedergren et Briens (2015). Plus récemment deux travaux en sociologie de la littérature, Tegelberg (2021) et Hedberg (2022), axés autour de la circulation et la médiation de la littérature entre la Suède et la France se sont consacrés à offrir un panorama contemporain de la littérature suédoise en France en ciblant l’importance des maisons d’édition, le rôle des médiateurs français, la traduction des œuvres suédoises. Cette recherche a permis de faire des avancées considérables dans le domaine des connaissances liées aux transferts culturels entre la France et la Suède mais on doit pourtant constater que très peu, trop peu d’écrivaines suédoises sont à l’honneur dans ces travaux. Sont-elles absentes de l’histoire interculturelle de ces deux pays ou n’auraient-elles pas été plutôt rendues invisibles ?

Il faut toutefois souligner que certains travaux se distinguent et permettent d’entrevoir la présence des femmes. Le premier d’entre eux constitue la publication des deux volumes bibliographiques établis par Ballu (2016a et 2016b) réunissant toutes les œuvres scandinaves traduites en français. L’étude d’Yvonne Leffler (2022), « The success of Swedish 19th-Century women on the French book market », publiée dans ce volume, utilise précisément le précieux inventaire de Ballu et montre l’importance numérique des œuvres traduites en français de Fredrika Bremer et d’Emilie Flygare-Carlén (comparée à deux grands écrivains suédois de l’époque, Victor Rydberg et Carl Jonas Love Almqvist) ainsi que leur réception dans le champ littéraire français. D’autres découvertes pourraient sans doute y être faites.

A cela, s’ajoutent les deux œuvres notoires, aux sources desquelles est née l’inspiration de cette conférence, que sont Au champ d’Apollon (Östman & Östman 2008) et Glanures (Östman 2012). Dans ces deux études sociologiques, le lecteur découvre une imposante bibliographie regroupant tous les écrits d’expression française produits en Suède (1550–2006). Ces deux ouvrages, encore trop peu exploités à notre connaissance, constituent un recensement imposant des sources imprimées et inédites de langue française écrits par des auteurs suédois. Margareta et Hans Östman vont parcourir quatre siècles et réunir les notices bibliographiques des « personnages de position sociale variée qui, pour différentes raisons, ont trouvé dans la langue française le meilleur moyen d’exprimer leurs idées à un moment donné » (2008 : 48). Ce travail d’une ampleur gigantesque impressionne.

À partir des études d’Östman (2012), force est donc de constater que de nombreux auteurs (présents dans ces deux volumes) ont passablement été oubliés par notre histoire commune, même si on relève les célèbres noms de la reine Christine de Suède, du roi Gustave III ou encore celui d’August Strindberg. La présence des femmes écrivains surprend encore plus et est, à dire vrai, remarquable : certaines d’entre elles, telles Jane E.W Gernandt-Claine (1862–1944), Mary Louise Karadja (1868–1943), Marika Stiernstedt (1875–1954), Harriet Löwenhjelm (1887–1918) ou encore Edith Södergran (1892–1923) ont même réussi à publier leur texte en France ou dans un pays francophone. Les études de Christophe Premat (2022) sur Mary Karadja, de Maria Hansson (2022) sur Jane Gernand-Claine, de Mickaëlle Cedergren (2022) sur Marika Stiernstedt ainsi que celles de Roger Marmus (2022), d’Ann-Sofie Persson (2022) et d’Alessandra Ballotti (2022) sur Harriet Löwenhjelm vont présenter, pour la première fois, quelques œuvres littéraires d’expression française de ces écrivaines. Toutefois, de nombreuses auteures, moins chanceuses peut-être, sont restées dans l’ombre puisque seuls leurs manuscrits ont été sauvegardés en Suède. Les travaux d’Östman (2016) sont encore pionniers dans ce domaine puisque les manuscrits polyglottes des deux sœurs Ulrich viennent éclairer les usages linguistiques de l’aristocratie suédoise dans la première moitié du XIXe siècle. D’autres recherches restent certes à entreprendre dans les archives de bibliothèques.

D’après les données d’Östman (2012 : 282–288), non moins de 32 femmes auteures sur 76 auteurs suédois d’expression française nés entre 1800 et 1979 ont écrit en français. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, la représentativité féminine est clairement manifeste et va égaler, à quelques pourcentages près, la proportion des auteurs masculins d’expression française en s’élevant à 48%. Cet ensemble d’auteures suédoises francographes constitue par conséquent un élément novateur à prendre en compte pour reconsidérer cette période d’échanges interculturels où la dominance masculine a prévalu dans les travaux de recherche antérieurs. Il n’y a pas lieu d’en tenir rigueur à qui que ce soit. La moisson est tout simplement abondante tant les relations entre ces deux cultures sont riches. Chacun le sait, les échanges culturels entre la France et la Suède remontent au Moyen Âge. Les acquis de l’historiographie traditionnelle sont donc immenses. Un détour sur ces relations s’impose.

2. Les relations franco-suédoises : une vue panoramique

Les relations entre nos deux pays sont à bien des égards exemplaires. L’unique conflit armé qui nous ait mis aux prises, à l’époque troublée des guerres napoléoniennes, n’a pas laissé de traces durables — le maréchal Bernadotte, qui commandait les troupes françaises lors de la guerre de Poméranie en 1806 n’allait-il pas quatre ans plus tard être élu héritier du trône de Suède ?

Tout commence à l’aube du deuxième millénaire. Les raids des hommes du Nord dans le royaume franc cessent définitivement avec la fondation du duché de Normandie en 911. Simultanément, le christianisme commence à se répandre dans le Septentrion. Le premier missionnaire, Anschaire (Ansgar), qui prêcha la nouvelle foi à Birka dans les années 830, venait de Picardie. Son influence fut certes limitée mais d’autres prirent le relais. À partir du XIIe siècle, la Suède se trouve définitivement intégrée à la communauté chrétienne, au sein d’une Europe sans frontières organisée en réseau ramifié et cimentée par une même culture universelle, ecclésiastique et latine. Des évêchés se mettent progressivement en place, le premier archevêque est intronisé à Uppsala en 1164. Les liens entre la Suède et la France deviennent particulièrement étroits à l’époque des Folkungar (1250–1364). La Sorbonne, qui compte alors des maîtres prestigieux comme saint Thomas d’Aquin, attire de nombreux étudiants suédois, à tel point que les chapitres des cathédrales d’Uppsala, de Skara et de Linköping créent sur la montagne Sainte-Geneviève des collèges destinés à les accueillir. À la même époque, Birgitta Birgersdotter, future saint Brigitte, acquiert une stature internationale. Connue pour ses révélations mystiques mais aussi femme d’action, elle œuvre pour que la papauté retrouve son siège à Rome et tente une médiation pour mettre fin à la guerre de Cent Ans entre la France et l’Angleterre. Vers la fin du Moyen Âge, l’université parisienne attire moins les étudiants suédois en théologie, mais l’un d’entre eux, Jacob Ulvsson, immatriculé à Paris dans les années 1460, est à l’origine de la création de la première université nordique (Uppsala, 1477) dont les statuts sont calqués sur ceux de la Sorbonne (Frängsmyr & Sörlin 1993).

Avec l’introduction de la Réforme luthérienne en Suède, l’universalité fondée sur une culture commune et une foi partagée se trouve rompue. Les divergences religieuses provoquent de vives tensions. Pour les plus radicaux des premiers luthériens, c’est l’Antéchrist en personne qui occupe le siège de saint Pierre à Rome, et la fin du monde est proche. Dans la seconde moitié du XVIe siècle, la Contre-Réforme catholique tente bien de reconquérir la Suède, mais elle se heurte à l’intransigeance du clergé acquis à la religion évangélique luthérienne. Toutefois, cette fracture confessionnelle n’empêche pas que des passerelles se créent entre nos deux pays pour des raisons économiques et stratégiques. Les échanges commerciaux vont bon train, et le premier traité politique et militaire bilatéral est signé en 1542 par François 1er et Gustave Vasa. Nombre de militaires français prennent le chemin de la Suède et certains y font souche, comme le Languedocien Pontus De la Gardie sous le règne d’Erik XIV. Dans l’entourage des princes Vasa, la civilisation française s’implante peu à peu sous l’impulsion d’historiographes, de médecins et de précepteurs expatriés. Une influence philosophique majeure s’exerce à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe, avec des répercussions au plus haut sommet de l’État. La doctrine de Petrus Ramus (Pierre de la Ramée), un protestant victime de la Saint-Barthélémy, s’attaque à la scolastique régnante et préconise une pédagogie résolument utilitariste. Le roi Jean III a compté parmi les admirateurs de cet Hercules gallicus, et plus encore Johan Skytte, précepteur de Gustave Adolphe et chancelier influent. La ramisme a eu son heure de gloire en Suède, et il n’est pas mort, si l’on en croit les statuts toujours actuels de la « chaire skyttéenne » (skytteanska professuren) dévolue à l’éloquence et aux sciences politiques à l’université d’Uppsala : même aujourd’hui, son titulaire est censé être ramiste !

Les liens se resserrent au XVIIe siècle entre la Suède protestante et la France catholique qui lors de la guerre de Trente Ans s’allient contre un ennemi commun, les Habsbourg, et sortent victorieuses de ce conflit dévastateur. Le français gagne du terrain comme langue internationale et les élites suédoises ne sont pas en reste pour se l’approprier. Un poste de maître de langues est créé en 1637 à l’université d’Uppsala à destination de la noblesse. Dans les hautes classes, on fait aussi appel à des précepteurs, et cela offre aux femmes une voie d’accès à la culture, elles qui sont tenues à l’écart de l’enseignement supérieur dispensé en latin. La reine Christine, qui elle-même maîtrise parfaitement le français, recrute à grands frais pour la cour de Stockholm érudits, savants et bibliothécaires parmi lesquels Français et francophones se taillent la part belle, le plus illustre étant Descartes. Parallèlement émerge en France une représentation quasi-mythique de la Suède. Les précieuses se pâment pour le « Lion du Nord », alias Gustave-Adolphe, et sa fille Christine, la « Minerve du Nord », l’« incomparable reine », fait, elle aussi, l’objet de jugements dithyrambiques. La forte implantation de la langue et de la culture françaises à la cour de Stockholm ne manque cependant pas de susciter des réactions de défense de la part des patriotes suédois. Le plus emblématique d’entre eux, Georg Stiernhielm, le « père de la poésie suédoise », était un érudit au savoir encyclopédique et il avait toute sa place dans le milieu cosmopolite que Christine avait rassemblé autour d’elle, mais il s’inquiétait de cette greffe étrangère, synonyme pour lui de frivolité, qui menaçait « la vieille et honorable manière suédoise ». Cette revendication patriotique s’inscrit dans un puissant courant apparu dès la fin du Moyen Age, le göticisme, qui exalte les vieilles vertus scandinaves de simplicité, de droiture et de courage, et qui resurgit chaque fois que l’identité nationale semble menacée (Battail 1999 et 2022).

Dans les dernières décennies du XVIIe siècle, une influence intellectuelle majeure s’exerce sur la Suède qui s’affranchit définitivement de la scolastique et se rallie à la conception scientifique du monde véhiculée par la nouvelle philosophie expérimentale, le cartésianisme au sens large. Cela est moins dû au bref séjour de Descartes à Stockholm, somme toute anecdotique, qu’aux effets bénéfiques de la peregrinatio academica. De jeunes étudiants suédois se sont rendus en Hollande, berceau du cartésianisme, pour parfaire leurs études de médecine. Acquis à la vision mécaniste exposée dans les Principia philosophiae de Descartes et reprise par ses disciples, ils ont redistribué en terre suédoise les influences reçues, non sans essuyer la résistance farouche des théologiens — des affrontements similaires avaient déjà eu lieu en Hollande. À partir du milieu des années 1660, l’université d’Uppsala a été le théâtre de controverses d’une ampleur inégalée pendant près de trois décennies, les « luttes cartésiennes ». Au tournant du siècle, les modernes avaient triomphé, et cela a permis à la Suède de devenir à terme une grande nation scientifique. Influence française ? Soit, mais dûment médiatisée. Il ne faut pas oublier que le terme générique de cartésianisme incluait aussi l’astronomie de Copernic, la physiologie de Harvey et la physique de Galilée.

Après la période troublée du règne de Charles XII qui marque la fin de la grande puissance suédoise, l’influence française connaît son apogée au XVIIIe siècle. Elle s’impose avec éclat à l’ « ère de la liberté » et atteint son point culminant sous le règne du francophile et francophone Gustave III, créateur d’institutions culturelles inspirées de modèles français et ami des philosophes. Logiquement, c’est aussi la période des échanges culturels franco-suédois qui est la plus documentée. Le catalogue de l’exposition présentée à Stockholm en 1993 (Solen och Nordstjärnan) puis à Paris l’année suivante (Le Soleil et l’Étoile du Nord) illustre magnifiquement par le mot et par l’image ce qui fut l’âge d’or de nos relations. L’influence de la langue française s’exerce alors dans toute l’Europe. En Suède, des milliers de mots, tels quels ou adaptés, viennent enrichir l’idiome national, la plupart de manière pérenne. Greffe féconde ou menace culturelle ? Des voix s’élèvent de nouveau pour s’alarmer de cette gallicisation très poussée. Encore faut-il préciser que seules les hautes classes sont concernées — cour et manoirs, élites intellectuelles et classes fortunées — à une époque ou la population suédoise demeure rurale à 90%. Avec le recul, on constate que ces apports ont été parfaitement assimilés : ils font aujourd’hui partie intégrante du patrimoine national, comme en témoigne le dictionnaire de l’Académie suédoise.

Les liens culturels sont alors plus étroits que jamais. Les philosophes français sont à la mode. Les salons s’ornent de bustes de Voltaire, lui-même admirateur de la Suède et auteur d’une Histoire de Charles XII. Les Suédois apprécient en lui l’homme d’esprit et le prosateur raffiné sans toujours prendre la mesure de ses audaces. Mais les plus radicaux des philosophes, comme Helvetius ou La Mettrie, provoquent des réactions de rejet. En revanche, la pensée de Jean-Jacques Rousseau s’accorde bien avec le génie national. Le philosophe de Genève a exercé une influence profonde et durable en Suède, notamment sur les deux grands prosateurs du XIXe siècle, Almqvist et Strindberg. Montesquieu mérite une mention spéciale. Dans l’Esprit des lois, il situe dans le Nord le berceau de la liberté en Europe, ce qui conforte le göticisme latent, et sa pensée politique va être à terme une des sources d’inspiration de la constitution suédoise de 1809. Alors que la culture française est à l’honneur en Suède, on constate chez nombre de francophones une vive attirance pour les pays nordiques. On redécouvre Tacite (Germania), le Suisse Mallet publie au milieu du siècle un grand ouvrage sur la mythologie scandinave, le baron d’Holbach rédige l’article « Edda » de l’Encyclopédie. Bref, si la Suède compte de nombreux gallomânes, on relève aussi une forme de göticisme chez bon nombre d’écrivains d’expression française (Battail 2009).

Les échanges scientifiques révèlent aussi une réciprocité fondée sur la complémentarité. Une collaboration étroite s’instaure entre les académies des sciences des deux pays (celle de Suède date de 1739). Les Français excellent dans le domaine des sciences les plus abstraites comme les mathématiques, et ils sont considérés comme des maîtres par les Suédois. Mais ceux-ci développent à cette époque des savoirs en liaison étroite avec les ressources naturelles de leur pays : géologie, chimie, agronomie, cristallographie, histoire naturelle, arts de l’ingénieur. Dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, les apports suédois en matière de sciences et de techniques se taillent la part belle. Carl von Linné, d’abord contesté par certains naturalistes français, s’impose progressivement et devient l’objet d’un véritable culte à la fin du siècle. C’est aussi le moment où les apports conjoints de scientifiques suédois et français permettent à la chimie d’acquérir le statut de science exacte. Le cas de Swedenborg est intéressant. Ce sont d’abord ses travaux de métallurgie que les Français retiennent, puis c’est la découverte de sa théosophie qui provoque un frisson nouveau à l’aube du romantisme. Les meilleurs esprits, de Balzac à Baudelaire, prennent connaissance de ce qu’ils croient être la pensée du visionnaire suédois par le biais d’un ouvrage de vulgarisation assez fantaisiste, mais qu’importe la source si elle s’avère productive !

L’idylle franco-suédoise va cependant être mise à mal par l’irruption de la Révolution française. Gustave III, jusqu’alors tout à fait francophile, s’en trouve ébranlé. Le monarque avait beau avoir applaudi Beaumarchais à Paris, les événements révolutionnaires l’emplissent d’horreur. À ses yeux, les charmants Français chers à son cœur sont en passe de devenir les « orangs-outans de l’Europe ». Légitimiste, il tente même, en vain, une grande croisade contre-révolutionnaire pour remettre Louis XVI sur son trône. En Suède, les rares intellectuels qui avaient salué l’élan révolutionnaire français s’en détournent définitivement quand la Terreur s’instaure. Gustave III est assassiné en 1792. Sous la régence qui suit et le règne du fils et successeur Gustave IV Adolphe, il ne fait pas bon être soupçonné de jacobinisme. La censure veille, et l’importation de livres français est limitée. Les choses ne s’arrangent pas au début du XIXe siècle. Prise dans la tourmente des guerres napoléoniennes, la Suède se retrouve dans le camp opposé à la France. Gustave IV Adolphe voue une haine farouche à Napoléon en qui il voit l’incarnation de la bête de l’Apocalypse. Il est déposé en 1809, et l’année suivante, la Diète suédoise élit le maréchal Bernadotte héritier du trône sans que cela signifie une amélioration des rapports avec la France sur le plan politique et diplomatique. Le nouvel homme fort défend d’emblée les intérêts de sa nouvelle patrie. On attendait de lui la reconquête de la Finlande, perdue en 1812 et intégrée à l’empire russe, mais il juge plus opportun de se rapprocher de la Russie, et il participe à la dernière grande coalition armée contre Napoléon en 1813, ce qui n’est pas précisément de nature à resserrer les liens avec la France.

Un fossé s’est creusé entre les deux pays, du moins sur un certain plan. Car la question posée est celle des rapports entre la conjoncture historique et les affinités culturelles. Alliances et antagonismes jouent certes un rôle, des refroidissements passagers peuvent temporairement avoir un effet inhibiteur, mais l’on observe généralement que les échanges intellectuels et scientifiques n’en sont que modérément affectés ; les liens qui se sont tissés au fil des siècles sont assez puissants pour résister dans la tourmente. Sous le règne de Bernadotte devenu Charles XIV Jean, le romantisme suédois est en partie nourri d’influences allemandes. L’héritage gustavien ancré dans le néoclassicisme français s’en trouve mis à mal, mais la France n’en disparaît pas pour autant de la scène culturelle. Outre Stagnelius, imprégné de culture française, Tegnér, le grand poète national, n’a jamais renié la dette qu’il devait à la France, et la France le lui a bien rendu. Son œuvre majeure, Frithiof saga, a fait l’objet de plusieurs traductions françaises. À la même époque (années 1830–1840), Geijer conquiert les faveurs du public français avec ses poèmes mettant en scène le viking et le paysan libre, figures emblématiques de l’ancienne Scandinavie. Et cette reviviscence du göticisme en version romantique exerce une influence non négligeable sur les lettres françaises.

Dans la seconde moitié du règne de Charles XIV Jean, une opposition libérale croissante se manifeste contre le gouvernement conservateur du monarque. Les intellectuels radicaux renouent avec l’héritage français, celui des Lumières et des principes de 1789 — parmi eux, le grand romancier Almqvist, qui a même publié un manuel pratique de langue française en 1836. De fait, au milieu du siècle, la Suède connaît à nouveau une période de fervente francophilie, y compris dans les hautes sphères du pouvoir. La guerre de Crimée permet à la Suède de se dégager de l’étreinte russe tandis qu’une nouvelle menace apparaît, celle de la Prusse de Bismarck. Émerge alors le scandinavisme, mouvement qui œuvre au rapprochement fraternel des peuples du Nord, et l’on attend un soutien actif de Napoléon III, défenseur de l’idée des nationalités. Hélas, la défaite des Danois face à la Prusse (1864) puis celle des Français (1870) mettent fin à ces aspirations dont le très francophile Charles XV avait été l’ardent propagateur. La guerre franco-prussienne de 1870 marque sans conteste un tournant, avec l’influence grandissante de l’Allemagne au détriment de la France.

Mais là encore, on constate la relative indépendance du champ culturel par rapport au politique. Si le règne d’Oscar II (1872–1907) est marqué par la germanophilie des élites dirigeantes, il coïncide aussi avec le renouvellement intellectuel scandinave connu sous le nom de « percée moderne ». Le radicalisme des intellectuels de ce mouvement, Georg Brandes en tête, s’enracine pour une bonne part dans des idées et des valeurs françaises. August Strindberg a écrit directement en français plusieurs de ses œuvres marquantes et bon nombre d’articles et d’essais ; à noter qu’on lui doit aussi une étude sur les relations culturelles entre nos deux pays. À cette époque, de nombreux artistes suédois prennent le chemin de la France et forment de petites colonies actives à Paris, Grez sur Loing, Barbizon, tandis que le public parisien découvre les drames d’Ibsen et de Strindberg, objet de l’admiration des uns, du rejet des autres. Quelques années plus tard, c’est au tour de Selma Lagerlöf de faire sensation avec la Saga de Gösta Berling (tr. française 1905), en attendant Le Voyage merveilleux de Nils Holgersson à travers la Suède, promis à une fortune considérable de par de monde et particulièrement apprécié en France.

Une véritable révolution dans les communications s’est opérée avec le développement des chemins de fer, du télégraphe, du téléphone (Briens 2004). Les distances rétrécissent, ce qui favorise les échanges, et ce mouvement se poursuit avec la démocratisation du transport aérien et l’essor des techniques informatiques, la multiplication des réseaux sociaux et le recours de plus en plus fréquent à la visioconférence. Les liens institutionnels entre les deux pays n’ont cessé de se renforcer au cours de ces cent dernières années. Les Alliances françaises se sont multipliées en Suède (la première, celle de Stockholm, date de 1889). À Stockholm, l’Institut français remonte à 1937. Dans la capitale française, où une église suédoise est implantée depuis le XVIIe siècle, le Centre culturel suédois, aujourd’hui rebaptisé Institut suédois, a ouvert ses portes en 1971. Il existe des écoles françaises en Suède, et des écoles suédoises en France. Les liens universitaires sont nombreux, et les programmes Erasmus favorisent comme jamais un brassage entre étudiants des deux pays. Le volume des traductions dans les deux sens, tous genres confondus, a considérablement augmenté après la Seconde Guerre mondiale, y compris dans des domaines non rentables grâce à l’appui de diverses associations ou fondations. Parmi les cinéastes de tous horizons, Ingmar Bergman jouit en France d’un prestige exceptionnel. Et l’image de la Suède en France, à partir des années 1930, a connu une fortune nouvelle quand voyageurs et essayistes ont révélé au public le fameux modèle suédois, à la pointe de la modernité et de la protection sociale, qui n’a cessé d’alimenter réflexions politiques et fantasmes en tous genres (Kylhammar 2017).

Au total, les relations culturelles franco-suédoises témoignent d’une forme de réciprocité et de complémentarité. Il faut certes tenir compte du déséquilibre démographique entre les deux pays. Au milieu du XVIIIe siècle, par exemple, la France comptait quelque vingt-cinq millions d’habitants et la Suède (y compris la Finlande) moins de deux. Quantitativement, les influences françaises ont été plus nombreuses que l’inverse, le contraire serait aberrant, mais elles ont été adaptées et transformées, naturalisées en quelque sorte, ce qui a donné naissance à beaucoup d’hybridations réussies et de synthèses originales. Et de son côté, la Suède disposait de nombreux atouts, si bien que les échanges n’ont jamais été à sens unique. Mais il faut aussi rappeler que tout regard sur nos relations bilatérales n’offre qu’une vue partielle des choses. La réalité est toujours plus complexe car d’autres acteurs sont aussi impliqués ; il faut faire la part des médiations et transferts culturels qui s’opèrent au niveau international. À tout le moins, il faut prendre en compte les apports allemands, anglais et plus récemment américains qui viennent interférer dans nos relations mutuelles, même si celles-ci sont suffisamment riches pour faire l’objet d’une étude à part.

3. Les écrivaines suédoises d’expression française

En consacrant ce volume aux femmes écrivaines suédoises et à la langue française, nous partions véritablement en exploration pour revisiter l’histoire culturelle et littéraire suédoise sous le prisme de la langue et de la culture française. Élargir la perspective des transferts culturels à celle des écrivaines suédoises tout en limitant principalement – mais non exclusivement – notre corpus aux auteures d’expression française peut paraître un pari difficile à tenir. Cela nécessitait effectivement la découverte d’un nouveau corpus d’auteures, ou tout au moins de textes. Margareta Östman (2012) se portait garante de la faisabilité de ce projet puisqu’un dépouillement de l’inventaire de ces auteurs suédois francographes à partir de 1800 mettait déjà à jour l’existence d’une trentaine d’auteures suédoises francophones parmi lesquelles certaines et non des moindres se profilaient comme écrivaines. Le pari était donc presque relevé. Grâce à l’engagement enthousiaste de chercheurs français et suédois, l’exploration du Nord francophone a donc pu être entreprise. Les perspectives privilégiées dans ces treize contributions sont pour la plupart littéraires, linguistiques et culturelles. Sans vouloir procéder à une synthèse à proprement parler de chacun de ces travaux (chaque article étant muni de son abstract, ces résumés semblent superflus), nous avons préféré présenter le caractère « invisibilisé » de ces femmes – pour reprendre le terme de Daniel Chartier (2022) – avant de décliner le contenu de ces études à partir de trois axes majeurs : la réception, la langue et l’imaginaire.

3.1 Des écrivaines suédoises « invisibilisées »

Avant toutes choses, les études rassemblées dans ce volume ont permis de soulever le défi posé par le manque de visibilité et de reconnaissance littéraire des auteures femmes. La contribution d’Yvonne Leffler (2022) « The Success of Swedish 19th-Century Women Writers on the French-speaking book market » démontre avec brio comment l’histoire littéraire nationale en Suède repose parfois sur la méconnaissance de la réception de certaines écrivaines suédoises en dehors des frontières nationales. Leffler signale, en particulier, l’importance des œuvres de Fredrika Bremer et d’Emilie Flygare-Carlén à partir de 1840 en France à la différence de ce qui est présenté dans les anthologies suédoises où les noms de Carl Jonas Love Almqvist, Viktor Rydberg et August Strindberg dominent. Le nombre de traductions en français des œuvres de Bremer et de Flygare-Carlén ainsi que leur lancement dans différentes maisons d’édition francophones soulignent non seulement leur degré de visibilité (et leur importance) mais aussi le caractère relatif de Paris comme centre littéraire. La question de la médiation est aussi centrale pour ces auteures et Leffler souligne comment le canal de transmission (de traduction en particulier) diffère entre les écrivains masculins et féminins puisque les romans de Rydberg et de Almqvist traduits en français sont généralement publiés en Suède ou par des éditeurs suédois à Paris alors que leurs homologues féminins percent en France grâce à un réseau éditorial français. Les modalités de la médiation divergent donc entre les sexes et soulignent l’intérêt d’étudier en détail non seulement le nombre de traductions mais les canaux de production et de diffusion. Tous ces résultats défient aussi incontestablement le canon suédois établi jusque-là et font remarquer encore une fois la nécessité de travailler sur la réception transnationale des œuvres littéraires comme le propose la sociologie de la littérature et de la traduction. C’est donc avec autant de clarté que de surprise que l’on observe comment les écrivaines suédoises ont été minorées par l’historiographie suédoise.

En ce sens, le regard de Daniel Chartier (2022) posé sur les femmes écrivaines du Nord circumpolaire et de l’Arctique vient enrichir l’exposé précédent. Les écrivaines de cette région souffrent effectivement d’invisibilité comme le souligne Chartier dans son article « L’imaginaire du Nord est-il genré ? ». En interrogeant la place des femmes d’une part parmi les auteurs des cultures nordiques et d’autre part, dans la construction d’un imaginaire du Nord puis en examinant finalement les composantes des figures du Nord dans les textes, Chartier aboutit à confirmer des constatations déconcertantes posées avant lui par les chercheurs Grace et Hansson, à savoir que le Nord « est régi selon les règles d’un système de représentation tourné vers la valorisation du héros masculin » (2022 : 54) et que « l’imaginaire du Nord est en effet pensé d’abord et encore d’un point de vue masculin » (2022 : 52). Cet imaginaire du Nord s’impose donc comme un univers masculin, conçu par des hommes pour valoriser des hommes. Les femmes ne sont pourtant pas exclues de ces lieux mais rendues simplement invisibles. La présence de celles-ci va donc devoir s’incarner autrement en devenant une « instrumentalisation du territoire féminisé » (2022 : 53). En développant une typologie des figures stéréotypées de la femme dans le Nord, Chartier lance de nouvelles pistes d’investigation qui demanderaient à être explorées et testées dans des études futures. Nous retiendrons, pour notre part, le cas de la femme scandinave qui selon Chartier, constitue une exception dans cet imaginaire du Nord puisque toute une tradition littéraire dans les cultures scandinaves met la femme à l’honneur et semble prôner une égalité des sexes et ce, depuis les sagas jusqu’à la littérature des femmes du XXe siècle (2022 : 55). Sur ce point précisément, il serait nécessaire de poursuivre l’enquête pour voir la place et le rôle de la femme dans la littérature écrite par les écrivaines suédoises francophones. En nous appuyant sur la typologie esquissée par Chartier, il y a lieu de se demander comment la femme est représentée : est-elle un sujet « exceptionnel, dangereux à maîtriser » ou une « figure passive et en harmonie avec la nature », une « femme ‘forte’ comme un homme », une « exception » ou encore « une utopie de la femme autochtone » (2022 : 54–57) ? La question du genre est donc une piste à considérer dont il serait nécessaire de creuser la pertinence en ce qui concerne les auteures suédoises francographes et que nous aborderons à la fin de cette présentation en commentant quelques observations faites par les contributeurs dans ce volume.

Sans nul doute, les travaux présentés dans ce numéro spécial permettent d’accroître la visibilité de ces écrivaines suédoises en offrant des études de texte à partir de la langue, de la réception et de l’imaginaire. Neuf écrivaines ont été mises à l’honneur alors que le corpus initial comptait une trentaine d’auteures3. Parmi elles, se trouvent Harriet Löwenhjelm, la princesse Eugénie de Suède, Marie-Louise Karadja, Jane Gernandt-Claine, la reine Christine, Greta Knutson, Marika Stiernstedt, Émily Tanimura et Bodil Malmsten.

3.2 Études de réception

Il va de soi que l’absence d’études sur les écrivaines suédoises d’expression française ne signifie pas que ces écrivaines n’aient pas été remarquées par la critique en France et encore moins qu’elles ne puissent prétendre à une place dans l’histoire littéraire et interculturelle franco-suédoise. Cette absence doit avant toutes choses interroger le chercheur. La présence de ces écrivaines a souvent soit été minorée soit obscurcie et dans certains cas, entièrement ignorée. La science progresse heureusement. Il faut donc opérer tout un travail de reconstitution des sources et puiser dans les archives (numérisées parfois) pour (re)découvrir non seulement l’existence mais aussi l’importance de ces écrivaines dans le champ littéraire français. Grâce à toute une équipe de chercheurs, l’entreprise a été possible mais reste encore inachevée. Certains résultats indiquent déjà l’intérêt d’étudier le contexte socio-littéraire dans lequel s’inscrivent plusieurs de ces écrivaines suédoises d’expression française.

Plusieurs études rassemblées dans ce numéro spécial ont soulevé la question de la réception des œuvres comme dans les cas de Greta Knutson, de Marika Stiernstedt, de Marie-Louise Karadja, d’Harriet Löwenhjelm ou encore de la princesse Eugénie de Suède. Ce chantier reste encore à défricher mais d’ores et déjà quelques résultats précisent la position de ces femmes dans le champ littéraire français.

Dans son article « Repetita iuvant – la stratégie de la répétition et la réception de Harriet Löwenhjelm », Alessandra Ballotti (2022) constate que l’intérêt de la France pour cette écrivaine est bien faible et que le discours critique n’a pas su observer l’exercice de style de la répétition ni l’influence culturelle française des vers poétiques de l’écrivaine. Et de conclure, l’œuvre de la poétesse est « altérée par le mythe crée autour de sa figure » (2022 : 23) : l’effet poétique de la répétition a été réduit considérablement dans les traductions en français jusqu’à impliquer une réception réductrice et absente dans le champ littéraire français. Ce cas de réception illustre aussi la question corollaire de la traduction qui est en jeu. Sans traductions ou accompagnée uniquement de mauvaises traductions, une auteure a peu de chances de circuler à l’étranger et peut être complètement ignorée par la critique.

L’autre exemple, présenté par Mickaëlle Cedergren (2022) dans son article « La promotion d’un Nord francophile et moderne dans la France de l’entre-deux guerres – Le cas de Marika Stiernstedt (1875–1954), signale la présence active et remarquable d’une écrivaine suédoise francophone dans le monde éditorial français de par ses (auto)traductions, ses articles de presse et ses préfaces. Cedergren, en procédant à la description des écrits d’expression française de Stiernstedt, met à jour un état des lieux de la production française de cet auteure suédoise et parvient à mettre en lumière le double positionnement de l’écrivaine, devenue « tantôt ambassadrice des valeurs nationalistes de la France en Suède tantôt ambassadrice d’un Nord francophile et moderne » (2022 : 150). Stiernstedt a joué un rôle déterminant entre la France et la Suède en menant des engagements au service des deux pays. Ses compétences linguistiques mais aussi culturelles avec Lucien Maury ont contribué à en faire une médiatrice culturelle hors pair.

L’enjeu de la réception est aussi primordial pour comprendre l’œuvre de Mary Karadja, sur laquelle l’étude de Christophe Premat (2022), « Étincelles ou les aphorismes en français de Mary Karadja », s’est penchée. Premat vient éclairer de nombreuses zones sombres autour de la publication de la première œuvre de cette écrivaine, Étincelles, parue en France en 1892. Ce recueil d’aphorismes est une œuvre de jeunesse qui s’inscrit en réalité dans « une tradition aphoristique littéraire française » (2022 : 92) et dont Premat analyse en détail la composition stylistique. Karadja adresse cet ouvrage à un cercle de lecteurs restreint et non à un public large et va « jouer un rôle de médiatrice dans les milieux littéraires » (Ibid.). Concernant Greta Knutson (1899–1983), la contribution d’Elisabeth Bladh (2022), « Entre écriture translingue et autotraduction – Greta Knutson (1899–1983) et sa recherche d’un public en langues française et allemande », est aussi une étude précieuse qui montre comment cette peintre, écrivaine et critique d’art va mener une activité d’autotraduction intense entre ses textes français et allemands pour prendre place dans ces deux champs littéraires. Bladh tente d’établir la reconstitution de la généalogie autotraductive de ces textes (opération difficile dû au manque de datation des documents) et réussit à montrer des différences intéressantes entre les versions.

Dans son article « Les notices biographiques et historiques de la princesse Eugénie (1864) – Une première version française des Princesses de la Suède méconnue », Lisa Castro (2022) nous fait découvrir la publication d’un ouvrage de la princesse Eugénie de Suède (1830–1889) publié en 1864 en France. La version suédoise, rééditée trois fois, a donc connu un succès incontestable alors que la version française est restée dans l’ombre. Même si la réception de cet ouvrage est constatée par Castro, son « activité d’écrivaine est marginalisée » (Castro, 2022 : 33) alors qu’il constitue un genre littéraire en vogue et s’inscrit dans le sillon d’autres publications comme celle d’Henri d’Orléans.

3.3 Études sur la langue

L’écriture française de ces écrivaines suédoises en tant que langue fabriquée translingue et poétique, mérite aussi d’être étudiée à part entière. Le domaine de recherche du translinguisme ouvre également le champ à de nombreuses études possibles encore à faire autour de ces auteures. Plusieurs contributions ont relevé ce défi et sont parvenues à soulever la richesse mais aussi la complexité de ces écritures en s’attardant sur le caractère translingue des textes.

À commencer par les trois contributions d’Alessandra Ballotti (2022), de Roger Marmus (2022) et d’Ann-Sofie Persson (2022) qui ont tenté d’élucider le mystère autour d’Harriet Löwenhjelm. Ces trois chercheurs ont chacun pris des perspectives différentes et complémentaires pour tenter de circonscrire les textes translingues de Löwenhjelm. Marmus étudie le recueil de poésie, L’art d’aimer et ses suites (1913) à partir du concept de pérégrinisme et inscrit ce phénomène dans une longue tradition d’hybridation exotique qui s’efforçait d’exprimer les passions érotiques. Cet « effet désiré » (2022 : 86), expression reprise à Bernard Dupriez (2019 : 345), pourrait s’adresser, selon Marmus, à un public plus large en montrant justement que « leur étrangeté [des mots] sont plus aptes à développer un état d’âme envisagé et, dans le même temps, à éveiller notre curiosité. » (2022 : 85). Comme le signale le chercheur, le pérégrinisme est un procédé rhétorique qui use de l’effet de théâtralisation tout en exploitant le jeu énonciatif. Le texte étudié, L’art d’aimer et ses suites aurait donc fait ces emprunts à la langue française pour atteindre un large lectorat alors que Persson soutiendra pour sa part que l’écriture translingue de Löwenhjelm ne peut se comprendre que dans un contexte plus restreint. Persson étudie le caractère translingue de quelques poèmes pour « proposer des réflexions sur l’influence que peuvent avoir ces modalités » (2022 : 38). Pour elle, la pratique translingue de Löwenhjelm constitue un exercice de style, de création et de jeu à travers lequel l’écrivaine s’adresse avant tout à un « lectorat privilégié » car il s’agit d’une « langue d’élite intellectuelle » (2022 : 40). Mais, Persson va plus loin et arrive à démontrer que la langue chez Löwenhjelm est à la fois utilisée comme norme et transgression. La prouesse de l’écrivaine suédoise réside dans cet alliage où Löwenhjelm associe aux mots le prestige de la langue et la décadence des mœurs. Ainsi, « les modalités translingues permettent à Löwenhjelm d’aborder des sujets tabous pour une jeune femme de bonne famille en se servant d’une langue dont l’apprentissage est encouragé par la noblesse à laquelle elle appartient. » (2022 : 45). C’est dans cette même veine que Ballotti va explorer l’écriture stylistique de Löwenhjelm dans son article « Repetita Iuvant – La technique de la répétition dans l’œuvre de Löwenhjelm, dans « Plaisir i Paris » pour montrer que l’acte de réécriture et de répétition « serait ainsi le signe d’une attention particulière envers le public qui est pris en compte dans l’acte esthétique. » (2022 : 15). Löwenhjelm conçoit ses textes tant pour la lecture que pour la publication. L’emploi du vers translingue, sur lequel se penche Ballotti, constituerait selon elle une « forme alternative d’expression de la répétition » (2022 : 18) où émerge aussi par moment une tonalité comique. Pour Ballotti, la parodie de la culture française apparaît précisément dans ces vers translingues et « constituerait une façon de protéger l’exposition du ‘je lyrique’ » (2022 : 19).

Quant à Mary Karadja, Premat soulignera les compétences linguistiques de cette écrivaine et les subtilités de l’écriture d’Étincelles en indiquant comment ce « translinguisme occasionnel » (2022 : 92) est à l’œuvre dans ses aphorismes lorsque l’écrivaine effectue ses exercices de style. La démonstration faite par Premat aboutit à la conclusion que les aphorismes de Karadja fonctionnent comme des exercices de style spirituels pris dans un imaginaire théosophique. Les fines analyses de textes présentées par l’auteur dans cette étude apportent au lecteur non seulement une introduction à l’œuvre d’Étincelles mais aussi un important approfondissement.

De même, la contribution de Maria Hansson (2022), « Entre émancipation et mélodrame – Une étude de Notre Christine. Une vierge aux pays des Vikings de Jane Gernandt-Claine » offre une réflexion autour de la classification générique de cette œuvre que Hansson définit comme mélodrame en questionnant sa fonction. À partir d’une forme littéraire « typique de son temps », Hansson s’interroge sur ce conservatisme moral pour y découvrir d’autres revendications. Les motifs sous-jacents à l’utilisation du mélodrame vont au-delà d’une simple mode. En montrant comment Gernandt-Claine utilise ce genre pour le détourner, Hansson signale comment le mélodrame est au service du féminisme. Comme Hansson l’écrit, « le mélodrame est paradoxalement utilisé pour parler des valeurs d’égalité entre hommes et femmes et insister sur les changements, indispensables à prévoir. » (2022 : 78).

Dans son article « Une illustre pionnière, la reine Christine (1636–1689) », Jean-François Battail nous plonge dans le XVIIe siècle, époque marquée par une gallicisation intense, pour nous faire découvrir les talents littéraires et cachés de la reine Christine de Suède, cette reine « cosmopolite » qui avait fait du français sa langue de communication. Comme le souligne Battail, la reine Christine « s’est illustrée par sa production littéraire d’expression française » (2022 : 167) et aussi bien sa correspondance, son autobiographie et ses recueils d’aphorismes en témoignent. C’est en particulier sur un genre littéraire à la mode à l’époque, dont la Rochefoucauld est le plus grand représentant, que Battail s’arrête en étudiant les mémoires de la reine. Mais, et Battail le précise, la reine Christine « n’est pas une simple épigone de la Rochefoucauld » ; elle a mis à l’ordre du jour les questions de sexe et de genre et a osé bousculer les normes patriarcales. Concernant le format de l’aphorisme, cette « forme concise et ramassée » (2022 : 172) semble bien convenir à la reine au vu de son tempérament.

Dans son étude « La tentation de l’après : un récit d’émancipation suédoise », Frédérique Toudoire-Surlapierre (2022) analyse l’œuvre d’Emily Tanimura en se demandant entre autres quel rôle joue la langue française dans ce roman. Le détour par la langue française n’est pas anodin et permet, selon Toudoire-Surlapierre, de « convoquer tout un imaginaire culturel et historique français » (2022 : 64) mais l’emploi du français constitue aussi une manière de créer de la distance entre le sujet et la langue, de distinguer les mots du vécu, de s’éloigner de la portée affective de la parole. Comme le souligne Toudoire-Surlapierre, « la langue française a été choisie pour la distance qu’elle permet entre l’usage des mots et le vécu, comme si elle permettait d’écrire des mots sans les ressentir vraiment. » (2022 : 63).

Une des contributions aussi intéressante qu’intrigante de ce volume est consacrée à l’étude de la saga bretonne de Bodil Malmsten que Sylvain Briens (2022) examine sous le prisme de la langue, du genre littéraire et de l’imaginaire dans l’étude intitulée « Le prix de l’écriture dans le Finistère. Bretagne boréale et francophonie in fabula dans la saga bretonne de Bodil Malmsten ». Alors que l’œuvre de Malmsten a bénéficié d’un retentissement médiatique en Suède, l’auteure interdira toute traduction française de ses textes. Pourtant, l’œuvre écrite en Bretagne contient des passages en cette langue qu’elle va tenir résolument enfermés dans un univers fictionnel. Ces passages hétérolingues, Briens s’en sert comme point de départ pour mener sa réflexion autour de la double signification de cet espace d’écriture et de fiction. Cet espace qualifié d’a-francophonie car scellé par cet interdit de traduction constitue l’interstice où s’entrecroisent les expériences linguistique, géographique et fictionnelle. La langue française devient alors selon Briens un espace de liberté et de création, un acte de poesis qui conduit aussi le lecteur à participer à ce travail d’interprétation selon la pensée même d’Umberto Eco. La langue, comme le précise l’auteur de l’article, fait également émerger des interrogations sur le caractère autofictionnel des textes. La classification générique des textes de Malmsten se pose à plusieurs reprises lorsque s’entremêlent la langue, le réel et la fiction. Le monde que Bodil Malmsten crée avec son interlocuteur et qu’elle ré-invente à partir de la langue semble par moment outrepasser la frontière du fictif.

Le lecteur l’aura sans doute observé, il est difficile de tracer une ligne étanche entre langue et imaginaire et nous avons déjà glissé dans cette troisième et dernière section où cette fois-ci, nous nous attarderons sur quelques représentations mises en jeu dans les textes de ces écrivaines suédoises d’expression française.

3.4 Études des représentations et imaginaire du Nord

Quelles sont les représentations qui ressortent de ces textes ? Peut-on déceler certaines affiliations entre d’un côté les auteures suédoises et de l’autre les mouvements littéraires en France à la même époque ? Cette dernière question n’était pas formulée ni traitée ainsi par les auteurs de ces contributions mais certaines études ont effleuré cette problématique et laissé pointer l’intérêt de creuser davantage certains rapports plus singuliers entre écrivains. D’autres recherches seraient sans doute nécessaires pour approfondir cette question.

Demandons-nous plutôt quelles représentations en général se profilent chez ces écrivaines suédoises d’expression française ? Cet imaginaire d’expression française en provenance du Nord se singularise-t-il d’une manière quelconque et présente-t-il des affinités avec l’Imaginaire du Nord, défini par Chartier, comme « l’ensemble des discours énoncés sur le Nord, l’hiver et l’Arctique » (2018 : 12) ? Aussi bien le caractère variable que stable de cet ensemble caractérise cet imaginaire comme le décrit Chartier :

Cet imaginaire est « un système de signes : un ensemble « vivant », toujours changeant, qui se métamorphose selon les nouvelles œuvres qui sont produites, reçues et consacrées — à la manière de l’institution littéraire elle-même — un système influencé par des courants idéologiques, esthétiques, formels, mais qui demeure dans le temps dans une certaine constance. Comme tout système de signes, il peut être décomposé en éléments — ou « mythèmes » —, figures, lieux communs, schémas narratifs, couleurs, etc.

À défaut de pouvoir répondre à cette question, esquissons, nous aussi, quelques réponses à partir des études présentées dans ce volume. Plusieurs contributions ont mis en relief un ou plusieurs thèmes littéraires et confèrent un approfondissement bienvenu à ce que nous pourrions appeler ici l’imaginaire, pris dans son acception la plus simple et désignant un ensemble de représentations. Les études de ce volume, aussi différentes soient-elles, ont fait ressortir des thèmes majeurs. En particulier, les œuvres de Mary Karadja (Premat), de Jane Gernandt-Claine (Hansson), de la reine Christine (Battail), de Marika Stiernstedt (Cedergren), d’Emily Tanimura (Toudoire-Surlapierre), de Bodil Malmsten (Briens), de Greta Knutson (Bladh), de la princesse Eugénie (Castro) ou encore d’Harriet Löwenhjelm (Persson) permettent de revenir à la question posée dans la contribution de Daniel Chartier : « L’imaginaire du Nord est-il genré ? ».

Comme l’indiquait ce dernier, « le rapport sexué doit être considéré pour lire, interpréter et comprendre les œuvres. » (2022 : 57). Il y a donc lieu de se demander si les représentations du personnage féminin dans les œuvres des écrivaines suédoises d’expression française « joue[nt] le rôle de sujet ou une simple fonction de valorisation » (2022 : 54). Nous ne pouvons certes pas prétendre répondre à cette question mais, nous pouvons oser formuler quelques réponses à partir de la typologie esquissée par Chartier autour des figures stéréotypées de la femme dans le Nord. En confrontant les résultats de quelques articles de ce volume avec la typologie de Chartier, nous voyons au moins émerger un élément de correspondance.

De prime abord, l’actualité de la question touchant la sexualité et les rapports entre sexe ne fait aucun doute dans plusieurs contributions de ce volume. Pour commencer, revenons à l’étude de Toudoire-Surlapierre (2022) qui analyse l’œuvre d’Emily Tanimura en se demandant si le roman ne correspondrait pas à la classe générique du roman d’émancipation. La chercheure montre de manière convaincante comment l’écrivaine suédoise fait écho au roman L’Amant de Duras pour le dépasser et s’attarde ensuite sur les éléments textuels les plus pertinents pour démontrer les mécanismes de l’émancipation de l’héroïne. De même, la contribution de Persson (2022) portant sur Löwenhjelm souligne l’aspiration de l’écrivaine à transgresser les normes attendues de la sexualité féminine. De son côté, Battail (2022) souligne lui aussi l’importance de la question des genres et des sexes en soulevant à quel point la reine Christine voulait échapper au poids du patriarcat. Et les exemples ne font que consolider ces premières observations si l’on prend l’exemple du mélodrame de Jane Gernandt-Claine (Hansson 2022) dans lequel la question de l’émancipation est aussi centrale jusqu’à devenir, selon Hansson, une manière détournée de donner voix aux revendications du féminisme. A son tour, les aphorismes de Mary Karadja (Premat 2022) n’échappent pas à la règle et traitent la question des sexes même si les thèmes abordés dépassent de loin la sphère des genres.

Les exemples évoqués ci-dessous sont parlants et ont tous en commun le fait de retracer une littérature écrite en français par des femmes suédoises et de soulever la question féminine, que cela passe par la dénonciation du patriarcat, la revendication d’un rapport égalitaire entre les sexes ou le discours d’émancipation. Conformément à la typologie esquissée par Chartier, la figure stéréotypée de la femme émancipée correspondrait donc à consolider la présence de cette « exception scandinave » chez les écrivaines suédoises d’expression française dont les personnages littéraires semblent adopter la posture de la femme « libre, insoumise » (Chartier, 2022 : 56). En exploitant ces lieux communs, ces écrivaines espéraient-elles gagner l’attention du lectorat francophone ? D’autres études sont bien entendu nécessaires pour approfondir la question.

Pourtant, on s’aperçoit de nouveau comment la question de la réception revient vite au galop comme si ces trois axes (langue, réception et représentations) – que nous avons tant bien que mal essayé de départager – se tenaient étroitement la main et étaient difficilement dissociables pour celui qui voudrait tenter de saisir la complexité de ce corpus de textes.

Remarques

1Titre de l’ouvrage de Jean-François et Marianne Battail (1993). 

2Il faudrait ici citer tous les ouvrages universitaires en littérature comparée consacrés à des auteurs français ou suédois ayant exploré par exemple la réception de leurs œuvres dans leur pays voisin. 

3D’après Östman (2012 : 282–291) : Christina Ehrenheim (1803–1842), Charlotta Eleonora Ulrich (1806–1887), Elisabet Fredrika von Platen (1807–1855), Ulrika Vihelmina Hård af Segerstad (1807–1896), Amalia Lundeberg (1810–1857), Margareta Carolina Vihelmina von Post (1811–1878), Carolina Vihelmina Beata Eleonora von Post (1812–1894), Josephine Deland (1814–1890), Edla Ulrich (1816–1897), Hilda Augusta Lovisa Magdalena Leijonhjelm (1822–1845), Anna Elisabet Malvina von Platen (1824–1901), Gunilla Ingeborg Wachtmeister (1828–1896), Princesse Eugénie (1830–1889), Berta Arborelius (1855–1919), Elisabeth Aschau (?–?), Jane E.W. Gernandt-Claine (1862–1944), Siri Axelsdotter Lind af Hageby (1866–1911), Ellen Bruce (?–?), Mary Louise Karadja (1868–1943), Marika Stiernstedt (1875–1954), Ingrid Seipper (?–?), Harriet Löwenhjelm (1887–1918), Berta Sjögren (1866–1967), Maria Pavlovna (1890–1958), Gabrielle Åhlfeldt och Gabriela Maria Josefina Åhlfeldt (1891–1981), Edith Södergran (1892–1923), Emily Tanimura (1979). 

Déclaration de conflits d’intérêt

Jean-François Battail et Mickaëlle Cedergren n’ont aucun intérêt concurrentiel à déclarer. Cedergren est co-rédactrice en chef du Nordic Journal of Francophone Studies. Les articles de recherche rassemblés dans le cinquième numéro de la Revue nordique des études francophones ont été présentés dans le cadre de la conférence internationale La langue française et les écrivaines suédoises – langue, réception, imaginaire à l’Académie royale suédoise des belles-lettres, d’histoire et des antiquités les 27 et 28 janvier 2022. Ils ont tous été soumis à évaluation en double aveugle. Cette publication a bénéficié d’une subvention du programme d’excellence (2015–2021) des études littéraires de cinq départements de l’université de Stockholm (Literature as Leading Research Area at Stockholm University).

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